AUGUSTE VILLEMOT. XXIII
» dépendant du talent et même du génie. — J"ai connu des hommes » très-supérieurs, les uns incolores, les autres intolérables dans la » conversation. — Chez les uns, le travail du cabinet absorbe le cer- » veau, — les grâces de lïmprovisation leur manquent. — Chez les » autres, une excessive préoccupation de soi-même, une prétention » constante à occuper dans un salon la place qu'ils occupent dans » l'État ou dans les lettres, donnent à la causerie tout l'appareil » d'une représentation théâtrale. — On ne peut pas siffler, — on « bâille.
)) Mais, enfin, j'ai connu aussi des hommes distingués dans toutes » les carrières, inspirés dans des œuvres qui les immortaliseront » peut-être, mais s'ignorant ou s'oubliant, esprits souples et char- » mants, accessibles aux plus humbles fantaisies, parcourant tous » les claviers, et broyant volontiers leur génie pour le répandre » dans un salon en poussière de diamant. — J'ai rencontré aussi » des hommes sans notoriété aucune, ayant beaucoup lu, n'ayant » jamais rien écrit, ayant condensé toutes leurs appréciations dans ') cette Uttéralure parlée, qui en fait des artistes en conversation.
» Rien ne reste de ces esprits aimables qui charment toute une » génération, rien que leur portrait, appendu à la muraille de quel- » que salon dont ils furent les familiers. — Ils disparaissent; d'au- » très viennent qui voient le portrait et demandent : Quel est ce w monsieur? On ne sait que dire. Ce monsieur, ce n'est plus rien; » c'était un causeur. »
M. Villemot se trompe. Un causeur, quand il cause comme lui, la plume à la maip, est quelque chose. Le causeur qui a écrit l'excellente et charmante page que je viens de citer est un écrivain ; il y a des romans en dix volumes qui ont fait courir tout Paris, que je donnerais pour cette modeste petite page.
Cette citation suffirait à prouver que ce rôle de chroniqueur, quelle que soit l'idée qu'on s'en fasse, n'est pas aussi facile à remplir que beaucoup se l'imaginent, même parmi ceux qui le jouent, et que !e
XXIV DE L ESPRIT EN FRANCE
travail de l'artiste qui en comprend les exigences et en formule le programme avec tant de grâce et de raison, mérite l'examen sérieux de la critique.
P.-J. Stadl.
Spa, 15 août 1858.
Pas (le profession de foi. — Le métier de chroniqueur. — Ses inconvénients et SCS avantages. — Conventions entre le lecteur et le feuilletoniste. — Ce qui est permis à celui-ci ; ce qui est défendu à celui-là. — Les coulisses du monde et les coulisses du tliéàlre. — Susceptibilités ici et là. — Situation des théâtres. — Leur prospérité. — La réalité et les apparences. — Revue à vol d'oiseau des scènes parisiennes.
Paris, 2 avril 1854.
Figaro aura, pour commencer, le bon esprit de ne point faire de profession de foi. — Je ne sais rien, en effet, de plus nauséabond que celle préface des hommes politiques et lilléraires, pleine d'une fausse modestie où la vanité doit toujours retrouver son compte. — S'engagera être de plus en plus spirituel, c'est s'exposer à faire faillite au public idolâtre.— Reconnaître qu'on n"a ni l'esprit ni la verve nécessaires pour desservir une chronique parisienne, c'est déposer son bilan avant d'avoir ouvert boutique; il est toujours temps d'en venir à cette extrémité. La vérité est que, dans cette moisson hebdomadaire, on prend un peu le temps comme il vient : — il y a à Paris des semaines spirituelles, il yen a d'autres éminemment sottes. — Une chronique étant l'expression de la société, vous voyez d'ici les conséquences. Dans ce métier, ce qui est plus essentiel que l'ini-
tialive de l'esprit, c'est son aptitude à saisir les travers et les ridicules de son temps, une certaine intuition de ce qui est plaisant de sa nature, une probité de caractère qui permet d'efllcurer les choses sans blesser les hommes {hidere, non lœdcre), et par-dessus tout, Part de dépouiller le mouvement contemporain de ses détritus, ])Our en donner l'expression en un mot. — Il n'est pas défendu à ce mot d'être piquant et ingénieux; — mais il est interdit au lecteur de trouver que ce mot est fade et sans saveur. — Ces conventions une fois bien arrêtées et fidèlement observées entre chroniqueurs el lecteurs, rien ne s'oppose plus à une entente cordiale entre les parties contractantes.
C'est, du reste, je ne me le dissimule pas, un métier très-périlleux au point de vue de la délicatesse et du ménagement qui sont dus à la vie privée, conciliés avec les droits de ia publicité la plus scrupuleuse. Les justiciables dune clironique parisienne, qui admettent très-volontiers le droit de publicité en tout ce qui flatte leur vanité ou leurs intérêts, voudraient tout de suite le limiter dès qu'ils ne reçoivent pas la plus entière satisfaction sous ces deux rapports. — Le mieux est de déclarer qu'on veut faire son métier avec bienveillance et loyauté, puis de ne plus se soucier du reste.
Pour aujourd'hui, je veux vivre en paix avec les gens du monde. — Nous pénétrerons un autre jour dans les coulisses de la société. Tenons-nous aujourd'hui dans les coulisses du théâtre, où je vais peut-être rencontrer aussi bien des susceptibilités. — Ma condition est d'autant plus mauvaise, que, dej.iuis quinze ans, je suis en relations d'une parfaite cordialité avec tout ce qui vit au théâtre el par le théâtre. — Ce que je puis dire, c'est que, spectateur désintéressé, ou feuilletoniste chargé d'une publicité, il ne m'est jamais arrivé de laisser corrompre l'impartialité de mes appréciations par l'influence des petiles^ passions qui fermentent en ces lieux. — Ma lâche est, d'ailleurs, plus facile que celle de nos grands seigneurs du feuilleton dramatique, tenus, en vertu d'une tradition que je ne comprends pas, de rendre compte duclcmenl du moindre vaude\illé échappé de la fosse aux ours. Les feuillelonistes s'épargneraient bien des embarras el bien des récriminations, s'ils se bornaient à signaler au public les bonnes pièces et les bons acteurs, en faisant justice du reste pa:* un
CHRONIQUES PARlSiENNKS.
silence obstiné et systématique. — Je sais que, pour les mauvaises pièces comme pour les jolies femmes, le silence peut être pris aussi en mauvaise part. Mais je ne sache pas qu'on puisse entamer celte liberté de s'abstenir.
