SOUVENIRS DE FIN D’ANNÉE
Pourquoi me rappellé-je, au moment où fiait Tannée, les jours de Van de Limoges où» dans le logis du boulevard, je lisais ces livres d’étre une s qu'on donnait aux enfants de mon temps, le Gutiioer, illustré par J.-J. Gram)ville! ou les Animaux peints par euxtnt hues, dont nous regardions les images sans en saisir la poésie, l'ironie, le sens exact ? Pourquoi, lorsque les années tombent dans l'oubli ou dans T histoire, comme dans une trappe, l'esprit, se tourne-t-il, par le souvenir, vers les lointaines années disparues, celles où nos tètes, maintenant grises, étaient pleines de rêves et de chimères ?
Toute année qui nous emporte ou des illusions dernières, ou des êtres chers, nous apporte en même temps une irrésistible impression de mélancolie, et ce qui nous consola alors, c'est la vision des années
d'enfance, le rappel de ce que la vie ne nous prendra pas: le souvenir* Je revois Limoges, le champ de Juillet, la place Royale où j'ai fait tant, de pas, de mes petils pieds d'enfants. Je n'ai depuis que je l ai quittée retrouvé la ville natale qu'en passant presque entre deux trains, il y a six ou sept années, cl je n’oublierai jamais mon émotion lorsque le gardien du Musée — le très beau Musée qui n'existait pas dans mon enfance — ayant lu mon nom tracé sur le registre, vint nrc di re :
— Quoi I monsiem' Jutes ^ c’est vous ?
Il m'avait connu tout petit et ce nom, donné à l'enfant, il le donnait à l’homme et rien ne m'a jamais été plus doux que ce salut évoquant un cher passé et souhaitant!a bienvenue au Limousin devenu Parisien* J'espère bien revoir et le Musée et son brave gardien et Limoges même que j'ai retrouvé, un jour, au lendemain de la guerre, dans toute la fièvre de la lutte, avec des uniformes de mobilisés dans les rues et, à la gare, un convoi de quelques prisonniers allemands — des prisonniers de Termitiiers, peut-être !*..
-— Ah ! monsieur Jute$) vous rappelez-vous, quand je vous menais promener au Naveix, au bord de la Vienne?
Si je mon souviens! — EL ce Naveix, où passait le bois flotté charrie par la rivière, comme je voudrais le revoir !
J'ai des nouvelles du pays par les journaux locaux, déplus en plus décentralisateurs. C’est le journalisme, sdËôfc-en certain, qui redonnera — que dis-je ? — redonne à nos provinces cette vie propre que la centra-
MM
lisation à outrance avait confisquée, quasi-suppriméo pendant si longtemps- C’est lui qui, par son influence, fera cesser Têtul. morbide que définissait Lamennais: La rongeai ion à la frie, f 'a né ni i c a ux e. vtrém i / és, J'aime Paris, sa vie, son esprit, son activité, son électricité, son âme, C'estbien vraiment le creuset bit se fondent en un métal unique tous les métaux plus ou moins précieux que lui apporte la province. Les Parisiens de Paris, les Parisiens de pur sang sont assez rares. Les vrais Parisiens sont peut-être les provinciaux parîsiannisés. Voyez Alphonse Daudet : il est resté Provençal en demeurant Parisien et Paris a ajouté je ne sais quoi de particulier “~un peu de cette essence qu'on a appelée ia Paris ine — ù son clair et séduisant génie méridional. Mais tout homme, tout artiste * tout écrivain, s’il a une capacité intellectuelle, doit avoir un coin de terre provinciale dont le souvenir lui est profondément tendre et intimement cher, Cest ce qui l'empêche d'être un déracine. J’aime Paris; mais l'image des bois de châtaigniers limousins me charme comme une vision reposante* Je songe aussi aux vaioubles du Périgord, aux champs de maïs de Saint-Al vère où ceux de ma famille sont nés* Car voilà ma destinée : Périgourdin de race, breton aussi par ma mère, Parisien d'éducation, je suis Limousin de naissance et c'est à deux pas du logis où naquit Carnot que je regardais, du haul de la fenêtre, les gais garnements jouer au pà/aeromwc, ce jeu dont Rabelais parle déjà et qui m'eût tant diverti si on me l’eût permis*
— À li ! jouer au piqueromme !.. Quel rêve!
