CHAPITRE IV
La Société des Nations
et le Désarmement
La paix de Versailles ne se tient pas debout toute seule. Elle suppose des Etats unis. Parmi les trois rédacteurs du traité, il y en avait un au moins qui comprenait cela. Le président Wilson n’a jamais concu le traité comme une œuvre isolée. Dans sa pensée, l’œuvre principale, la clé de voûte, c'était la Société des Nations.
Comme les deux autres le suivaient, il en est résulté que le traité de Versailles suppose partout, à travers tout son texte, deux choses essentielles.
D'abord, les Alliés demeurent. Leur accord persiste. Autrement, tout croulerait, car le traité n’est pas conclu entre
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la France et l'Allemagne, mais entre l’Al-
lemagne et les Alliés. S’il n’y a plus en face de l’Allemagne la contrepartie, les Alliés, le traité disparaît.
En second lieu, il suppose l’existence et le fonctionnement régulier de la Société des Nations.
Voilà qui est capital. Car, dans la pensée de Wilson, dans la pensée des rédacteurs du traité, puisqu'ils l’on suivi, la Société des Nations n’était pas du tout une institution comme l’ancienne Cour de La Haye avant la guerre. Son fonctionnement ne dépendant pas de la bonne volonté de chaque intéressé. La Société des Nations avait de l’autorité.
Mais cette Société des Nations, voulue à Versailles, n’a pas été réalisée, Nous avons dû nous contenter de son ombre |!
Persiflée par Clemenceau, bafouée par
. toute la presse réactionnaire, elle a été
: vaincue chez nous aux élections de 1919
par le triomphe du Bloc National. Sa défaite a même été pire encore. Elle n’a pas contre elle les réactionnaires seuls. Elle concentre, à son détriment, toutes les hostilités, puisqu'elle est, aussi, odieuse aux socialistes et bafouée par eux.
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La Société des Nations ne pouvait vivre que si elle était soutenue et animée par l’enthousiasme des masses populaires dans les divers pays. L’hostilité des socialistes la tue, autant que la malveillance des militaristes et des réactionnaires.
Bizarre conjonction, n’est-ce pas ? L’animosité des militaires, des généraux et des réactionnaires s’explique d’elle-même.
Mais pourquoi les socialistes la maudiraient-ils ?
Il vaut la peine d’y regarder de près :
car on ne peut fonder la paix de l’Europe que sur la Société des Nations ; et la Société des Nations que sur le bon vouloir des socialistes.
D'un mot : les socialistes n’v croient pas. Pour eux, c’est une duperie bourgeoise ! |
Beancoun d’entre nons pensent même faire nrenve d’orthodoxie en combattant cette ilInsion.
D'abord. an lendemain de l'armistice, on se contentait de nrendre un air dédaiomeux et désabnsé. On hanssaïit les énanles en parlant de la Société des Nations.
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Puis, à cette méprisante indifférence, a succédé une hostilité très déclarée.
« Quoi, nous disent les camarades, vous êtes socialistes et vous combattez pour la Société des Nations ? Tout socialiste sincère doit la considérer comme une farce. Nous savons que seule la révolution sociale peut fonder la paix dans le monde. Tant que le régime capitaliste subsistera, il engendrera la guerre, qui est son fruit naturel. C’est donc tromper le peuple que de faire semblant, par l'institution d’une Société des Nations ou par toute autre combinaison diplomatique, de travailler à rendre Ja guerre impossible.
Il est un peu surprenant qu’on n’ait
pas reconnu dans ces attaques une vieille querelle vidée depuis longtemps dans le parti Le reproche dirigé aujourd’hui
+ contre la Société des Nations, nous
l’avons entendu, en son temps, dirigé contre la République.
À quoi nous sert, demandait-on, le régime républicain ? Empêche-t-il l’exploitation du prolétaire ? Vous voyez que non ! Il n’est même pas sûr que la bourgeoisie capitaliste ne trouve pas, en ce
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régime, son expression suprême Î Elle y est peut-être plus libre pour écraser la classe ouvrière.
Vous rappelez-vous Bebel, au Congrès d'Amsterdam ? Sans doute, il ne faut pas méconnaître la tactique de prudence qui dictait ses paroles, ni son désir d'assurer, au socialisme allemand, un développement sans persécution. Mais beaucoup de socialistes se croyaient alors plus orthodoxes que les autres en affectant une grande indifférence pour l’institution républicaine.
L'expérience du Parti, la maturité croissante de sa pensée avaient fini par mettre tout le monde d’accord. Des règles s'étaient imposées à nos esprits ; et il suffit de s’y reporter pour trancher, dans le même sens que la question républicaine, la question de la Société des Nations.
La règle, la voici : entre le néant et l'idéal réalisé, il y a des étapes. Plusieurs de ces étapes peuvent être d’une importance considérable. La République est, pour nous, l’une de ces étapes. La Société des Nations pouvait et devait en être une
autre.
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suffire à éclairer les socialistes. Maïs nous souffrons du verbalisme, et c’est trop naturel ! Si nous percions jusqu’au sens profond que les mots enveloppent, nous apercevrions que l’Internationale Ouvrière est une société des nations.
Que veulent, en cette importante matière, affirmer les socialistes ? Ils veulent constater — et en cela nous avons cent fois raison — que tant que durera le régime capitaliste, la paix du monde sera menacée. Car les conflits économiques sont une source permanente d'’hostilités et une continuelle incitation aux violences armées.
De plus, nous déclarons qu'avec l’avènement du régime socialiste, toute guerre disparaîtra, et que l’Europe et le monde seront organisés et dirigés par l’Internationale ouvrière. Il y a là deux affirmations dont la première est excessive. Espérons ardemment que, sous le régime 80cialiste, la guerre n’existera plus. Mais gachons que ce n’est, en partie, qu’une espérance.
En partie, car il y a une garantie positive qui est la disparition de l’économie capitaliste. Avec elle disparaissent, sans
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aucun doute, beaucoup de causes de guerre. Toutes ? Voyons ! Il y a eu des guerres avant le capitalisme. Après sa disparition, il demeure des possibilités de baines entre les peuples,
Croyez-vous que les religions disparaftront tout de suite avec le régime capitaliste ? Elles ont jadis fait couler du sang. Et vous ne prévoyez nul conflit de races ?
Mais l’Internationale Ouvrière saura bien y veiller ! Elle empêchera que les dissentiments ne tournent aux conflits sanglants ! Justement ! nous y voilà !
Vous avez tout à fait raison. Et c’est pourquoi je vous faisais remarquer que, de ce point de vue, l’Internationale Ouvrière est une forme de la Société des Nations.
Ne prenez pas la peine de vous récrier qu’il n’y a aucune ressemblance !
Je suis aussi persuadé que le plus ardent des nôtres que l’Internationale Ouvrière est la forme achevée et parfaite.
Si parfaite et par là si différente de la pauvre caricature qui vous dégoûte aujourd’hui que je conviens avec vous que le rapprochement est difficile à faire.
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