‹ La vie à Paris, 1900Chapitre 28 sur 46 · LE PREMIER RAYON · texte numérisé non relu

LE PREMIER RAYON

26 septembre î SI00*

J’apprends, par les journaux, que M. Edmond Rostand va passer rhiverà Cambo prés de Bayonne, et s y reposer des fatigues de son travail et de sa maladie. [I pourra, là, achever de corriger tout à son aise ees épreuves de V u Aiglon que noire ami l’éditeur Fasquelle attend depuis des mois, caries bibliophiles réclament le volume, la première édition qui deviendra « rare», comme disent les catalogues, et ils ne voient rien venir. À ce Lie correction d’épreuves, M. Rostand apporte un soin tout particulier et méticuleux. U entend, par des indications de scènes très détaillées* par ses descriptions achevées, donner au lecteur la représentation mémo de son œuvre. El ce labeur, arrêté par la souffrance, il ne l’a pas continué. Vainement son éditeur lui offrait-il de laisser corriger

eus upreuves par des dévouements très avertis. La compagne dévouée qui signa tes tférs délicieux de L ose monde Gérard était là. Catulle Mondés s'offrait, avec Técrivain séduisant qui porta sou nom* Le poète tenait à achever ce travail, qui le fatiguait mais qui lui était cher.

Alors notre arni Fasquelle de se désoler devant la fuite de toutes ces éditions successives que le public eût déjà enlevées comme il est allé applaudir Sarah Bçrnhardt pendant des soirs et des soirs. La pile colossale des éditions de <1 Cyrano de Bergerac » eût été dépassée, et le due de Reichstadt, aujourd'hui, serait lier de ses vers français en regardant la colonne des exemplaires de Y Aiglon ».

Nous n’aurons le volume que plus tard et lorsque M. Edmond Rostand nous reviendra de Cambo, peutêtre avec quelque nouvelle œuvre terminée, la « Maison des Amants » ou le » Théâtre », celte étude dramatique du théâtre ctde sa vie idéale et réelle, factice à J a fois et si vivante, dont ceux qui connaissent le plan parlent déjà avec une admiration entraînante.

Cambo ! Le lieu est bien choisi pour le repos, et pour le travail aussi, coupé d'excursions à travers bois ou, près de là, sur la montagne. L air y est salubre et revivifiant. Le cardinal de Lavigerie y promenait sa haute taille, venant demander au cuîn de terre natale la santé qu’avait dévorée le désert, C'est un coin pi t tores le du robuste pays basque. UzLariU n'est pas loin ou Bonnat rencontrait de si admirables types de vieilles paysannes. Et, tout près, les montagnes on l gardé des souvenirs épiques : Roncevaux est là,

où gémit encore la grande ombre de Roland. Quand je vais à Angle t, près de Bayonne, chez mon vieil ami Georges Silva, je regarde Cambo comme une balte heureuse, et. les bains de sève de pins y rendent, ènos Ias~ situdes des vigueurs nouvelles. Les arbres de Montmorency ne donneraient pas à l'auteur de Y « Aiglon » la solidité qu'ont, là-basses chênes de la terre basquaise. Et M, Rostand pourra, entre deux excursions dans la montagne, achever enfin sa légendaire correction d'épreuves, refaisant ses alexandrins au fur et à mesure de ta lecture nouvelle, de « placards » en « placards », Et, pour compagnons, sur les pics, il aura, s'il lui plaît, non seulement 1' « Aiglon % mais des aigles qui volent haut, près des nuées., les ailes étendues.,*

Celte future première édition de l 1 « Aiglon », encore dans les limbes de l'imprimerie, deviendra aussi précieuse que l'édition princeps, ou plutôt Tunique édition des Musardises », le premier recueil de vers publié par fauteur de « Cyrano de Bergerac » il y a tout juste dix ans, et qui est parfaitement introuvable. de n'avais même jamais lu. il y a quelques jours, ces « Musardîses » vainement cherchées et demandées par moi à Alphonse Le m erre, qui les publia h leur heure. 11 m'a été donné de connaître enfin ces premiers vers et j'y ai goûté un singulier plaisir. On m'a affirmé qu'en les signalant au public un critique de la « Revue Bleue », dont on ne m'a pas dît le nom, avait écrit : « de salue un vrai

poète, peut-être un futur grand poèLe! » Je nui souvenance ni de l'article ni du critique (1). Mais je me demande ce que j'aurais auguré de l'avenir de l'auteur des « Musardises » s’il m’eût fallu faîreqbligato ire ment, h propos de ce premier volume, quelque prédiction.