LA, vil: a paris.
Et je soupirais.
— Lis Gifllive?\ cela vaut mieux !...
Je lisais donc GulVwci\ qui me donnait le goût des aventures : — et je lisais aussi, quoique tout petit, Y Histoire dr la Grande Armée, de M. de Sëgur, qui me donnait l'horreur de la guerre et do cette chose èpôuvautabîe que nous avons connue, que nous avons subie et qui s’appelle la conquête. Mou vieil ami Gabriel Debort se souvient bien de ce temps-là et des jours où Ton faisait, en bas, chez sou père, les pralines qui sentaient si bon. La maison en était embaumée de fine odeur de vanille.
M. de Ségur ! Napoléon I La retraite de hussic! La plaine blanche après la plaine blanche l Toutes ces figures, toutes ces dramatiques images se gravaient déjà dans le cerveau d'un enfant qui n'avait pas dix ans. C’est peut-être, c'est là assurément à ces premières lectures, sous le toit de la maison limousine, que j'ai dû la haine de la force brutale et l'amour de la liberté, que, dès mes débuts, j’ai pu exprimer, à une heure où dire que deux et deux font quatre^ que l'arbitraire est odieux et que la tolérance est une vertu, était un përiL j"avais quitté L imoges pour arriver tout justc à Paris à l’heure du coup d’Êlat et voir, — spectacle plus cruel que le jeu de pif/ueroinmel — la maison Sallandrouze ë ventrée et û demi croulante sous le canon.
je conterai, quelque jour, ces inoubliables souvenirs, dont l'empreinte est ineffaçable. La fin de Pan me rappelle ce passé; et puis je sors de ce dîner du
Clafoutis — le bon gâteau de cerises, plat national limousin — où, tous les ans, on parle du pays!
Décembre finit.
Nous allons entrer dans une année nouvelle. Ce n’est jamais sans angoisse qu’on commence un calendrier nouveau et qu’on va, comme dans la brume, vers 1 "avenir.
Que le sort protège la pairie et qu'il ait aussi un sourire spécial pour cette terre limousine et ces campagnes du Périgord vers lesquelles se reporte si souvent ma pensée et surtout aux heures songeuses où, dans le crépuscule des derniers jours de décembre, tout homme pense à ceux qu’il a perdus, aux coins du monde où il a grandi, aux vieilles murailles où il est né et qu’il ne reverra peut-être jamais. Jamais ! Le mot le plus triste qui soit dans toutes les langues. Jamais ! Le glas des jours disparus 1..*
2*ï décembre î&oo*
11 est certain que, si le fait était vrai, ce serait, comme ou l’a imprimé déjà, « le plus grand événement de Fhisto&e ». Et le siècle finissant en aurait eu la gloire.
(Test de ce prétendu message des habitants de la planète Mars aux habitants de la Terre que je veux parler. Le 8 décembre dernier, un des collaborateurs de M. Peekering, directeur de l’Observatoire de Harvard College, était de service devant son télescope etol)scrvait Mars, j’entends la planète Mars, celle qui est la plus rapprochée du soleil et n’est distante de la terre que de quelques millions de myriamètres, lorsque, tout à coup, sur certain espace sombre, ou plutôt verdâtre, qu’on a baptisé fit du nom de mer Icarienne, l'astronome, M. Douglas, aperçut une
longue rangée de lumières très vives, formant., disent les dépêches, une ligne parfaitement droite de plusieurs centaines de kilomètres,
M. Douglas fut passablement surpris. Il n'en croyait pas sa lunette. Trouver un loyer lumineux à la place d’une mer, c’était, en vérité, une substitution un peu bien singulière. M. Douglas frotta ses verres, ü frotta ses yeux, et ïi continua il observer le phénomène. Le phénomène dura une heure dix minutes. Pendant plus d'une heure, la longue ligne droit* 1 partit, très intense, de la planète Mars, qui semblait illuminée. Puis tout s’éteignit,
M. Douglas conta l’aventure à M. Peekering, et le directeur de l’Observatoire américain télégraphia en hâte à la station centrale de Tviel, qui avertit aussitôt tous les obvervatoires du monde du grand événement dont le ciel venait d’être le théâtre.
