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Alors l’Europe ébahie se trouve en face d’une Chambre réactionnaire !
Tout le monde, chez nous comme au dehors, croyait à une forte poussée soclahste. Nos bévues, aidant les manœuvres de la presse unanime, nous firent battre et amenèrent le triomphe du Bloc National !
Etonnant ? Si vous voulez ! mais est-il si surprenant que la bourgeoisie, qui sent le péril socialiste, se forme en un seul faisceau ? Elle supprime ses divisions trop dangereuses maintenant, renonce à la libre pensée, revient au pape
et à l'Eglise. Plus elle approchera de
sa fin, plus son union de résistance s’accentuera, plus elle se rejettera vers les idées réactionnaires.
Les conséquences de la volte-face 7?
D'abord, nos alliés nous ont lâchés, Ensuite, nos ennemis n’ont pas désarmé,
Nos alliés nous ont lâchés parce que nous les dégoûtions.
Bonne blague, n’est-ce pas ? Les.Anglais nous ont lâchés parce que les pétroles de Mésopotamie, parce que le ch6-
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mage, et la baisse du mark, parce que...
Mais oui ! j'entends bien. Vous avez raison de noter les motifs intéressés.
Mais, voyez-vous, ce n’est pas, non plus, chose négligeable que de perdre dans chaque peuple la sympathie des consciences droites.
Elles ne sont pas la majorité ? Soit.
Mais prenez garde qu’elles exercent une influence très puissante sur l’ensemble de l’opinion. Et puis, elles ne sont pas la majorité, je l’accorde. Mais, regardons-y de près ! C’est plus mélangé que vous ne croyez ! les gens de pure
droiture, qui sont tout entiers menés par
une conscience, exclusivement possédés par les idées généreuses, oh ! c’est la toute petite minorité. Mais, à côté, il y a la foule des mixtes, la foule des pauvres humains qui sont menés à la fois par leurs instérêts et leur conscience. Et chez les pires hommes d’affaires, croyez-vous que
la conscience n’ait rien à voir et se taise.
tout à fait ?
Dans quelle proportion, sur la masse, agit la conscience et agit l’intérêt ? L’intérêt est plus fort, cela va sans dire.
Mais si nous sommes très éveillés, très
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clairvoyants pour notre intérêt person:
nel, nous sommes pleins d'illusions quand il s’agit d’intérêt public.
Les Anglais sont persuadés que leur chômage finirait si le mark remontaït, si l'Allemagne leur achetait : peuple positif, certes, et dont le regard froid excelle à discerner son intérêt ! n’empêche qu'ils se fourrent le doigt dans l'œil. Ils préfèrent ne pas voir que, dans chaque pays, il y a tendance à tout produire et, par conséquent, diminution pour eux de clientèle. Gênés par leur chômage et l’arrêt de leur industrie, ils ont besoin de se raconter des histoires et d'inventer
des explications. Et ïls choisissent les
moins pénibles, les moins désagréables.
Croyez-vous que dans toutes ces explcations chimériques auxquelles nous donnons le nom d'intérêt national, croyezvous que les sympathies, les antipathies, les admirations et les mépris, tout un travail secret de la conscience ne jouent aucun rôle 1
Grave faiblesse pour une nation de s’attirer le mépris général ! Et c’est plus dur encore quand, comme pour nous, ce mépris succède à l’enthousiasme |!
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Voyez les Etats-Unis. Ici aussi, en cherchant bien, on peut trouver — plus difficilement, mais on y arrive — des questions d'intérêt qui les séparent de nous. Avouons qu'elles sont négligeables si on les compare au grand courant de déception produit là-bas par notre attitude depuis la victoire, et spécialement à la Conférence de Washington.
« Ils sont pareils aux autres ! Menacés par des conquérants, ils acclamaient le Droit des peuples, la Paix, la Liberté.
Sitôt victorieux, ils s'organisent la plus forte armée du monde et veulent dominer l'Europe par la force des armes ! Ils ne valent pas mieux que le kaiser puisqu'ils aspirent à le remplacer ! »
Cet abus de la victoire matérielle nous
a fait rater la victoire morale. Elle était
possible, la victoire morale, et, pour donner de la durée à la victoire matérielle, elle était nécessaire.
Possible ? sans aucun doute. Nous en étions à deux doigts. Les troupes alliées n'étaient pas seules victorieuses : nos idées l’emportaient aussi
Par e 4
Le peuple allemand, dans la défaite de l'empire militaire, se tournait vers l’autre pôle, vers le principe contraire. Depuis 1916, il était profondément travaillé par les doutes et l'inquiétude.
Tous les grands chefs militaires 8e sont plaints de n’avoir plus été soutenus à partir de ce moment, par l’opinion populaire. Quand Hindenburg a capitulé, n’a-t-il pas accusé la population eivile de frapper l’armée dans le dos ?
Commode excuse ? Sans doute ! Mais quand, auparavant, Ludendorff conseillait la paix avec tant d’insistance, quelles raisons invoquait-il à côté des motifs purement militaires ? L'état de l’opinion qui trouvait écho parmi les soldats.
Vandervelde, de Brouckère m'ont raconté les scènes de l'évacuation des villes belges par des régiments allemands qui partaient, drapeau rouge en tête. Le mouvement révolutionnaire, après l’effondrement du kaiser, a été vif et sincère. Nous nous plaignons qu'il ait été bref et vite limité ? Mais qu’avons-nous fait pour l’encourager ?
Si les rois allemands avaient cherché appui près du Quai d'Orsay et de Dow-
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