La situation des théâtres est prospère si on ne consulte que le chiffre des recettes, qui a dépassé, l'année dernière, de deux millions la plus forte recette réalisée dans la même période sous le règne de Louis-Philippe. — Mais, si on examine la position de chaque théâtre en particulier, on trouve partout le malaise et le provisoire.
C'est que l'exploitation des théâtres a aujourd'hui quelque chose de fébrile et d'insensé, c'est qu'une concurrence effrénée a engagé lindustrie dramatique dans des voies périlleuses, où un succès ne peut plus donner la fortune, tandis qu'un échec doit amener une ruine infaillible. Ces vérités se dégageront mieux d'un inventaire de la situation de chaque théâtre.
L'Opéra a encaissé, dans ces derniers temps, des recettes fabuleuses, inconnues des prédécesseurs de M. Roqueplan. — Mais cette scène, engagée, plus qu'aucune autre, par des traditions de splendeur, poussée parles efforts des théâtres du boulevard, qui dépensent cent cinquante mille francs pour une féerie, s'est vue amenée à des déploiements de forces qui, même en maintenant les recettes au maximum, accusent l'insuffisance des subsides de l'Étal. Le temps n'est plus où, en vue d'une pension garantie, des chanteurs comme Nourrit père, Laïs, Dérivis, etc., donnaient leur vie et leur tnieiit pour dos appointements qui variaient de six à douze mille francs. — Nous sommes loin aussi de l'époque où l'Opéra conviait Paris et la province au spectacle des superbes décorations dont il avait le monopole. Des décorations! on en voit maintenant partout; à la Porle- Saint-Martin el au Cirque. Ce n'est plus, à l'Opéra, qu'un accessoire, et, quant aux chanteurs, c'est par centaines de mille francs qu'il faut compter avec eux. — Il y a deux ans, l'Allioni recevait deux mille francs par représentation. Aujourd'hui, la Cruvelli est engagée à raison de cent mille francs par an. Ainsi lèvent la marchedutemps. «J'aurais bien pu ne donner que cinquante mille francs à la Cruvelli, a dit M. Roque|)lan; niais cela eût été d'un effet médiocre : je lui donne cent mille francs, et toute l'Europe est forcée de venir
l'entendre.» Il y a du vrai dans ce point de vue.— Ces procédés sont familiers à M. Roqueplan, qui, il y a dix ans, dégagea Bouffé du Gymnase pour le faire entrer aux Variétés, moyennant un dédit de cent mille francs. Le public est assez enclin à mesurer son estime pour les artistes au prix qu'on y met. — Quoi qu'il en soit, la spéculation a réussi en ce qui concerne la Cruvelli. — Les Huguenots et la Vestale font des recettes énormes; mais la situation du théâtre demeure très-engagée. Pour la dégager, on a songé à tout, même à un changement de direction. Au bout de l'enquête, on a reconnu qu'un autre administrateur que M. Roqueplan ne pourrait rien pour modérer la dépense, et risquerait d'énerver l'élément des recettes par de petits calculs bourgeois qui ne sont pas de mise à l'Opéra. — La solution est dans les coffres du Trésor ou dans la cassette de la liste civile, et pas ailleurs.
Au Théâtre-Français, la vieille société est virtuellement dépossédée par l'initiative du ministère d'État. M. Fould se montre trèspréoccupé d"e la situation de celte scène nationale. — Il avise à y infuser du sang jeune et généreux, en renversant les barrières qui en interdisaient l'accès aux profanes. L'engagement, par ordre, de Dressant est une mesure dans ce sens. Le chiffre des recettes a donné pleinement raison au ministre. Dressant fait de l'argent dans le répertoire classique; ce qui n'avait été donné à personne depuis mademoiselle Rachel. — En vérité, je trouve qu'il est bien oiseux de discuter la valeur intrinsèque d'un comédien servi par une forlune si miraculeuse. — Le grand, l'immense talent de Dressant réside surtout dans cette caplation indéfinissable qu'il exerce sur le public. — On est mal venu à discuter aigrement ce qui réussit d'une manière si éclatante. Que Dressant n'ait pas encore tout à fait le grand style de la comédie, c'est possible; que sa composition manque un peu d'ampleur, je l'ai enlendu dire ; — mais ce que j"ai entendu dire par-dessus tout, c'est ceci : « 11 est charmant ! » Trouvez-moi un feuilleton qui vaille, pour un comédien, ces trois mots qui s'échappent des jolies bouches des duchesses et des archiduchesses.— D'ailleurs, les successeurs de Fleury ne sont pas si communs, qu'il soit opportun de décourager ceux qui se présenlent.
CHROMQUKS PARISIENNES.
LeTliéàlre-Ilaliena fourni une saison plus brillante que les précédenles. J'aurais beaucoup aimé à entendre le Barbier de Séville, que l'on a repris, à la grande joie des hommes de ma génération. — Mais je suis toujours un peu intimidé quand je me présente à ce théâtre : — le contrôle a des façons militaires qui rappellent les allures dun conseil de guerre. — Ajoutez que, dès qu'un malentendu s'élève sur la vahdilé de votre droit d'entrée, on parle d'en référer ait colonel; naturellement, je crains que le colonel ne me fasse fusiller.