Pour bien comprendre l'intérêt du phénomène, il faut se dire que jamais les foyers lumineux n’apparaissent ainsi en ligne parfaitement droite et sur une telle longueur. Ce n’est pas là quelque chose de naturel, et les astronomes se demandent présentement si, durant une heure et dix minutes, quelques-uns de leurs confrères de îa planète Mars n’ont point tenté de se mettre en communication avec la terre au moyen de signaux lumineux. Tout est possible, et ce n’est pas la première fois qu'on nimaginé rétablissement d'une sorte de télégraphe optique entre les planètes et îa Terre, Cyrano de Bergerac, au temps jadis, et bien avant que Gulliver nous conduisit à Laputa, inventait les moyens de monter dans la Lune, Jules Verne nous
a convié à des voyages aussi fantastiques, et M. Paschal Grousset a précisément écrit un ingénieux roman oü il examine la<* possibilité pour les planètes solaires de communiquer entre elles, »
Il se pourrait donc — et voilà qui serait, en effet, je le répète, le pins grand événement de Fldstoire — il se pourrait fort bien que les Marti ms eussent inventé quelque télégraphe spécial pour entrer en communication avec noire monde terraqué et que F étonnant phénomène du 8 décembre en fût un essai. Si j'en crois les gens de science, il est certain que 1 a pi an è te M a rs p eu L Ô L re et do U é Lre h ab i té e, C'est u r ï globe aplati, comme le nôtre, à ses deux pôles, et des mers, qui ont leurs glaces et leurs débâcles, semblent y couvrit les régions polaires. Mars doit avoir ses Nordenslcjold et scs Nansen,
La planète est rougeâtre. C'est bien pourquoi on Fa appelée Mars, L’astre présageait des événements sanglants, Un savant s'est demandé, en constatant cette teinte, si les arbres, les forêts, la végétation n’y sont point rouges et ne colorent pas ainsi la planète tout entière. Le Créateur aurait donné ce ton aux arbres de là-haut pour « jeter un peu de variété parmi les mondes ». Ce qui est certain, c'est que les mers y sont verdâtres, Ilerschell et Âràgo Font parfaitement vu et déclaré Fun après l’autre, El, ronge en partie, tachée de vert de l'autre, Mars est plongée pendant douze mois dans une nuit, tandis que son jour est de 24 heures 37 minutes pendant une année de h87 jours — le double, a peu près, de la nôtre.
C’est sans doute lu mélancolie de cette longue nuit
que les astronomes de Ià-liauL ont enfin voulu rompre en entrant en relations avec la Terre, Les astronomes américains en sont fort troublés et les savants de tous pays vont étudier le moyen de répondre, s'il est possible, h cette mrîf «inattendue de ces êtres inconnus, habitants des continents chimériques. Car M. Douglas ne peut s’èire trompé et M, Peekering n'auraiL pas télégraphié à ses confrères cette mysti b cation monstre, qui dépasserait les humlmgx de Barnum, les canards d'Edgar Poè, et les inventions stupéfiantes d’un Mark Twain.
