L'AU-DELA
JO octobre 1000.
Le voici revenu, je T ai retrouvé à sa place habituelle, je Lai revu, je lai relu, l'in évitable article sur le marchand jde marrons l Tous les ans, à la môme époque et dans les mêmes termes, l'article saluant le retour du marchand de marrons, fourrier de l imer, fait son apparition a l'heure dite dans les feuilles quotidiennes. C’est un figurant qui ne manque jamais son entrée. On a lu vingt fois le morceau inévitable; on le lira trente fois, quarante fois, pourvu qu’on ait le temps de vieillir. Lui, identique et immuable, l'article sur le marchand de marrons ne vieillit pas. Le bon TimothéeTrimm, gloire éclatante de jadis, maintenant ignorée de la génération nouvelle, se vantait d avoir réédité dans tous les journaux en sa vie de publiciste la même fantaisie mélancolique et la même romance
LA VJK A PARIS.
attendrie sur le marchand do marrons. Elle public ne s'en plaignait point. «Tout est inédit, disait philosophiquement Théophile Gautier, 1E suffit de réimprimer les choses au bon moment. » J'ai très souvent cite le
mot.
L’article sur le marchand de marrons apparaît lors* que les fouilles tombent. Il a, cette fois, coïncidé avec les premières visions d'automne elle départ des exotiques de leurs cases du Trocadérti. Âhl ce départi C’est le premier son de cloche, L'Exposition, beau rêve, a déjà la petite patte d’oie. Elle touche à sa fin et redouble de coquetteries ; elle est délicieuse par ces couchers de soleil d'octobre qui font songer à de& Ziem ; mais déjà quelques attraits lui manquent, et je regrette ces Africains et ces Asiatiques qui furent la joie des Parisiens en quête de pittoresque; ceux qui, comme moi, n'ont pu que pour un jour franchir les fortifications, ont eu grâce à eux, des visions de mondes ignores, des illusions de voyages aux payslointains. On pouvait être un explorateur.à bon marché et un Brazza sans fatigue. Aujourd'hui, les cases sont vides, les pailloües lacustres abandonnées, les pirogues dorment immobiles sur les petits lacs désertés. 11 n'y a plus de Dahoméens le long de la rive* derrière les clôtures de bambous, et les noirs bijoutiers sénégalais ne travaillent plus, sous les yeux des Parisiennes, leurs bagues eu filigrane d'or de la rivière de Saint-Louis. Galü-Tluam, le vieux nègre à barbe blanche, chef do convois des Sénégalais, est venu me vendre le dernier de ces anneaux du pays de Galant r avec les signes du zodiaque sculptés dans l'or fin.