Rien de plus malaisé et de plus décevant que le métier de prophète; mais il est des astronomes littéraires qui se piquent volontiers de découvrir les étoiles. Visiblement, dés son premier volume, M. Edmond Rostand avait le rayon, L T étoile était là. Lejeune poète, seul, eût pu douter de lui-même. Il dédiait ses vers aux raillés, aux déshérités, à ceux qu’insulte Je public et qu'on appelle des ratés. Et, timide, hésitant devant la grande bataille littéraire, doutant du succès et doutant de soi-même, il se demandait, poète de vingt ans, en ses heures d'angoisses, s’il notait pas, comme tant de pauvres diables partis pour la conquête des Toisons d'or et rentrés au logis trempés par la pluie, crottés par la boue, Collelets de la triste Bohême, un impuissant lui aussi, un demi-poète, un songe creux, un raté 1

(I) Dn lettré m’a Ta fraîchi la mémoire. L'article a paru dans la Revue Bleue du \'l avril 18H0 et le critique est M. Augustin Filou, dont les romans si vivants et si attirants valent les études littéraires tout â lait personnelles et suggestives. De M. Edmond Rostand, M. Filon disait donc, il y a dix ans : n 1t s’agit bien d’on courage méats 1 Ce volume des Musardises n'est pas irn bouton, ni une Heur, mais ufL fruit délicieux; ce n’est pas une promesse, c’est une véritable explosion de talent poétique; — avec cela un accent nouveau, cette spontanéité, cotte hardiesse, ce je ne sais quoi d'enlevé et de vibrant qui dut faire tressaillir, il y a prés de soixante-dix ans, les premiers lecteurs des Coiîtes d f Espagne et d'Italie.

LA VIH A PARIS,

Je pense û vous, û pauvres hères,

 vous dont peut-être, ce soir,

Je partagerai les misères,

Parmi lesquels j'irai m'asseoir.

FA très longuement l'envisage Pour bien voir si j'ai le cœur fort.

Pour i h' assurer de mpn courage,

La tristesse de votre sort.

Si j’étais, par le ridicule Qu'on vous jette, mis en émoi, ll est toujours temps qu’on recule :

Mieux me vaudrait rentrer chez moi,

Àh 3 les confidences de ces prem iers recueils de vers, qui, pour tant de fervents, demeurent parfois uniques, bien des hommes portant en eux, selon le motel le vers de Sainte-Beuve :

Un poète mort jeune en qui I homme survit J

M. Laurent Picluil, un de ceux-là précisément, conservait dans sa bibliothèque un exemplaire de tous les premiers recueils do vers parus depuis soixante ans, et rien n'était plus ironique parfois que la deslinée de ces rêveurs qui avaient jadis débuté par des vers. La misère avait étranglé les uns ; ta vie, eu des voies très différentes, avait élevé et glorifié les autres. Il y en avait qui, main tenant, rougissaient des chansons de leur vingtième année, Ueux jeunes lettrés, MM, Van Bener et Paul LéauLatid, ont publié sur les poètes de l'heure présente, les jeunes, les nouveaux, les vivants, dont plusieurs sont des maîtres admirés et admirables, un excellent volume de « Morceaux choisis des poètes contemporains ». La matière était riche. 11 y a là une mine d'or qui vaut celle du Transvaal. On pourrait, tous les dix ans ou quinze ans, tous

les vingt ans, si l'on veut, publier une semblable Anthologie* Les générations nouvelles ajoutent leurs paroles et leurs gestes à celte langue immortelle que le monde comprend et qull ne parle pas, disait ce pauvre Musset*

Edmond Rosi ami, musse Liste à scs débuts, pouvait, comme tant d'autres, s'en tenir û co recueil unique, aux premiers vers que Luit de poètes renient en mettant, plus Lard, quelque cravate blanche. Il donnait à son livre un litre qui ne faisait pas pressentir le poète militant de ses deux derniers drames. Il prenait au vieux temps le nom de « Musardise » ou « Musardîe » qui, disait-il, signifie : « rêvasserie douce, chère flânerie, paresseuse délectation a contempler un objet ou une idée : car l'esprit musarde gaulant que les yeux, si ce n’est plus. »

Il trouvait chez certains étymologiâtes que « mtts arder » veut di re a vo ir le on us ea u e n i-aï r e t b ay e r aux verselets comme on baye aux corneilles, *> Il affirmait que les « musards *> étaient autrefois des jongleurs, provençaux d'origine (M* Rostand es! de Marseille)* qui déambulaient de par le monde en récitant des vers, et on lui avait dit aussi — car ce souriant est un mélancolique —qu'en la langue wallonne « muser*) a pour sens ; être tri s Le. Enfui, mettant pour épigraphe à ses « Musardises » comme une double cocarde h leur bonneL, ces mots : et Musardise : — action de celui qui musarde,— Musarder: — perdre son temps à des riens », — il ajoutait que le savant Huet faisait dériver le mot du latin « Musa >\ qui, comme on le sait, signifie : « la Muse »*

Et tout Edmond Rostand était déjà dans cette Préface avec ses nervosités, scs préciosités et sa volonté ferme et son goût pour le rare et sa résolution de petit chasseur à pied aux moustaches de raffiné et son courage*