Non, M, Douglas a bien vu, parfaitement observé cette ligne droite et lumineuse remplaçant la mer learionne. Le fait, s'il est encore inexplicable, est incom testable. Ou va partir de la pour essayer d'entrer en communication avec La planète Mars. Allé! Allé î Et si, par extraordinaire, au moyen de signaux lumineux, on parvenait à correspondre avec ce monde ignoré, quel événement prodigieux ! Quel bouleversement dans toutes les notions humaines 1
Comment peuvent être ces habitants, s’ils existent, — et il est permis de le croire ?Lescalculs ou lesliypo thèses des savants nous disent aujourd'hui que le volume de la planète Mars n’étant guère que le septième de celui de notre globe, et sa masse excédant de fort peu le dixième de la masse de la Terre; sa population, vivant dans 1 atmosphère condensée, doit être nécessairement adaptée à ce petit espace et de taille moindre que le notre, sans parler de sa densité, certainement plus faillie. Mais ces petits hommes — ou ces petits êtres — homunculi que nous ne verrons jamais —
n’en peuvent pas moins avoir des qualités et des facultés égales aux nôtres. La taille ne régit pas le cerveau» Les habitants de Mars sont peut-être les Japonais de l’espace.
En réalité, cette nouvelle imprévue, tombant là, à la fin du siècle, comme un bolide, —cette impossibilité qui sera possible peut-être demain — arrête brusquement la pensée et la trouble. Qu’est-ce que nous sommes, comparés à ces autres mondes qui roulent là-haut? Le mot de Pascal sur l'épouvante qui le saisit devant le silence de ces espaces infinis est un des plus profonds qu’ait prononcés le doute humain. J’imagine qu’l lamie t devait rêver aux étoiles, sur îa terrasse d’Elseneur* Nous croyons être « au complet » dans cette vaste machine qu’est l 1 univers, et tout à coup il est possible que des créatures, que nul œil humain n T a aperçues encore, réclament leur place et veuillonl faire irruption dans l’immense concert.
Evidemment, les habitants de Mars ont le droit d'être curieux. La gravitation universelle en fait nos égaux. S'ils ont trouvé, les premiers (comme cela est possible), le moyen de correspondre avec nous, ils sont même nos supérieurs, car l’invention a dé être dure. Voyez-vous ces Martien* faisant signe aux Terriens, et, pendant une heure dix minutes, leur disant, en allumant là-haut leurs phares, éclairés par nous ne savons quelle électricité ou quel acétylène fan tastactique :
— Hé ! là-bas I gens de la Terre, nous sommes présents! Voulez-vous causer?
Et tout cela, je le répète, est possible. Ce message
st up è fi a ni d’une p î a n è te aune au Ire s u r pas s ct ai L to u s tes messages téléphoniques* Je ne nie rien, je ne crois ii l'impossibilité de nfen : j’attends* Seulement je me demande quel spectacle très agréable les habituais de Mars pourraient bien espérer de la Terre. Sl leur planète rougeâtre a, comme le veulent les astrologues, quelque influence sur la notre, les Martiens auraient lîeud’étrc fort satisfaits* Ils triomphent- Murs règne au moins autant que Vénus, en effet, sur noire globe* On se tue partout, on se bat partout, on s'égorge partout. Les herbes de la Terre rie sont pas naturellement rouges comme la végétation de Mars; mais, dans son amour de la variété, l 'homme, créature jouant lemploî du créateur avec celle différence qu’il se lait destructeur, l’homme, aimable carnassier, rougit ces herbes du sang de ses semblables. Pour voir des tachés rouges — il en est au Transvaal ou en Chine, sur les sables d’Afrique ou les forêts d’Amérique — les habilantsde Mars n’ont pas a inventer de télescopes; leurs arbres couleur de vermillon devraient leur suffire*
Mais peut-être ces Martiens ont-ils l'appétit de connaître la Terre parce que pour eux, cette Terre leur paraît être le globe fortuné, le monde idéal où fleurit le bonheur- Tout est beau de ce qui est loin* Tout est tentant de ce qu’on ne peut obtenir* Le vers délicieux de Soulary n’est pas très exact :
Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rtWe.
C'est précisément parce que notre main avide n’aUelnl pas, ne peut pas atteindre le rêve, que ce
LA VIE A PA Kl S,
rêve reste le bonheur* Les rêves réalisés ressemblent souvent a quelque oiseau de nuit qu'on voit passer et qu'on saisit au voL On croyait attraper une hirondelle : on regarde et on a dans la main une chauvesouris. Si leurs télescopes géants leur permettent de nous apercevoir» les habitants de Mars doivent constater que la terre compte malheureusement plus de ehauve-souris «pie dliirondelles.
