LAUR
Comment !.. elle vous a dit?..
HENRI
Elle m'a dît que je Tétais moins^.. cela ma flatté !
LAURE, riant.
Il est certain que vous vous êtes étonnamment dégourdi,., vous avez même, par moments, une petite pointe d'ironie voilée... un petit ton goguenard entre sourire et grimace... qui n'est pas trop désagréable!
HENRI
Ua cousine, je vous remercie I — Il est naturel, du reste, qu'un homme qui court depuis cinq ans, à pied, à cheval ou en canot, à travers les forêts vierges et les pampas, ait gagné un peu d'aplomb.
LAURE
Mais vous n'avez pas seulement gagné
tn LE VOYAGEUR
de Taplomb, Dieu merci, et j'ai de grands
compliments à vous faire... (A Pierre, qui Tient de rentrer et <iai donne les «SBiettes à dessert.) Li OSt bien,
Pierre; vous pouvez nous laisser maintenant... Vous apporterez le café quand je sonnerai. (Pierre lort. - a Henn o Je disais donc que j'avais de grands compliments à vous faire... Vous voilà célèbre,., vous allez tout droit àrinstitut... Vos récits de voyages...
vos livres sur les antiquités américaines ont un très grand... très grand succès.
HENRI
Les avez-vous lus, ma cousine?
LAURE
Non,., je m'en suis bien gardée,., j'étais trop indignée contre vous. . . Comment ! vous écrivez des livres,., vous écrivez à tout le monde... et à moi, votre parente,., votre
vieille amie, pas une ligne, pas un mot en cinq ans I
HENRI
Ceci est cruel, ma cousine. — Car vous savez très bien que mon malheureux attachement pour vous, — attachement auquel vous avez répondu en épousant Gaston, — a été la cause première de mon long exil dans les contrées les plus sauvages... Après ma mésaventure, — et tout sentiment de fierté à part, — le plus simple bon sens me commandait évidemment de rompre mes relations avec vous,. — jusqu'au jour du moins où elles cesseraient d'être pour moi
un danger. (Un moment d^ silence et d'embarras. Laure, an peu dépitée, se lère sans répondre et va tirer un cordon de sonnette. — Henri, se leyant de son côté et se posant le dos au feu, —
d'un ton délibéré.) - Ah ! le fcu cst uuc charmaute invention, décidément!
Pierre apporte le café, et sort.
:;i I,K VOYAGIÎUR