‹ La victoire en dérouteChapitre 17 sur 169 · HR · texte numérisé non relu

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parle, le père Wilson, cela fait très bien :

‘1 nous donne la victoire { on verra

après ! » :

Le langage de certains journaux 4 Curieusement changé dès la Marne. Au début de la guerre, première période d’an-

goisse, n’esi-ce pas ? Oh ! l’union sa- : crée ! Oh ! les braves socialistes ! comme ils marchent bien ! c’est fini ! tous frères ! et pour toujours ! aimons-nous !

A ce moment, tout le monde entonnait à l’unisson l’hymne au bon droit. Comme on exécrait d’accord la brutalité conquérante !

Deuxième période : on se rassuré Joffre, Galliéni ont vaincu les Allemands sur la Marne. Le G. Q. G. est roi. Nous sommes sauvés !

Ah ! quel soupir profond de soulagement ! Et, dès la détente, nous revenons . à nos inclinations naturelles. Déjà la : presse réactionnaire décoche des coups = de patte aux socialistes. C’est trop na-

turel, puisque nous recommençons à pré-

voir l’avenir sans trembler. Ils pourraient

devenir gênants après la victoire.

Tout à fait curieux à noter ! Chaque

fois qu’une grande attaque ennemie nous

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LE GRAND RENIEMENT à

entamait, — l’Yser et les premières jour- CA

nées contre Verdun — il y avait un ré- 2

veil passionné d’union sacrée. Chaque

fois que la victoire nous souriait, détente, et, sitôt rassurés, les conservateurs revenaient à leurs penchants véritables.

À la chute de Painlevé, la presse réactionaire a fait l'avènement de Clemenceau. C’est un syndicat dont Capus fut l’un des principaux dirigeants. Je me rappelle les colères secrètes du père Jean Dupuy, dans sa salle à manger de la rue Scribe, Mais très vite, il comprit qu'il n’y avait rien à faire, et il hurla avec les loups. Il fant réfléchir et bien noter ce rôle décisif de la presse réactionnaire dans l'avènement de Clemenceau.

Car de là part le courant qui, préparé comme nous l’avons dit, va changer l’esprit de la France.

Clemencean lui-même n’était pas sans inquiétudes ; et comme contrepoids, il aurait volontiers consenti à s’entourer de socialistes. Nous avons peut-être commis une bévue en décidant la lutte à outrance, au lieu d’envoyer quatre ou cinq des nôtres à côté de lui. Mais bah ! qu’aurions-nous empêché ? Le courant tour-

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nait, je le répète. Et Clemenceau Juiinême était trop hostile aux idées de Wilson, trop gouailleur, trop narquois pour goûter la profonde noblesse et l’élan magnifique de ses appels. |

Vous rappelez-vous l’arrivée de Wilson à Brest et à Paris ? Nous voici au point central. Surtout, cachons-le au peuple, et cachons-lui le peuple !

A Brest, il traverse la ville au galop, comme en voiture cellulaire : il le fallait car tout était prêt pour un splendide accueil populaire et socialiste. Toute la population, debout, attendait, massée derrière les drapeaux rouges.

À Paris, pas moyen de l’escamoter :

mais on pouvait transformer ce grand jour de l’arrivée de Wilson à Paris en simple cérémonie officielle. Le cortège populaire, qui devait lui apporter le cœur de la France fut interdit.

Pourquoi ? Hé mais lon a consulté le président qui n’a pas voulu. Tiens ?… Bien combiné, n'est-ce pas, cette ingénieuse consultation du président qui ré-

pond naturellement, comme on le souhai-

tait, qu’il ne veut rien de trop personnel.

Pourtant le soir, après la cérémonie

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officielle, le président rentré chez lui demandait aux quelques socialistes qui avaient réussi à forcer sa porte : « Et la manifestation, le cortège ouvrier, quand viennent-ils ? à quelle heure ? »

Hein ? Il subsistait un malentendu, n'est-ce pas ? Peu importe, le tour était joué | & # #

Dès l’armistice, la volte-face de la France apparut à tous les yeux.

«€ Désarmement ? Ah, mais ! entendons-nous ! Désarmement des Allemands, oui ! Mais nous, gardons notre armée sohide. Autrement, voyons, nous serions perdus ! ils prendraïient leur revanche demain. »

« Maïs cependant le kaiser est en fuite, le kronprinz se cache, l’Allemagne est soulevée, les ouvriers font la révolution ! C’est bien ce que vous attendiez, n'est-ce pas ? et le président Wilson a déclaré qu’il n’y aurait plus d’armées permanentes. »

« Oh ! la Révolution en Allemagne, c’est un truc ! c’est une feinte ! Les pangermanistes sont là qui préparent déjà la

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prochaine guerre ! En tout cas, il faut attendre ! provisoirement, nous restons armés jusqu'aux dents ! »

Quelle stupeur !

Je me rappelle Venizelos arrivé pour ja grande Conférence, le grand Congrès de paix générale et d’affranchissement universel. Il n’en revenait pas.

« Comment, disait-il, mais l'intérêt de la France était si évidemment d’accord avec sa gloire ! Vous n’aviez qu’à continuer, qu’à rester vous-mêmes ! Le monde marchait derrière vous. Vous conduisiez l'Europe vers l'avenir. Depuis Verdun, tout l'univers enthousiaste (memento : les repas des Etats-Unis où, si le nom de Verdun était prononcé, tous les hommes se levaient) vous suivait de plein cœur. Et voilà que vous tournez le dos ! vous tournez le dos à vos vieilles traditions de la Révolution et à vos récentes proclamations pendant la guerre!

vous représentez, maintenant, la réaction ! vous seuls ! c’est inimaginable !»

T1 2 bien fallu se décider à y croire |!

La France faisait volte-face. D’abord, on a dit : « C'est la faute à Clemenceau, »

mais l’an d’après survinrent les élections.

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