Lui, un raté ? Lui, un déclassé, lui un funambulesque cuisinier de viandes creuses ? Allons donc ! 11 était de ceux qui suivent plus fidèlement la Muse que la musardie* Il avait d’aîSieurs le temps de humer les avrils et de ciseler ses vers printaniers, — et il songeait déjà, avec raison, passionné pour ce monde de Rêve et de toile peinte, aux succès du théâtre lorsqu'il disait encore aux pauvres Don Quichotte, attendrissants et grotesques, dont la Musc est la Dulcinée :

0 chevaliers errants de fart,

A qui la gloire destinée Manqua peut-être —* par hasard,

Étant votre ami, votre frère, lîu rêveur, un hurluberlu Qui connaîtra votre ruisère Peut-être demain — j'ai voulu

Vous dédier par ce poème Les premiers vers que j"ai tentés,

Enfanta perdus de la bohème,

O mes bons amis les Ratés !

11 y a loin du mois de février 1889, date que porte ni ces vers, à la soirée de mars 1900 où ëarah Bernh&rdl faisait acclamer T « Aiglon »* En ces onze années. Fauteur des « Musar dises » n'a pas « musardé* » lia virilement lutté, et son exemple peut servir d’encouragement à ceux qui, comme lui ; doutent d’eux-mêmes et se demandent ce que leur gardera la vie* Quoi

qu'elle leur donne, s'ils ont tout d’abord l'âpre et délicieuse volupté du travail’, de ce labeur exquis consolateur de tous les maux, ils seront moralement payés de leur peine. C’est déjà une joie de Faire comme dit l’autre, se becqueter deux rimes au bout d'une idée . C’est une volupté — n’y eût-il au bout aucune récompense — que « ce prurit invincible des muscles érecleurs du métacarpe, dont parle Charles Nodier en quelqu’une de ses rêveries, et qui tient lieu d'inspiration et de génie à tant d'honnêtes gens. » Edmond Rostand avait la passion du danger, l’appétit de la lutte. On rencontrerait déjà l’auteur dramatique, H rouis le éloquent de certaines tirades de qualité supérieure de « Cyrano », dans la confession du vieux poêle que M, Rostand, adolescent et croyant, allait, dit-il, visiter souvent tandis que le vaincu se mourait.

U me disait ; « Surtout ne sois jamais poète, n Les vers* mon pauvre ami, c’est ce qui m'a perdu 3 »

Et il conté les douleurs,-il rassemble les doléances lugubres du poète incompris: les veilles sans profit, les travaux inutiles, les tristesses du noctambule,

Pour qui tous les plafonds sont trop bas sous les deux.

Il montre l’absurdité de ce songe : « faire de l’art » — tandis que la multitude acclame celui qui « fait du vaudeville ».

Ne fais jamais d'art ! — Ne H n gère Jamais de penser du nouveau !

Mais fume des pipes, digère,

Et crains les rhumes de cerveau I

Il accumule, sur les lèvres amères du vieux poète terrassé, les souvenir de tristesse noire, l'horreur-qu'il y a quand la jeunesse passe* à vieillir, à mourir toujours méconnu» Il énumère par la bouche de ce raté en cheveux blancs les bonheurs faciles que garde la vie sans chimère — et les voluptés des intérieurs confortables évoqués, aux heures de désespérance, d sous les plafonds d’où ça pieu 1 ». Il entasse toutes les recommandations farouches, tous les conseils réfrigérants, tous les cris de casse-cou et le vieillard h l'agonie se dresse devant le poète de vingt ans comme un vivant et sinistre v casse-cou ».

Le vieux meurt, le jeune raccompagne au cimetière,.* Le cercueil glisse dans le trou, ta bière grince sur la corde, dernière plainte du vaincu... Et le rimeur de vingt ans se dit ; « Mon cœur n'est pas assez cuirassé, ma tète n'est pas assez forte, mes pieds ont trop peur des cailloux du chemin I..* L T Àrl n'est qu'une griserie, une duperie! Cet homme avait raison. Soyons impassible, soyons heureux et vivons égoïste! » Puis il s'aperçoit que les champs sont verts, que Les arbres ont des caresses et les Heurs des parfums, que P ormeau tremble, que l'oiseau chante et que le ciel, d'un bleu pale, « a Pair d'un satin de Chine... »

J’oubliai tous les maux que l'autre avait soufferts...

— Et j’écrivis, rentré chez moi, tues premiers vers.

Tout Rostand est là, déjà, dans ce volume. Ses recherches de langage, son amour des jolies lloxanes qui semblent sortir de la Chambre de Julie d'Argennes,

LA VIE A PA lU S*

ses caprices, son panache, ce je ne sais quoi de 1res français qui est son charme eL de travaillé qui fait songera l'alignement des petits netzkés d'ivoire qu'il a si iiniment chantés, — la délicieuse apothéose du blanc linon que je retrouve déjà dans la « Ballade du Petit Manchon » — la poudre de pastel et la poudre d'or de ses « Romanesques », le narquois et l'attendri, le lin el le fin du lin de ce talent si rare, puissant cl délicat :

Dessous sa grande ombrelle rose Elle est toute rose. Ou dirait Un peu d'une très pâle rose Qu'un soleil couchant rosirait;

tout cela, les « Musardises » nous l'annoncent, les t< Songes Creux » el le « Livre de l’Atmce » nous le donnent, et le critique de la « Revue Bleue » n'avait pas grand mérite à dire, en 1890 :

— Un vrai poète nous est né !