Quoi qu’il en soit, voilà qui est inattendu» intéressant» étonnant» admirable— Mme de Sévigné multiplierail les épithètes; — voilà qui est nouveau tout à fait, et la fin de ce siècle lègue au siècle futur un problème extraordinaire, « Les habitants de Mars vont-ils continuer à nous faire des signes? Par quel moyen, s'ils recommencent, leur transmettra-t-on nos réponses ? Quel télégraphe sans ül enverra jamais une dépêche a la planète rouge? »
Hélas 1 n'avions-nous pas assez, de connaissances—intellectuellement et matériellement parlant — et n'étions-nous pas assez écrasés sous le fardeau du savoir? U n'y avait donc pas assez de livres, assez de paperasses, assez de labeurs, assez de malheureux dans ce vaste monde et faut-il le voir plus vaste encore, avec le poids de toute la science et de tous les maux qui peuvent peser, là-haut, à des millions de myriamètres du boulevard des Italiens ou de la Sorbonne? L’homme moderne traîne après soi un total écrasant de faits acquis, comme une lourde poussière du passé* Faudra-t-il ajouter à ce bagage celui de la planète Mars ?
M, Joseph Bertrand me parlait, un jour, du projet d’un réformateur extraordinaire qui déclarait que le salut de l'humanité était dans une cure absolue d'ignorance. Tout désapprendre, et tout d’un coup. Faire table rase de toutes les,sciences humaines. Interrompre, par un entracte reposant, le drame continu des siècles. Mettre le cerveau de l'homme en jachère et refaire musculatrement la race pondant ce repos cérébral. Tout oublier pour tout réinventer. Le paradoxe eût diverti un Nietscho ; mais c'était un paradoxe Le peu de science que nous avons acquis a coûté assez de peine h l 5 h o m me pour qu'il y tienne. U ne veut pas s’y tenir et il a raison. « Plus haut, toujours plus haut 1 » C’est sa devise, son mot d’ordre, le prétexte qu’il a de vivre* Par conséquent, de connaître. Par conséquent, de souffrir.
Il fut un temps où partir pour Marseille constituait un événement et un acte de courage. On faisait son testament pour monter en diligence. Maintenant aller ii Samarkande paraiL plus simple que de se rendre h Lyon, il y a trente ans. Le prochain Congrès de la Presse a dû se réunir à Yokohama. Si ce n’est pas CGÎuî-là, ce sera un autre. Rien n’est éloigné, aujourd'hui. Le Japon, c est Asnières. Et qui sait si, un jour, la planète Mars ne paraîtra pas aussi proche que le Japon ?
Je n'en crois rien. 11 y a l’air respirable qui manquera aux intrépides. Mais pour nier quoi que ce soit, pour déclarer que quoi que ce soit est radicalement impossible, il faut vraiment un peu d'audace. Le miracle est constant. La science bouleverse les mondes*
Que cette rangée de lumière aperçue par M. Douglas réapparaisse; qu’on parvienne, grâce à des signaux réguliers, à trouver je ne sais quel moyen de sc faire comprendre des habitants de Mars, et voilà une nouvelle ère qui commence 1
Non, non, M. Peckering n'est pas un fou. Non, M. Douglas n’a pas été le jouet d’une hallucination. Mars a illuminé pendant une heure. Pour quoi,cette illumination? Nous le saurons peut-être. Peut-être aussi Pignorerons-nous toujours. Bref, voilà le problème que posent ii leurs confrères les astronomes de Harvard College. Je sais des gens que cette révélation va troubler et des aventureux qui, rêvant de voyages impossibles, feraient déjà volontiers leurs malles pour la planète Mars.
Le sage n’en restera pas moins encore celui qui, pareil au bon Xavier de Maistre, se contentera défaire doucement un Voyage autour de sachambre. D’ailleurs, ce qu’il y a de plus agréable dans le voyage, c’est le retour, comme ce qu’il y a de plus exquis dans P amour, c'est le souvenir. Et je ne vois pas qu'on puisse revenir facilement d’un voyage à Mars la Rouge.