L'Opéra-Comique a un grand succès qui me réjouit en raison de la sympathie que je professe pour son directeur, et qui m'afflige en proportion de mon fanatisme invétéré pour les mélodies simples et faciles, auxquelles ce théâtre était revenu, et non sans bonheur, depuis quelques années. VÉtoile du Nord, de M. Meyerbeer, est évidemment ce qu'on appelle un grand coup de direction. — Sera-ce un coup de fortune? C'est ce que le caissier nous dira plus tard, tout compte fait. — Les recettes sont immenses, c'est incontestable; mais je crois savoir que les dépenses spéciales à cet opéra ne sont guère modestes, et, en définitive, les trois mille francs des Noces de Jeannelle valaient peut-être mieux, pour la caisse, que les six mille francs de VÉtoile du Nord. Mais, dans celle tentative de M. Perrin, alors même qu'elle ne serait pas profitable à sa fortune, il faut reconnaître un grand zèle pour l'art, et un louable entraînement vers les combinaisons qui peuvent maintenir la seconde scène lyrique à son rang, avec le danger toutefois d'usurper un peu sur le premier, ce qui n'est pas toujours un avantage.
Le théâtre de l'Opéra-Comique est, à la vérité, menacé d'une concurrence sérieuse par le Théâtre-Lyrique, depuis l'avénemenl de madame Cabel ; — il y a lieu de craindre que les compositeurs cl les librettistes de valeur n'apprennent le chemin du boulevard du Temple. — Toutefois, le public aristocratique s'acclimate difTicilement à ce théâtre, qui a aussi un peu de peine à faire prendre sa musique au sérieux par les critiques compétents ; — bien entendu qu'il ne s'agit pas de moi.
L'Odéon n'a rien à démêler avec les critiques ; — il joue VHonneur et l'Argent, la comédie de M. Ponsard, et, recette aidant, il la jouera, peut-être encore l'année prochaine.
Le Gymnase est un exemple de ce qu'on peut faire avec du tact, du goût, du zèle et ce scrupule littéraire qui ne laisse jamais rien passer de blessant pour les délicatesses de l'esprit; — c'est peutêtre aujourd'hui le seul théâtre de Paris dirigé dans des voies rationnelles ayant un genre et une physionomie distincts. — La troupe, plus encore que les pièces, assure la fortune de cette scène; mais il est vrai de dire que cette troupe est l'œuvre de M. Montigny.
Je ne sais pas trop où en est le Vaudeville; mais je n'ai aucune raison de croire qu'il périclite. — Dimanche dernier, pas plus tard, ce théâtre annonçait Un Spectacle à recette. Il me reste à deviner pourquoi le directeur, qui a trouvé celte pierre philosopliale, Un Spectacle à recette, ne le donne qu'une fois par semaine: — probablement par suite du sentiment qui faisait que Veslris ne restait pas en l'air, pour ne pas humilier ses camarades.
Le théâtre des Variétés n'a pas encore tout à fait trouvé son Spectacle à recette, — mais il le cherche avec intelligence et il finira par le rencontrer. — M. Laurencin, le directeur intérimaire, mo paraît comprendre le terrain sur lequel il opère; — déjà il a rendu à Arnal sa valeur, un peu compromise par l'oubli où l'avait laissé tomber M. Carpier. Le reste viendra avec le temps. — Il y a là beaucoup à faire et à refaire ; — je me permettrai seulement de soumettre à M. Laurencin un conseil d'un sens très-profond que j'ai trouvé dans un journal de province, le voici : « Les directeurs ne se doutent pas combien de jolies pièces, jouées par d'excellents artistes, contribueraient à la prospérité de leurs entreprises... '> Que voulez-vous ! on ne s'avise jamais de tout.
Le théâtre du Palais-rxoyal a quelque peine à soutenir sa gageure de faire rire son public tous les jours de sept heures à minuit; — il semble que le goût incline maintenant à un genre plus sérieux. — Le pire est que la farce ne comporte guère la médiocrité, et que, à ce théâtre, quand on ne rit pas aux éclats, on bâille. — Il n'y a de la faute de personne : — on ne pouvait soupçonner qu'AIcide ïousez él Sainville fussent des êtres assez sérieux pour se laisser mourir.
Au boulevard, de la Porte-Sainl-Marlin jusqu'à la (îaieté, je ne vois pnrloiil quo des sal.'f? i>Ioinrs. A la Porlc- Saint- Martin ,
M. Marc Fournier exi^loile un procédé qui en vaut un autre : il fait succéder sur son affîclie des étoiles filantes. — Ligier, Meiingue, madame Ilébert-Massy, ont fourni leur carrière; — c'est aujourd'liui le tour de madame Guyon, en attendant que ce soit le tour d'un autre. M. Charles Desnoyers a résolu le problème de tenir l'Ambigu ouvert, sans arriéré et sans créanciers; — je le crois un peu sorcier.— Quant à M. Hostein, le directeur de la Gaieté, qui rosse aujourd'hui les Cosaques pour la cent vingtième fois, je n'ai qu'un conseil à lui donner : c'est, quand il aura fait sa fortune, ce qui ne peut tarder et ce que je lui souhaite, de ne passe retirer à Saint- Pétersbourg.
Le Cirque a épuisé les représentations d'une très-aniusanle féerie de M3ï. Cogniard , et se dispose à jouer Constantinople, où nous retrouverons en présence Français et Cosaques. — Ces derniers sont si iniprévoyants, qu'ils sont bien encore capables de se laisser massacrer.
Les privilèges de Paris. — La guerre d'Orienl. — Fanfaronnades russes. — Un mot français. — Rechcrdic d'un niotrnsse. — Patrioli.-me des cl.^queurs. — .Mission socrclc de niadenioi?ellc Racliel en Russie. — Le prin'cmps el lu discHe. — Les courses de la Marche. — Por>-Sainl- Marlin ; la Vie iVunecomôdicnne. — Gaieté : la Boisière. — Les filles de. marbre et les claqueurs. — Ambigu : le l'endu. — Lepeintre aîné.
9 avril.
Paris est un pays privilégié; — les guerres, les pestes et les famines s'y noient dans un vaudeville uouveau, et c'est bien ici que l'on voit/rt vie en rose. Vîwis a bien consenti à se préoccuper quelque
mps de la guerre d'Orient; — il avait été séduit par les aspects
pittoresques de cette lutte qui mettait aux prises les vieilles féeries de l'Orient avec la fougue des envahisseurs tartares; — mais Paris commence à trouver qu'on ne lui en donne pas pour son argent.