Ab ! ce délicieux volume, le volume précurseur! Combien je l’ai cherché, que de Fois je l’ai demandé voulant établir ce que je croyais les balbutiements d'un poète et ce qui est, en réalité, le premier livre d’un jeune maître. Je ne le trouvais point. Il n’élail cependant pas loin de moi. JL de Féraudy, qui me présenta le jeune auteur dont le nom devait si tut s’épanouir en pleine gloire, me l a prêté, l'autre jour, et j’ai lu, à la première page de cette belle écriture qu'a Edmond Rostand — comme J.-M. de Heredia, comme Jean Richepîn —celte dédicace manuscrite: « Au grand comédien Maurice de Féraudy, admiration et reconnaissante sympathie. Edmond Rostand. »

Et M. de Féraudy est le premier qui ait, dans les salons, récité les vers juvéniles de Rostand, « les Papillons, la Chapelle, le Vieux Pion, les Fleurs, la Ballade de bien s'aimer », que je vois marqués d'une croix au crayon sur l'exemplaire rarissime du comédien comme M, Le Bargy le premier qui ail jeté au publie, un soir de première, le nom rayonnant d + Edmond Rostand, — Ce nom, qui le prononcera, là-bas, dans un autre salon, un jour de réception solennelle '?.*.

Lu mois historique* — Lu fête des moires. — Fraternité des dialectes* — Bretons et Provençaux, — Une draperie de thW. — De Notre-Dame au Champ de Mars. — Le départ des exotiques. — Les fêtes coloniales au Trocadêro. — Fin de saison. — Deux poètes. — Louis Datisboupe et Gabriel Vicaire. — Alfred de Vigny inconnu., — Un trésor littéraire.

— Mme .Iules Simon et le grenier de la place de la Madeleine.

— Les ingrats. —* Portes closes. «— Jules Mqchard* — Lu album de Henri llegnault. — Le siège de 1K70-1871 et la décoration de la ville de Paris. — Les femmes* — Une idée de Louis Blanc : les pigeons du siège* — Un pigeon messager dans le blason de Paris, — Fédération et baiser Lamoureüc*

21 septembre 10 (HL

Celui qui voudrait écrire l'histoire du mois ne manquerait certes point de sujets et n aîtrait pas grand’peine h remplacer « le rdU absent », comme la pauvre Mme Searron était obligée de le faire* Nous avons vécu des heures qu’on n’oubliera pas et j’aurais voulu qu’un Michelet assislM au banquet des maires polir ajouter une page immortelle à ^admirable chapitre de la Fédération* La peinture, dit-on, nous rendra cette

scène h la fois si pittoresque et si bien ordonnée, et j’ai aperçu en un coin de table ü. Gervex, qui peutêtre avait apporté là sa boîte d'aquarelle. Ce qui est certain, c’est que les appareils photographiques ne manquaient point et que les chroniqueurs au kodak ont pris de tous côtés leurs notes cursives, comme des annalistes « à l'instantané ».

Les chansonniers, qui vont se réunir en congrès tout comme les socialistes, n’ont vu dans cette incroyable réunion d'hommes, de magistrats, s’il vous plaît, — qu’une gigantesque kermesse, un dîner monstre ou rien ne manqua et qui eut effaré un Yale J, Imaginez le grand roi donnait l’ordre à ce Va tel d’accommoder un menu pour vingt et un mille personnes ! C'est alors que l’illustre cuisinier se fût sans hésiter embroché de son épée. Mais on a tout dit sur le pantagruélisme de ce déjeuner où les cœurs se sont plus échauffés que les tètes* Laissons les revues de fin d'année clvansonner <t Monsieur le Maire » et gardons de cette belle journée de concorde et de clair soleil l’impression vraie, faite d’apaisement et d’espérance.

Oui, vraiment, ce fut un jour heureux. Tout réussit. Et ce qui était touchant, c’élail. l’expression de foi de ces maires, venus des points les plus éloignés du territoire pour fraterniser dans celle Tète d’union et saluer le premier magistrat de la République, ancien maire, comme eux, de sa ville natale. 11 y avait la de vivants exemplaires de toutes les professions, de toutes les races qui forment dans un admirable amalgame la race française. Je voyais de braves gens à la blouse

LA Vlli A PARTS.

noire et empesée, dos Bretons en veste brodée, des Basques aux bérets de laine* Un écriteau, au-dessus des tètes, rappelait, avec ce nom, Haut-Rhin ^ la vieille Alsace. J'en tendais les Toulousains chanter Toulouse et nos bons Limousins enlonner, sous les marronniers, les refrains de mon enfance :

B ai sa g -1 oî, m oi * ta gi 1 e,

Lève-toi, vallon !...

