‹ La vie à Paris, 1900Chapitre 30 sur 46 · GG · texte numérisé non relu

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— Si le Premier Consul veut do Yougeot de quarante ans, qu’il vienne en boire chez moi 1 J'espère que les Parisiens auront plaisir à celte Fête des Vendanges. La fête des vignerons, qu’on célèbre de temps a autre à Yevey, en Suisse, attire autant de spectateurs là-bas que la représentation de la Passion, tous les dix ans, en amène à Oberaromergau. Lai la, sous les yeux, 1 album de la fête de Vcvcy en 1889. C’est un cortège qui Tait songer à celui que le peintre Ma kart organisa, un jour, à Vienne. La musique du corps des Suisses, les hallebardicrs, les porteurs de crosses abbatiales, et des hoquetons, les conseillers porte-drapeaux, les vignerons experts, y précèdent les porteurs d'attributs, faneurs et moissonneurs qui se mêlent aux jardiniers et aux coupeurs de blé, — car celle fête de la Vigne es! aussi, là-bas, ïa fête des Saisons, — et après les rémouleurs, les tonneliers et les vendangeurs, apparaissent, dans leur triomphe attendu, le dieuBacchus, et parmi les faunes et les Bacchantes, l'inévitable Silène au ventre copieux. Mais toute cette mythologie de théâtre et ces costumes de ballet ne valent pas, pour la foule qui regarde, l'énorme grappe de Chanaan,la grappe pesante de raisin géant, que portent, pliant sous son faix, les vignerons en culottes courtes. Cette vision de la grappe légendaire de Ut terre de féerie, où les fruits savoureux ont des proportions gigantesques, c'est ce qui parle peutêtre le plus aux regards dans cette petite fête de Yevey.

Terrons-nous, dans le dédié de nos Vendanges, la grappe de Chanaan qui n’est, après tout, qu’un symbole de ce je ne sais quoi d’immense, de colossal,

d'inattendu, de supérieur, que rêve l’HumanïLù au travail, qu’elle cultive sa vigne ou laboure son champ? Quoi qu'il en soit, la fête du raisin, la fête du vin de France, devra être populaire* « Pourvu que nous ayons beau temps 1 » comme disent les vignerons à la veille de la cueilleUe. VA surtout qu’on ne croie pas voir dans ce défilé la fête de l’ivresse, — ce n'est point parce que Vénus a ses fureurs el ses furoncles qu'il faut maudire l'amour, — et Jean Raisin, frère de Jean Blé-Mûr, est le bon compagnon, le camarade et le compatriote de Jacques Bonhomme, paysan et fils de France 1 (1)

(1) La Fête des Vendanges eut un plein succès et ce qui charma surtout fut précisément ce qu’il y avait de vrai dans le délité : les tonneliers, les vignerons d 1 Argente uÙ, le char du vin d'Arbois, les braves gens venus du Maçonnais — ce qui était et * fleurait la France I

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