Heureusement, voici du renfort.
On sait mninlenanl, par mademoiselle Racliel et les artistes revenus à sa suite, que les officiers russes ont une altitude pleine de crânerie el de fanfaronnade, et qu'ils donnaient sans façon rendezvous à Hermione à Paris l'automne prochain. Ces fatuités sont à l'usage de tous les peuples, et il ne faut ni s'en étonner, ni s'en plaindre. IN'avons-nous pas notre Cirque, où les Français débitent leurs ennemis à la tranche sans jamais être entamés? — N'avonsnous pas nos bourgeois qui parlent de brûler le golfe de Finlande?
Toutefois, l'altitude des Russes commandait un mot qui les remît à leur place; — le mot a été fait ou refait, car, selon mes souvenirs, il date de la bataille de Fonlenoy. — Donc, c'était à Saint-Pétersbourg, dans un fin souper. ^ Colonel, dit la maîtresse de la maison à un officier russe, un verre de Champagne. — Oh! du Champagne, madame, nous en boirons à discrétion en France, à l'époque des vendanges ! — Mais, monsieur, répliqua avec vivacité une Française, vous vous trompez : nous ne donnons pas de Champagne à nos prisonniers. »
Les Russes sont restés aplatis sous celte réplique. L'empereur Nicolas, très-vexé, a aussitôt commandé un mot pour sauver l'honneur de l'improsisalion russe. — Depuis six mois, tous les beaux esprits rtc Saint-Pétersbourg travaillent à ce mot. On n'a encore rien trouvé. Avis a été envoyé en Sibérie que tout condamné qui trouverait le mot serait gracié. — Rien de la Sibérie. On a songé à faire venir le mot de Paris; mais l'esprit français refuse de travailler pour l'ennemi. — Si vous voulez savoir jusqu'où va à cet égard le scrupule et combien il est général dans toutes les classes, voici ce que j'ai à vous raconter.
En 1849, un théâtre du boulevard donna une des premières pièces réactionnaires. On remarqua que l'enthousiasme du parterre élait tiède. Un jour même, l'enthousiasme manqua absolument. — Le directeur manda le chef du service, qui, confus et honteux, avoua que ses hommes refusaient de travailler contre leur opinion. —
Que ne peul-on pas allendre d'un peuple où de pareilLs délicatesses vont se nicher en de pareils endroits^
Donc, en ce moment, la France a la corde sur la Russie. — La France a eu son mot, et la Russie cherche le sien. De plus, il paraît bien positif que, sous prétexte de tragédie, mademoiselle Rachel avait une mission secrète qui consistait à affaiblir l'ennemi en le dépouillant de tous ses roubles disponibles. — Hermione s'est acquittée consciencieusement de sa mission. Dans une campagne de trois mois, elle a enlevé à l'ennemi 700,000 francs. — En outre, pressentant que l'ennemi pourrait bien quelque jour déposer sur l'autel de la patrie ses diamants et son argenterie, elle a ramassé tout ce qu'elle a trouvé sur sa route de bracelets, d'épingles, de bagues et de petites cuillers en vermeil. Le jeune Raphaël, son frère, s'est aussi très-vaillamment conduit, et, pour sa part, il a mis 400,000 francs dans sa poche. — Rare exemple de dévouement patriotique dans un âge aussi tendre!
Les Parisiens, en attendant mieux, sont tous occupés à fêter le printemps précoce qui s'épanouit dans le ciel bleu. Il y a bien des prophètes moroses qui s'alarment de la sécheresse. — Les blés soupirent, les foins gémissent; on demande de l'eau. « De l'eau! s'écrient les belles dames ; voilà une invention ! pour nous empêcher de découvrir nos calèches et de faire admirer nos grâces ! « Les gens du monde parisien sont très-indifférents à ces nécessités des biens de la lerre. On aura toujours du pain viennois; le reste importe iieu!
— N'avons-nous pas le syndicat de la boulangerie? — Allons donc à la Marche! — Et, de fait, tout Paris y était dimanche dernier, en voiture armoriée, en voilure à l'heure, voire même en tapissière,
— Les entrepreneurs de ce singulier spectacle, qu'on appelle un sleeple-chase, ont fait 40,000 francs de recette. — La poussière était de la fête; et elle était venue en si grande abondance, que les gentlemen, au retour, semblaient avoir été roulés dans la farine, en attendant la friture. — En l'honneur de cette poussière anormale, MM. les jockey-club se sont signalés par une importation anglaise, en attachant à leur chapeau des voiles d'amazone. L'utilité de celte mode ne la préservera pas de la critique. On admet difficilement en France que des gaillards rubiconds et barbus protègent les lis et
1 i LA VIE A P/illlS.
les roses de leur teint. — Dans les premières années de la Restauration, les hommes s'ingénièrent de porter des éventails. Ils furent raillés et cliansonnés.
Quant au steeple-cliase en lui-même, je n'ai rien à vous apprendre de nouveau sur ce casse-cou d'invention moderne. Tout l'intérêt de ce spectacle repose sur un sentiment de férocité. — Quand un gentleman roule dans le fossé avec son cheval, on gémit; mais, au moins, on a quelque chose à raconter; quand la course se passe sans accident, on s'est ennuyé; car on a eu pour toute perspective le triomphe d'une casaque bleue sur une casaque jaune. — Le cœur humain a dans ses cavernes des sentiments qu'on n'oserait trop analyser. — Un jour, à une représentation de l'Hippodrome, où on parlait de la banalité des ascensions aéroslatiques, j'ai entendu un monsieur dire avec naïveté : « Je ne comprends pas que les Parisiens soient toujours pris à ce spectacle : on se figure toujours que les aéronaules vont tomber, et ils ne tombent jamais. » — Au dompteur Van Amburg, qui lui disait qu'il manœuvrait les bêtes féroces de manière à inspirer toute sécurité au public, Harel, le directeur de la Porte-Saint-Martin, répliquait : « N'abusez pas de la sécurité, et laissez l'espoir que vous pourrez être mangé un jour; autrement, nous n'aurons personne. »
Mais, après tout, les plaisirs en plein vent sont à peu près les seuls que Ton puisse se donner en ce moment à Paris, où le carême a suspendu les bals et les réunions tumultueuses, — Je ne vois même pas apparaître, cette année, quelqu'un de ces grands noms de la chaire qui servent de prétexte à faire de l'élégance religieuse à Notre-Dame ou à Saint-Roch. — Tout l'intérêt de la situation est donc concenlré dans une mulliludc de réunions inlimes, où Ton parle de tout pour ne rien dire. — Il y a bien encore quelques salons possédés de la manie des tables parlantes; mais la passion publique manque à ce phénomène. — Les croyants en sont réduits à se chercher et à se deviner à certains signes de franc-maçonnerie. — Molière n'a pas reparu depuis qu'il a donné deux vers à M. Thibeaudeau, le directeur du Vaudeville, qui lui avait commande une pièce; encore y a-t-il des sceptiques qui pensent que ces deux vers sont de M. Thibcaudoau lui-niême, ou du portier de M. Thiboaudeau.