J'ai assisté, depuis, au Cabaret breton, à un banquet intime, au banquet présidé, en costume armoricain, par M. Jacob, L'excellent député du Finistère et maire de sa commune, coi lié du petit chapeau rond. Le docteur Dubuisson, mon voisin, lui aussi député de Bretagne, me contait que, bras dessus bras dessous avec des maires de Provence, quelques-uns de ses compatriotes s étaient rendus à l’Élysée en chantant, eux, les Bretons, des airs provençaux qu'ils n'entendaient guère, tandis que, lorsque les Bretons entonnaient leurs refrains d'Annor, les Provençaux reprenaient le chœur dans le parler breton qu ils ne comprenaient pas. C'est qu'il y avait un sentiment qui unifiait ces divers dialectes : au-dessus de ces chansons si différentes planait une sorte d'enthousiasme particulier, comme si ces maires de village ou de grande ville, ces campagnards et ces citadins eussent eu l'intuition, la conviction qu'ils étaient la France même qui passait* Et Us Pavaient, cette sensation, n’en doutez pas.

Tandis qu'ils applaudissaient, à la salle des Fêtes» les danses d'autrefois et qu'ils écoutaient le Chant du départ , je ne pouvais m'empêcher, moi, de songer à

l'ironie des choses en en tendant un des décorateurs de la maison Belloir, me dire :

— Vous avez reconnu votre devant de loge ? C'est lui qui forme draperie* au-dessus du rideau jaune, dans le joli théâtre improvisé par M* Raynaud.

Et» en effet, ornant le théâtre et fort artistiquement tendue là-haut, la large bande de satin brodé d’or qui nousavaîl, à la Comédie-Française, servi à décorer la loge centrale où, lors du gala offert au tsar, s'étalent assis l'empereur et l'impératrice de Russie, — cette admirable tenture blanche que nous avions utilisée naguère, à l’Odéon, pour le gala du roi de Suède, elle était là, je la retrouvais au Champ de Mars et je ne pouvais m’empêcher de me souvenir que ce satin blanc découpé c< où tant d’or se relève en bosse » était — lendemains de l'histoire! — le propre dessus d'autel qui, à Noire-Dame, avait servi jadis au mariage de Napoléon lit et de l'impératrice Eugénie* *

Le temps où nous vivons est celui de l'imprévu* Songez à cela : ce dessus d'autel devant lequel se sont agenouillés l’empereur, alors tout-puissant, et la souveraine, rayonnante de beauté, le voilà qui fait partie du man teau d'Arlequin d’un théâtre de fête nationale I Il est, dans le garde-mouIde de Belloir, l'ornement officiel des loges des souverains qui passent et il aura figuré à cette fête des vingt mille petits souverains en écharpes tricolores qui, dans la nation, représentent la Loi, Les Chants de Notre-Dame autrefois. Le Chant du départ aujourd'hui* Victor Uugo raconte dans ses Choses vues que, passant à Reims, treize ans après le sacre de Charles X, il aperçut confusément, dans une

grande brouette, parmi les toiles d’araignées et les rats en fuite, une sorte de long paquet poudreux* roulé et lié d'une corde, et comme il demandait au bedeau de la cathédrale : « Qu'es U ce que cela ? » Le bedeau répondit : « C’est le tapis du sacre de Charles X l »

J'ai pensé au lapis de Charles X en regardant le satin du mariage. Trouvez-moi un objet qui symbolise et matérialise à la lois les révolutions de ce siècle mieux que ce maître-autel de la vieille Notre-Dame, appendu au-dessus des tètes des comédiens chaulant les strophes patriotiques de l'hymne de Chénier 1

Je note le fait qui est suggestif. EL les maires sont partis, allant raconter au fond de leurs provinces les splendeurs de la fête du 22, comme les exotiques do l'Expo si lion qui commencent à grelotter sous les feuilles jaunies vont, dans leurs récits, donner à Madagascar ou en Indo-Chine de vagues descriptions de Paris, Us s’en vont, les indigènes, et, pour eux, il est temps de partir. Depuis plusieurs semaines, les Gingalais, danseurs du Diable, avaient recouvert de gilets de flanelle leurs torses nus, pareils à de beaux bronzes. On entendait, ça et lè, dans leurs promenades, quelque petite toux mauvaise. Le pâle soleil d’Europe, qui les avait réchauffés un moment, semblaiL se coucher. Et le mal du pays commençait à venir, par les soirs d’automne un peu mélancoliques. Alors M. Charles Roux a, comme on dit, signé les feuilles de route. Adieu, les indigènes 1 Le coin du Trocadéro où le plus profondément j'ai ou la sensation des choses inconnues, va devenir désert, il ne restera plus que les

LA VLÜ A PARIS.

monuments, Té tonnante pagode qui semble l’Asie même établie là chez nous, à vingt minutes du boulevard des Italiens, La nier remportera eus Africains et ces fils d’Asie qu'elle nous amena, avec leurs pittoresques costumes et qui, les soirs d’été, dans ces défilés en musique, nous épargnèrent un lointain voyagé en nous montrant cette promenade du Dragon dont on nous rapportait de là-bas d'étranges et fantastiques descriptions.

