‹ La vie à Paris, 1900Chapitre 18 sur 46 · LA VIE A P À K · texte numérisé non relu

LA VIE A P À K

templént, sur le ciel du Pays-Bleu, l'idéale lleur de pêcher — où est-elle, cette Ghîne exquise et charmante? On la retrouve encore dans les bibelots de l’Exposition, dans les laques cl les albums en papier de riz. Mais, entre elle ci nous, il y a une vapeur de sang.

Celle que J'ai me à présent est eu Chine.

Elle demeure, avee ses vieux parents,

Dans une tour de porcelaine fine Au fleuve Jaune, ou sont les cormorans.

Elle y demeure toujours, la vision de Gautier ; mais, pour l'aller trouver, il faut main tenant traverser des campagnes en armes et des villes en feu. Je sais des officiers qui avaient vingt ans lorsqu'ils arrivèrent, avec Mon tau ban, suus les mors de Pékin et qui, grisonnants avec leurs épaulettes étoilées, voient aussi aujourd'hui se ranimer l’image do leur passé. Nos lectures nô^nous ont pas plus séduits que leur campagne,

La Chine et les merveilles du Palais d'Eté sont

demeurées pour eux des visions de féerie.

Quel étonnement lorsque les chasseurs ù pied dont je parlais tout à l'heure arrivant le soir devant Pékin et, campés sous des mûriers, passèrent la nuit là et virent tout à coup, le lendemain matin, à Eaiirpre rose, ceux de leurs camarades qui, les premiers, étaient entrés dans la ville en ressortir en traînant des tapis des Gobelîns, des pendules du Lemps de Louis XIV, des meubles donnés à l'empereur de Chine par le Grand lioi I Et les coffrets précieux, et les porcelaines incomparables, et les admirables cloisonnés, elles éléphants d'or, et les tigres de métal incrustés d'or-

LA VÏJÏ A PARIS,

fèvreries, colosses stupéfiants dont les yeux énormes étaient des pierres précieuses! Quand le général des Garets évoquait devant moi ces souvenirs, avec un charme de parole vraiment exquis, il lui semblait faire encore un rêve. El je le suivais dans ses pittoresques évocations. Voyage au pays des escarboudes cl des potiches, acheté cher par une traversée atroce, mais terminé par une apothéose des « Mille et une Nuits ».

Non, ce n'est plus celte Chine de LhéuLrc du Châtelet que nos soldats vont rencontrer demain. Les arcs et les flèches des Mandchous sont remplacés par des canons Krupp. A leur tour, les Chinois bombardent. Quelque Bonaparte jaune doit rêver la revanche contre le J a p on et con Ire 1 ’ Euro p e. Il fau t se hâter, se hâte r de courir au secours de ceux qu'on menace dans ce pays immense où la vie de l'homme ne pèse pas plus qu’un fétu. L’opium a son alcoolisme. Il voit rouge, le Tumeur d’opium éveillé. Il frappe, il Lie — que disje?— il lacère, il dépèce. Il rit et continue son rêve en regardant souffrir.

Que la vieille Europe se hâte I Qu’elle arrache ses fils aux ongles des mains jaunes 1 Et qu'elle médite aussi sur tout ce qui se cache de férocités latentes, endormies et inassouvies au fond des êtres en apparence les plus doux et les plus soumis. Il ne faut jamais réveiller la bête humaine. Ce n’est pas le chai qui dort en nous, c’est le tigre.

El I homme est bon pourtant. Le Parisien sourit avec douceur aux pauvres Chinois en robes bleues ou mauves qu’on rencontre au Trocadéro et qui gémissent, eux aussi, sur les nouvelles arrivées de Chine,

quelques-uns de ces braves gens venus de Tien-Tsinou de Shanghaï étant, du reste, chrétiens et catholiques comme nous,

— Vous ne craignez rien? demand*LÎs-jeùrun d’eux hier matin,

— Oli ' non, monsieur. Nous sommes en France.

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