Et puis, j’y songe. Tout est illusion. Je suppose que les astronomes et Les habitants de Mars aient, un jour, aperçu quelque éruption du Vésuve et se soient dit : u Quelle est çette lueur? Voyez donc ! Les terrestres,
— en admettant qu’ils nous appellent des terrestres
— nous font des signaux I »
M. Douglas n’a-t-il pas pris pour une traînée de lumière quelque éruption de ce genre-là?
Quoi qu'il en soit, la parole est aux astronomes. Lis ne sont pas les seuls en ce monde à se nourrir de chimères et a se laisser choir au fond des puits (1),
(() L'Académie des s ci en en s vient de promettre un prix de 20 UÜÜ francs an savant qui résoudrait le problème de ce que M* Emile Gautier a si bien appelé la télégraphie înl&rastraie* En attendant voici ime lettre curieuse qui peut servir, comme on dît, de contribution à ] H éUide de cette inquiétante et captivante question :
Lus: -Suint*Sauveur, 28 décembre lOûtu Monsieur Jules Claretic,
Votre article du 2G courant, Un Phénomène, m’a d’autant plus frappé que, moi-même, j'ai observé le fait que vous signalez d'après M. Douglas.
Je vous affirme Sa véracité de ce que je dis, et puis le faire certifier par trois personnes : ma femme, un instituteur de mes amis et un prêtre, A qui j’ai fait remarquer le fait.
Voici dans quelles circonstances :
Derrière chez moi, à la hauteur du premier étage, existe nu petit jardinet ou je vais, tous les soirs, avant de me coucher, quand le temps e&t beau comme depuis doux mois ici, faire un petit tour.
Vous savez combien, dans les Pyrénées, surtout ici, les astres sont brillants ! Il semble qu'on ïes touche de la main ; et, ils le paraissent d'autant plus que, de mon jardin surtout, l'horizon est borné et qu’on n’aperçoit qu'une partie de la calotte céleste dont les bords semblent reposer sur les cimes environnantes.
Or, le fî {huit décembre) la date est exacte, ce jour étant à Luz jour de fête de la Vierge» et fêté par tous, étant dans mon jardinet, j’aperçus la planète Mars, pour ainsi dire embrasée, et cela d’autant mieux, que le ciel était d'une limpidité absolu^ sans aucun nuage, la voie lactée toute seiutillanLe. Je vin?, dans ma chambre prendre une forte jumelle, dont je me sers dans mes excursions, et me mis à observer le phénomène. Celuici me parut une véritable traînée de feu ; j'en fus tellement frappé, que j'appellai ma femme qui resla près de 20 minutes, avec moi, à le contempler : à tel point que, les deux personnes citées plus haut, mou ami rioatituteur et l'abbé, venues passer la veillée chez moi, furent obligés de frapper plusieurs fois a la porte avant que d’entrer ; ne les ayant pas entendus la première fois.
Eux-mêmes montèrent au jardin et purent, comme nous, cons-
tater le fait. Ils peuvent, je le répète* en attester comme moi.
M. Douglas ne s'est donc pas trompé i c’était Lien, comme line traînée de lumière* une bande intense de lumière que Tou apercevait*
Lee jours suivants j’ai regardé si le même phénomène se reproduisait ; mais malgré un ciel étoilé superbe* je n'ai plus rien aperçu.
Si cette attestation* sincère, pont être utile, je vous renvoie et puis la faire certifier par trois autres personnes, .l'ajoute que peu d'endroits* comme ici, sont situés pour de semblables observations — dans un rayon donné — ainsi, pour Péclipse de soleil de fêté dernier, qui a Tait courir les astronomes un peu partout, ici elle a été absolument visible et suivie dans toutes ses phases par des centaines de personnes, un jour de marché (lundi).
Daignez agréer, cher maître, l'assurance de mes bien respectueux hommages.