Rien ne fut plus attirant, plus imprévu et plus vrai que ces fêtes coloniales, sous les lumières des lanternes sénégalaises illuminant de larges faces noires où riaient les grandes dents blanches, cl ces Tonkinois marchant au pas, comme à la revue, sous la conduite de leurs sous-officiers. Quels beaux cavaliers de Fromentin, ces spahis montés sur leurs arabes et, le fusil liuut, caracolant en tète du cortège l Quelles acclamations lorsque, inili taire ment conduite, passait la musique malgache jouant aux Parisiens Tair populaire de Sambre-'et-Meuse ! Il y avait là je ne sais quoi d’inattendu : ^Extrême-Orient venant au-devant de ceux qui n’ont pas te loisir d'aller à lui et leur apportant ce charme singulier, ce je ne sais quoi de mystérieux et de captivant, cette odeur d'exotiques rêves quant les visions d’au Loti.

Visions envolées maintenant î Ils s’embarqueront bientôt, les exotiques, et les lumineuses, les bruyantes promenades du soir sont finies,Finies, caries feuilles tombent. Vous verrez bientôt combien ce Paris sera tris Le lorsqu’il n'aura plus son Exposition, ce grand joujou superbe dont il n'a pas tout de suite senti le

prix. H se consolera en faisant de la politique et en cherchant des jouets nouveaux» Mais celui-là est ïe plus beau qu’on lui ait donné, qu’on lui donnera jamais, et, parmi les autres attractions, ces fêles cxo~ tiques resteront inoubliables pour ceux qui ont su les voir.

T'ouï disparaît à son heure, il est vrai, et c'est une banalîLé qui date de milliers d’années de dire qu’il se faut résigner aux dénouements inévitables. Deux poètes sont morts, presque à la même heure, qui avaient dé chanter et déplorer la brièveté des jours. Tous deux étaient Alsaciens, l'un Louis Ratisbonne, né à Strasbourg, 1 autre, Gabriel Vicaire, à Belfort. Avec Albert Samain, qui fut admirable, et Georges Lefèvre, qui fit entendre au théâtre de beaux vers, voilà en quelques semaines bien des poètes disparus. Louis Ratisbonne était vieux : les autres avaient encore l'âge do la lutte. Le pauvre Gabriel Vicaire, qui laisse bien d'autres recueils, restera comme l'auteur des Emaux bresscuis. 11 fut comme étouffé par ce premier succès, La Comédie enfantine de Ratisbonne eut, pour îe traducteur de Dante, le même inconvénient, avec un retentissement plus grand, 11 est de ces œuvres dont la vogue devient pour ieur auteur une sorte de barrière littéraire. Tout est dit ; on ne passe plus,

EL Louis Ratisbonne était un critique de talent, un écrivain de liante culture. Il ne vivait plus, dans les derniers temps de sa vie, que danè le culte touchant

fü

d’Alfred de Vigny. Le fier poète des Destinées PavaUfaïl son héritier pour tout ce qui concernait ses œuvres publiées. Ratisbonne, s'oubliant soi-meme, veillait sur cette gloire du grand aîné. Il était fidèle au tombeau, comme il ravait été au foyer du vivant. Cette abnégation et ce dévouement imposaient le respect.

Savait-il qu’il existe d'Alfred de Vigny des oeuvres en partie achevées, des fragments d’admirables Mémoires qui sont la propriété d'une noble famille à qui le poète tes a légués? Ou s’imagine connaître Vigny tout entier parce que nous en avons lu. Point du tout. Cette grande âme blessée, irritée à la fois et dédaigneuse, se réfugiait et se livrait dans les confidences, certainement destinées à là publicité, qu’une bienveillance dont je m’honore a consenti à. me montrer. Quel trésor littéraire que ce Vigny inédit qui verra le jour peut-être et qui serait bientôt donné au public si mon avis avait le moindre poids.

Avec quelle émotion j’ai pu en trevoir, lire rapide ment, feuilleter, non seulement ces souvenirs dont le Journal d'un poète ^ nous donnait déjà Pavanl-goût, mais des projets de romans et de draines, uue suite à eel immortel volume de Servitude et Grandeur militaires y une contre-partie de Chatterton, une pièce dont le héros est Robert B unis; — et des lettres intimes, des lettres d'autrefois, des lettres de jeunesse ou Vigny el Hugo sont tellement unis et tellement frères r frères d’armes, frères de pensée, que d’un commun accord, ilséchangcnl leurs prénoms comme les maires de France échangeaient leurs dialectes, l'autre jour,

LÀ VIE A r A RIS.

et que Hugo signe ses lettres Alfred et Vigny signe les siennes Victor.