CHRONIQUES PARISIENXFS,
— On ireiileiid plus parler, non plus, de lord Eyron cl de Sliakspeare, qui Iravaillait'iil tous les soirs sous rinvocalion des sorciers et des sorcières de la Cliaussée-d'Anlin.
Quand il n'est pas au coin de son feu, Paris est le soir dans les lliéàlres. — 11 élail, il y a une huitaine de jours, ù la Porle-Saint- Rlartin, à la première représentation de la Vie crime comédienne. On élail venu avec quelque emprcssenienl; la collaboration de M. Anicet Bourgeois avec M. Barrière semblait promeltre du talent et de l'esprit : — M. Anicet est un des vétérans de la carcasse savante; M. Barrière, lui, a pris le premier rang parmi les improvisateurs de la comédie de chaque jour.
On le rencontre partout, au Gymnase, avec le Piano de Berlke, fantaisie très-spirituelle ; au Vaudeville, avec les Filles de marbre, un des succès les plus retentissants de l'année dernière; à la Gaieté, avec la Boisière,un drame qui nous a paru bien supérieur à sa fortune; au Paiais-Royal, avec des vaudevilles agaçants et galamment troussés. — Mais, l'autre soir, à la Porte-Saint-3îartin, il a paru à tout le monde que M. Anicet Bourgeois et M. Barrière s'étaient fait réciproquement faillite. — Il s'agit, au fond, d'une comédienne éjjousée par un grand seigneur; — repoussée par la noble famille de son mari, la comédienne se venge par le dévouement, en marchant à l'échafaud révolutionnaire au lieu et place de sa belle-mère, dont elle porte le nom. — Je crois que j'en passe; du moins, à la Porle-Saint-Mar'în, cela a paru plus long. On dit que c'est une pièce médiocre pour la gloire des auteurs, et une bonne atîaire pour la direction. Si c'est une bonne affaire, ilji'y a plus rien à dire : la littérature du boulevard n'a guère, i'. nos yeux, d'autre responsabilité, et, du moment qu'elle fait des recettes , la critique y perd ses droits. — Un épisode de la représentation a fait et fait encore plus de bruit que la pièce elle - même. — Dans ce drame, M. Barrière (quelle constance!) a encore trouvé moyen d'introduire une apostrop'iie véhémente à l'adresse des filles de marbre.
Le public, qui s'associe volontiers à toute agression, quelle qu'en soit l'intention, a applaudi cl on s'en tourné avec affectation vers quelques log*'** habitées par des réprouvées; deux ou trois sifflets
ont protesté, et on a crié assez plaisamment : «A la porte les Arlhurs ! » Quant aux claqueurs, Ils ont mis un zèle fanatique au service de la morale vengée. — De là me vient cette révélation que les claqueurs, dont l'origine m'avait toujours paru Irès-néhuleuse, sont d'anciens Arlhurs ruinés par les actrices. — Je raconte l'incident sans le commenter; il y aurait trop à dire si je voulais reprocher aux uns leur manque de courtoisie, aux autres l'immodestie de leur luxe intempestif et provoquant; je me bornerai à faire remarquer que ces malheureuses femmrs sont absolument sans défense et qu'elles sont de celles à qui il sera beaucoup pardonné. Filles de marbre, soyez donc consolées en vos amertumes; vous êtes sous la protection de la parole divine. — Un jour, le souverain juge vous pardonnera tout, tout, excepté peut-être d'avoir ruiné les claqueurs. — Soudainement il me vient une réflexion très-atténuante en faveur des filles de marbre ; c'est que ces malheureuses femmes ne peuvent pécher sans y èlre un peu aidées. — Pour consommer ses forfaits, une fille de marbre a ordinairement un complice dans son boudoir, un complice dans son salon, un complice dans son antichambre et un complice en réforme qui gratte à la porte et se lamente sur le paillasson. — C'est donc, pour le moins, quatre complices groupés autour de chaque fille de marbre, et ces complices appartiennent au sexe austère et vertueux qui, l'autre soir, applaudissait à leur exécution.
Alors je n'y comprends plus rien, sinon que ces dames font bien des ingrats. — Filles de marbre, vous me paraîtriez presque intéressantes, si vous n'aviez pas ruiné les claqueurs.
Le même M. Barrière nous paraît tenir un succès plus sérieux, au Vaudeville, avec la Vie en rose; il y a là trois actes un peu vides, enfermés dans une excellente parenthèse, un premier acte très-spirituel et un dernier acte très-intéressant. Le public n'en demande pas davantage, et il était même inutile de lui servir les trois autres actes.
L'Ambigu a donné un Pendu en cinq actes, que l'on dit très-gai, ce qui n'est guère la coutume des pendus. — Je me complais à avouer loyalement que je n'ai pas encore vu celte pièce, ce qui est bien plus didlcile que d'en rendre compte sans l'avoir vue ; il est quelquefois bon
que la critique se laisse entraîner par le public au lieu de !e pousser. Il sera toujours temps de faire lorl d'une stalle à M. Desnoyers, et je souhaite bien sincèrement de ne pas en trouver une de ëitôl pour y asseoir ma magistrature.