Il ne m’est pas permis de dire ce qu'il adviendra d'une telle mine de documents et de manuscrits prédeux, et j'aurai peut-être même [commis, — je m'en excuse — une indiscrétion en signalant F existence de cet amiïable inédit. Mais ce m'est une occasion de remercier les hôtes, esprits et cœurs d'élites, qui m'ont donné, en me permettant de jeter ainsi les yeux sur ce Vigny inconnu, une des plus pures et des plus profondes joies de ma vie.

Cette joie, je ne crois pas que Louis Katisbonne l'ait éprouvée. Il est mort sons avoir lu, je pense, le plan de Robert Sarns. Je connaissais depuis longtemps Tau Leur de la Comédie enfantine t depuis ces soirées où Jules Simon réunissait la jeunesse libérale, aux heures du second empire, dans ce qu'il appelait son grenier de la place de la Madeleine. Grenier peuplé de livres rares et où les débutants de ma génération se rencontraient avec des maîtres et avec des gloires. Les ouvriers, à qui le bon André, le vieux serviteur, ouvrait la porte, y coudoyaient des membres de l'Institut et des députés, et Jules Simon, souriant, accueillant, mettait à l'aise tout le monde. La mort avait déjà frappé à l'huis à demi fermé ; après l'hôte elle a emporté celle qui, avec la bonté la plus grande, faisait, en ces années défuntes, les honneurs du logis. Mme Jules Simon aura passé plus de cinquante années de sa vie dans ce mémo appartement devenu pour nous historique. Elle y avait connu les heures lourdes du lendemain de Décembre, lorsque le professeur

démissionnaire pour refus de serment n'avait plus* comme ressource, que ses livres écrits pour Hachette et le Journalpo^ir lait fondé par Lahure; elle y avait vécu les^heures militantes du temps des Cinq et elle avait vu défiler là, passer, entrer en hésitant, avant le succès — puis revenir — tous ceux qui portent un nom dans notre France, À toutes les heures, les plus dures ou les plus triomphantes, elle avait gardé son inaltérable philosophie ot sa grande bonté. Les actes de charité de la vaillante femme sont incalculables. Combien elle a dû faire d’ingrats 1

Je me rappelle qti’après le 16 mai, je parlais à Jules Simon, tombé du pouvoir, d’un homme qui avait éLé un de ses collaborateurs in Unies et qui lui devait sa situation, fort importante :

— Vous le voyez toujours ? lui demandai-je.

— Oh! oui, répondit le philosophe de ce ton doucement terrible qu'il avait parfois. Il vient même me rendre visite assez souvent. Ni Je soir, ni le matin, au crépuscule, à l'heure oii Ton ne peut pas le voir entrer chez moi I

lNous avons tous de ces amis et de ces obligés crépusculaires,

Mme Jules Simon ne s'en irritait pas. Elle savait ce que vaut la vie* Pour lui donner du prix elle en faisait un perpétuel sacrifice. Elle se donnait toute aux siens et à autrui. Elle vivait pour ses fils et ses petitsenfants, pour cet espoir aussi ; voir la statue de Jules Simon s'élever là, sous ses yeux, dans le petit square de la place, eL la contempler du liant du balcon du grenier. Jamais je n'oublierai cette demeure

cordiale osi j’ai rencontré tant de bonté, laissé tant d'amitiés. L’admirable phrase de Chateaubriand parlant de ces chambres du château de Combourg que ht mort ferme les unes après les autres vous revient invinciblement, vous revient toujours comme un son de glas, devant les portes closes des logis aimés. Je ne passerai pas dans ce coin de Paris, sans songer que — comme tant d'autres — j'ai laissé là-haut, chez le maître mort, une partie de ma jeunesse 1

Et la lis te s'allonge tous les jours de ceux qui disparaissent, Une lettre, ce malin, m’apporte la nouvelle de la mort de Machard. Celui-là aura signé d’exquis portraits de femmes, et fut, si je puis dire, un féministe du pinceau. Robuste et sympathique dans toute sa personne, son talent avait des délicatesses rares, EL quelle verve et quelle gaieté autrefois! Je me rappelle un album crayonné à Rome que me montra jadis M. Emile Pessard et où Sien ri Régnault, en une suite de scènes humoristiques, s'amusait à croquer les biceps et la chevelure de Jules Macliard, tout jeune alors et superbe, La robustesse de Machard et une autre chevelure aussi, celle d’Ernest Hébert, alors directeur de P École de Rome, se confondant avec les frisures de son chien, divertissaient les hôtes de la villa Médicis quand Régnault les jetait ainsi sur le papier. M. Hébert tonnaît-il cet album qui semble d’une sorte do Topffer michelangesque ? Il en eût souri tout le premier, lui dont P esprit égale la bonté !

— Qu’est-ce qui vous a plus frappé dans la repré-

LÀ VIE à PÀUlS.

sentation de Lohengrin ? demandait-on à un très distingué sportsman.