La société est eu ce moment Irès-ravagée par le suicide. C'est à la Bourse que se chargent tous les pistolets qui abrègent ces existences emportées par le courant impétueux de la baisse. Un oflicier supérieur de la marine s'est brûlé la cervelle ces jours derniers dans un cabinet de lecture de la rue de Tivoli et non de Rivoli comme on fa imprimé, cl, pas plus tard qu'hier, on a trouvé dans le canal le cadavre d'un des plus anciens comédiens de Paris, Lepeinlre aîné, que des chagrins domestiques ont conduit à celte fatale résolution. Avant de se jeter à l'eau, Lepeinlre avait passé la dernière soirée de sa vie à la Porte Saiut-31artin, et je ne veux pas croire que le drame nouveau de ce Ihéàlre soil assez mauvais pour qu'on ne puisse y survivre. Je connais du moins des gens qui en sont revenus. Lepeinlre avait soixante-treize ans; — il eut de grands succès aux Variétés et au Vaudeville; — il était resté type dans le Soldat laboureur et les Hussards de Felsheim. Dans ces derniers temps, il avait perdu sa petite fortune péniblement édifiée, et il n'a pu supporter la perspective de la misère, mauvaise compagne de la vieillesse impuissante. J'aurais voulu Mnir par quelque chose de plus gni; mais on finit comme on peut, et je suis même bien étonné de finir ce compte rendu d'une semaine si vide et si inutile. C'est donc qu'il y a vraiment une providence pour les journalistes, et cela me rappelle le mol d'un de nos aînés. Il y a dix ans de cela, trois rédacteurs de l Époque étaient attablés autour des débris d'un souper. Les bouteilles étant vides, l'un d'eux proposa de lever la séance bachique pour passer au bureau de rédaction.
« Mais qui vous presse? dit Anténor Joly.
— C'est que, répliqua l'impatient, le journal ne paraîtra pas.
— Enfant, reprit Anténor, esl-ce qu'un journal peut ne pas paraître ? »
Le Parisien el les dérivatif?. — La rivi^-rc ilii l>ois de Boulogne. — Précaulions saliilaircs dans rintérêl de la rivière. — Loneliamps et la mode. — Révélations : deux robes. — Les bijoux en cheveux. — Les Débals, là critique el les réclames. — Académie française. — Fauteuils vacants. — Les candiilats. — Causes à buis clos. — L'avocat el le latin. — La sécheresse. — La pluie et les parapluies. — Les théâtres et les Cosaques. — Revanche des Russes. -^ Cirque : Conslautinople. — La littérature cosaque. — Porte-Saint-Marijn : les Russes peints par eux-mêmes , Gogol. — La réclame anticipée. — Les Chinois. — Gym-
- nase : le Gendre de M. Poirier. — Variétés : Un Mari qui prend du ventre. — Odéon : trois pièces. — Les lauriers el les journalistes.
25 avriL
Le Parisien est un être impressionnable qui devienl dangereux quand il concenire ses sensations sur une seule idée. — Il faut donc le traiter par les dérivatifs. — En fait de dérivatifs à l'usage des Parisiens, les plus innocents sont les meilleurs. — Alcibiade coupait la queue de son ciiien pour occuper les Athéniens, ces ancêtres des Parisiens. — Aujourd'hui, on donne pour aliment à Timagination des Parisiens, une rivière, — mais, par exemple, une rivière artiflcielle en plein bois de Boulogne. — La vraie rivière coule à quelques mètres de là, et personne n'y prend garde. — La rivière détournée est un peu indigente ; elle est menacée de manquer d'eau, ce qui est bien un inconvéniejit pour une rivière. — Mais, après tout, c'est un grand progrès sur la mare d'Auteuil. — D'ailleurs, la nouvelle rivière est dédiée aux Parisiens. — Les Parisiens ont parfaitement accueilli la dédicace, et, toute la journée, ce sont de longues procès-
CHRONIQUES PARISIENNES. . lU
sions de populations empressées qui vont en pèlerinage à la rivière. — On voit la rivière à une distance respectueuse. — Une barrière, provisoirement figurée par des cordes et interprétée par un gardien en habit vert, la sépare des intrigants qui ne se gêneraient peut-être pas pour voler de l'eau à la rivière. — C'est par de pareilles dilapidations qu'on a ruiné le Jourdain et réduit TArno à l'étal de ce filet de cristal qui serpente dans les tableaux-horloges. — Au moins ai-je la conscience pure à l'endroit de l'Arno. — Dieu m'est témoin que, dans le séjour de deux semaines que j'ai fait sur ses rives, je n'ai jamais manqué un seul jour de lui restituer pieusement la rosée qu'on lui empruntait pour mon tarabo. — Si donc l'Arno tombe jamais en faillite, je m'en lave les mains. •
La quinzaine qui vient de s'écouler a emporté bien des anniversaires solennels, la semaine sainte, Lonchamps, les fêtes de Pâques.
Lonchamps, faut-il en parler? Il y avait les vendredi et samedi saints beaucoup de voilures aux Champs-Elysées; mais quand n'y en a-t-il pas, pourvu qu'il fasse un peu de soleil et beaucoup de poussière? — Lonchamps a bien décidément perdu sa signification au point de vue des tailleurs et des couturières. — Personne ne va plus à Lonchamps dans l'espoir de faire prendre un gilet. — Le temps n'est plus où on se serait fait un scrupule de commander un pantalon avant d'avoir reçu les révélations de la mode de Lonchamps. — 11 n'y a plus que les industriels intéressés qui, dans leurs réclames, feignent encore de croirç à cette fiction. — J'apprends par un journal ordinairement bien informé, le Journal des Débats, qu'on a remarqué à Lonchamps deux toilettes: l'une composée d'une robe Écossais Sluart sur moire antique, dont un manlelet Graziella rehaussait encore le merveilleux effet; — l'autre, d'une robe parure de reine sur taffetas pur, qui a reçu le doux nom de Coquette Marie. Est-ce clair?
Mais j'en apprends bien d'autres. — Il paraît que les seuls bijoux que l'on puisse porter décemment cette année sont les bijoux en cheveux. — (Ça me va. — Cette mode ne peut désespérer que les chauves et met le bijou à la portée de toutes les bourses.) — Donc, les bijoux en cheveux brillent dans toutes les promenades et dans toutes les fêtes. — Avec un peu d'or et une boucle de cheveux,
Lemoiinier établit un bijou qui a la valeur d'un objet d'art et tout le charme d'un souvenir. — Mais ce qui a éveillé au plus haut degré raltenlion de la fasbion, c'est une cravache en cheveux rehaussée d'une pomme d'or que portail à Lonchamps un de nos élégants les plus à la mode. — Je veu\ voir l'élégant, — passez-moi l'éléganl avec sa cravache en cheveux. A propos, on ne dit pas si c'est une cravache brune ou blonde.
Puisque je tiens le Journal des Débats, il faut bien que je constate que la mort de M. Armand Berlin a fait à ce grave journal une brèche par laquelle s'est introduite la réclame dramatique. — Autrefois, les Débats étaient pleins de scrupules à cet endroit. — Quelques lignes teffi^érées du côté de Téioge et réservant la critique, voilà tout ce qu'on pouvait y faire admettre par le bénéfice de cpielques relations puissantes. Aujourd'hui, les Débats n'y mettent pas plus de façon que VEntfacte. — Ils déclarent, sans se faire prier, que le ravissant succès que vient d'obtenir le Cirque-National fait salle comble tous les soirs. — Les Débals n'ont pas encore annoncé que le caissier du Vaudeville se frotte les mains; mais ils l'annonceront, pourvu que la chose paraisse vraisemblable à M. Thibeaudeau, et qu'il plaise à ce directeur d'informer l'Europe de cette disposition joyeuse de son caissier.
Je suis très-fâché (voyez de quoi je me mêle) que le Journal des . Débats soit tombé dans cette vulgarité signée Camus. — C'est dans le Journal des Débats que j'ai appris à lire et à écrire à peu près couramment. — Celle feuille me représentait quelque chose d'antérieur et de supérieur à la banalité, à la camaraderie, disons tout, à l'asservissement honteux de la presse à l'égard du théâtre. — C'était bien le moins de réserver cet asile sacré à une critique bienveillante, sans faiblesse, désintéressée, honnête jusqu'en ses malices, et dégagée de cette responsabilité qu'encourent tous les journaux envers le public! M. Jules Janin, le maître en ces sortes de choses qui demandent de l'esprit et de la probité, doit être maintenant médiocrement flatté de voir que les petites turpitudes qu'il a fustigées au rez-de-chaussée du journal passent à létal d'œuvre sublime à l'endroit signé Camus.
Le nom de M. Jules Janin. vient bien plus à propos que celui
de M. Camus , à l'occasion des deux fauteuils vacants à l'Académie; il est, dit-on, sur les rangs en concurrence avec M. Ponsard pour le fauteuil littéraire; — mais on croit que tous deux •s'effaceront volontairement devant M. de Sacy, une des gloires les plus élevées et les plus sereines de la presse. M. de Sacy est peu connu dans la rue des Bourdonnais. Mais les Cousin, les Thiers, les Villemain, les Guizot, veulent rallier à l'Académie ce foyer de lumières, de style et d'érudition. Le second fauteuil serait, dit-on, réservé à !a théologie et on parle d'y appeler monseigneur Sibour ou monseigneur Dupanloup.
La chronique secrète du Palais retentit d'affaires à huis clos, affaires si délicates, que les magistrats ne savent de quel côté les prendre. Demain, on juge en appel une de ces affaires, énorme par la quantité des prévenus et la qualité du délit. On parle aussi beaucoup d'une affaire d'attentat à la pudeur d'un mari sur sa femme. — Comment un mari peut-il attenter à la pudeur de sa femme? C'est ce que j'ignore, moi innocent célibataire.
11 y a une quinzaine d'années qu'une cause tout à fait identique s'est produite en cour de cassation.— L'avocat de la partie lésée, voulant arriver à la démonstration du délit commis par le mari, s'arrête court et déclare que sa pudeur ne lui permet pas d'aller plus loin. « Maître un tel, lui dit alors 31. le premier président Séguier, en pareil cas, à l'ancien parlement, on parlait latin. »
Maître un tel s'embarque alors dans une phrase d'une construction équivoque et d'une latinité suspecte : Maxima iixori revereniia (U'bctiir; et si conjtix, per tortuosas... Ici, l'avocat s'arrête de nouveau et déclare que, même en latin, il ne peut continuer. « Allons, allons, maître un tel, reprit M. le président, vous ne savez pas le latin. »
Dans ma dernière chronique, je vous parlais avec terreur de la sécheresse. Aujourd'hui, jp puis vous parler de la pluie, qui, depuis trois jours, répand ses bienfaisantes rosées sur les foins, et malheureusement aussi sur le macadam. Il était temps! Le parapluie tombait en faillite, à ce point que, tous les soirs, sur le pont des Saints-Pères, un négociant aux abois m'offrait un magnilique parapluie au prix encourageant de cinquante sous. Cet homme n'abordait
les passants qu'avec timidité, à voix basse, et comme s'il leur faisait une proposition honteuse. Il avait bien conscience que le parapluie était un objet disgracié, bon tout au plus pour faire des cravates à Tusage des élégants qui n'ont pas de cravaches en cheveux. Hier, j'ai revu mon homme ; il avait le verbe haut et insolent, et vendait le parapluie trois francs cinquante centimes. Il est vrai qu'on ne l'achetait pas.