— (Test, répondit-il, que le cygne est très mal attelé.

Ce qui sé dut sait le plus les femmes dans les portraits de ftlachnrd c’était, au contraire, rajustement et l’élégance,

Jules Macliard laisse des figures de femmes aussi attirantes que certaines toiles des peintres anglais du dernier siècle. Et le brave artiste qui vécût en père de famille adoré des siens, a rejoint le vieux camarade qui s’amusait de lui autrefois et qui est parti le premier, le vert laurier des débuts changés en feuilles sèches collées par le sang à son visage sous les arbres de Buzenvah

Et puisque ce fantôme glorieux du siège réapparaît, je ne serais pas le vieux Parisien, rapide historiographe de la Vie à Paris, si je ne saluais, au passage^ ee bout de ruban rouge qu'une généreuse initiative attache — comme à la cravate d’un drapeau — au fclason de Paris en fête en souvenir de Paris assiégé. Voilà donc Paris décoré parce qu’il a souffert durant de longs mois de deuil inouliliésl Celle croix fut bien gagnée — il y eut là une colléetîvidé de sacrifices — et ceux qui hésitent à décorer les femmes attachent cependant ce signe de gloire au souvenir, si je puis dire, de toutes ces Parisiennes qui lurent, pendant des mois, héroïques si simplement* Compagnes admirables des combattants, mères, femmes et sœurs,

e’esi à vous, autant qu’aux mobiles et mobilisés, aux pauvres et braves soldats du rude hiver que cette récompense est due et qu'elle va,., après trente ans. Combien ont disparu, qui ne sauront pas qu 3 on les honore aujourd’hui !

Mais, puisque tes experts en science héraldique vont, paraît-il, compléter le blason delà ville de Paris, je me permets de rappeler, de remettre, s’il se peut, à Fordre du jour, une proposition qui fut faite devant moi par Louis Blanc chez Victor Hugo et qui enthousiasma le poète autant qu'elle avait ému Fhistorien lui-même, parlant, les larmes aux yeux, de ces pigeons messagers qui, sous leurs ailes, à travers les lignes prussiennes et sous les coups de feu des Allemands, nous apportaient des nouvelles de la France.

— Comme la colombe au-dessus de l’Arche, disait Louis Blanc, que Ton place désormais, dans les armes de la Ville, au-dessus du symbolique vaisseau <1 o Paris, un pigeon les ailes éployées en souvenir de ces messagers de la pairie !

Et Victor Hugo, la voix vibrante, de répondre à son ami :

— Louis Blanc, vous êtes un patriote et vous êtes un poète !

Il faut avoir vu ce qu’étaient pour les malheureux assiégés l’apparition sur un de nos toits couverts do neige de quelque pigeon « traînant Faite et tirant le pied », et, sous ces plumes salies, apportant en des dépêches microscopiques de lointaines voix des absents pour comprendre cc que furent pour les Parisiens les pigeons du siège. Ceux de Saint-Marc

sont moins vénérés là-bas que notaient chez nous ees porteurs de messages, « Un pigeon î On a vu un pigeon ! » (Tétait de la joie et de l'espoir pour tout un peuple. Nous eussions réchauffé le pauvre oiseau sur nos poitrines.

Le vœu de Louis Blanc, qui fut aussi celui d'Edgar Quinet, me revient à la pensée aujourd'hui. Il entraîna Hugo ; Michelet, déjà malade, ne le connut pas* Sans* quoi, TanLeur de Y Oiseau eût pris en mains certainement la cause des pigeons dn siège. Pourquoi donc, puisqu'on va compléter le blason de Paris, ne pas fixer le souvenir de ces messagers d’espérance en leur donnant place dans les armes de la Cité?

« Comme la colombe au-dessus de l'Arche 1 »

disait Louis Blanc* Oui, et en souvenir des messagers de la guerre, on placerait là ce pigeon messager de paix. Ce serait comme une touchante légende désormais immortalisée* Eux aussi, les pigeons du siège, turent ~ par le plomb de l'ennemi — décorés de couleur rouge*

EL ce serait un témoignage de plus du désir d’apaisement cl de fraternité qui Semble nailre de l’accolade fraternelle de la province et de Paris. Car j'espère bien que celle journée ne sera pas unique. On a crié : « Vive monsieur le maire I » EL ce fut le refrain tout un jour. Place de la Concorde la foule répétait de tout son cœur en voyant passer les délégués des départements : « Vive la province 1 » Et les provinciaux répondaient : « Vive Paris î » Il y a eu là une heure sacrée, où s'est affirmé l’uni Lé cordiale de la France. Àhl si Von pouvait, à de certaines heures, si rares»

arrêter la pendule! Si la vie ne reprenait pas brusque* nient, batailleuse et féroce L.<

Et pourquoi, après avoir rêvé des larmes de joie de la Fédération, songeai-je maintenant aux ironiques lendemains du baiser Lamourettê ?

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