La guerre n'occupe vraiment les Parisiens qu'au point de vul du théâtre. Les affiches de théâtre sont curieuses à lire. Depuis Bobino jusqu'au Théâtre-Lyrique, il n'y est question que ^e Russes, de Cosaques, de Rencontre dans le Danube et de Russes peints par euxmêmes. L'autre jour, je me suis un peu attendri à l'endroit des Cosaques rossés outre mesure. Je reviens sur ce sentiment de commisération depuis que je m'aperçois que les Russes prennent leur revanche. Je viens de lire le bulletin du général Gortschakoff (si j'ose m'exprimer ainsi), et je demeure confondu de la chance des Russes. Le général rend compte à son empereur du passage du Danube. « Les Turcs, dit le général, ont ouvert un feu terrible, qui ne nous a fait aucun mal. Quant aux Turcs, ils ont été passés à la baïonnette. » Voilà les prodiges de la foi orthodoxe! Un peu plus loin, le général sent le besoin de faire une concession, et il avoue qu'il a eu un Cosaque blessé devant Galatz (textuel). J'espère bien qu'on fera empailler ce Cosaque, qui a consenti à être blessé pour la plus grande vraisemblance des bulletins russes.
Le Cirque-National a donné une grande machine en vingt tableaux, qui fera moins de tort à l'empereur Nicolas qu"à M. Billon, le directeur de ce théâtre. — Celte pièce est due à la plume des auteurs des Cosaques. Ces auteurs, enivrés du succès de l'épopée burlesque de la Gaieté, ont cru très-franchement qu'ils avaient découvert la littérature cosaque; mais leur nouveau poëme a échoué pour n'avoir pas été suffisamment médité dans le silence du cabinel. C'est une pièce géographique à costumes et à décors, qui ne manque que de costumes , de décors et de géographie. Les armées belligérantes, réduites à de maigres pelotons, ressemblent à des patrouilles qui se disputent. — Cela ne fera pas le sou, quoi qu'en dise M. Camus.
La Porte-Saint-Marlin a tenté autre cliose. Le directeur de ce théâtre, qui sait lire et écrire, s'est avisé de pratiquer une fouille dans la littérature russe. — Il y a donc une littérature russe? — Il paraît; du moins, il est certain que Puschkin, Gogol et un troisième dont je ne sais pas le nom, voyant la Russie envahie par M. Scribe, et plus récemment encore par Alfred de Musset, ont tenté une réaction en faveur de l'idiome slave. Gogol a fait quelques nouvelles qui se signalent par une saveur âpre et sauvage ; il a fait aussi quelques comédies, et l'une d'elles, l'Inspecteur général., a eu en Russie un succès de scandale, d'émoi et de récrimination qu'on pourrait comparer à celui qui a signalé en France l'apparition du Mariage de Figaro. L'auteur avait tout simplement traduit sur la scène la vénalité des fonctionnaires russes, cette plaie qui dévore l'empire et désole Tempereur lui-même. Mais, dégagée de sa portée politique et locale, cette pièce se réduit au scénario du plus médiocre vaudeville.
Il s'agit d'un inspecteur général qu'on attend dans une des provinces de l^mpire. — Tous les fonctionnaires gorgés de rapines se prennent de peur. — Arrive, avec son coquin de valet, un aventurier qu'on prend pour l'inspecteur général. — Les deux intrigants exploitent la situation, se font héberger, et poussent l'audace jusqu'à la galanterie envers des demoiselles de fonctionnaires. — Ce serait peut-être très-joli au Palais-Royal, joué par Grassot, quand il ne sera plus enroué, et par Sainville, quand il ne sera plus mort. — A la Porte-Sainl-Marlin, les Russes peints par eux-mêmes, et airangéspour la scène française par M. Moreau, ont fait l'elîet d'un goujon mort dans l'Océan. —Je n'ai pas vu la pièce; mais j'étais bien tranquille : le jour de la première représentation, il était sept heures du soir, le rideau n'était pas encore levé sur la pièce nouvelle, et je lisais dans la Patrie : « Demain la deuxième représenta lion des Paisses peints par eux-mêmes, qui ont obtenu hier un succès étourdissant à la Porte-Saint-Marlin. » — Bien, me disaisje, voilà un succès qui avance de deux heures; mais c'est bon signe. Voilà que, le lendemain, la pièce avait disparu -par une de ces trappes qui demeurent ouvertes après les féeries. Depuis, il n'en a plus été question. — J'ai interrogé les marchands de contre-marques
les mieux informés; ils ne savaient pas ce qu'étaient devenus les l'disses peints par eux-mêmes. '?our remplacer les Russes, la Porle-Saint-Marlin annonce des Cliinois. — Espérons que ce ne sont pas des Chinois peints par eux-mêmes.
J'ai confessé ma faiblesse pour le Gymnase; ce n'est certes pas la comédie de M.M. Augier et Sandeau qui m'en corrigera. Le Gendre de M. Poirier est une comédie de mœurs pleine de goùl, d'observation et d'esprit. C'est quelque chose comme une réminiscence des Trois Quartiers, de Picard, avec plus de science du monde et plus de gentilhommerie dans l'appréciation des travers et des ambitions des deux castes qui occupent depuis soixante ans la scène politique, la noblesse et la bourgeoisie.
« Vous prenez du ventre, disait-on à Arnal, dans une vieille pièce de l'année dernière. — Mais, pourvu que je ne prenne pas le vôtre, répliquait aigrement Arnal, que vous importe? »
A l'abri de ce sophisme, Arnal s'est mis à prendre du ventre, et il en a tant pris, qu'on en a fait une pièce, le Maii qui prend duventre. Arnal est marié, et il lui vient cette révélation que, parvenu à une importance de 90 kilogrammes, un mari est toisé. A dater de ce moment, Arnal passe sa vie à se peser et à se repeser. Ce n'est pas plus compliqué que cela, et c'est infiniment amusant.
L'Odéon a donné trois pièces. La première, la Taverne des étudiants, a été égayée par des cris d'animaux féroces. La seconde, la Conquête de ma femme, est une comédie agréable. — La troisième, Au printemps, est le début de M. Laluyé, un poète qui commence comme je voudrais finir, au bruit des applaudissements et couronné de fleurs et de lauriers; — mais pour les lauriers, impossible : — les jambons ont tout consommé cefle semaine, et il est bien douteux que les charcutiers en aient conservé pour les journalistes.
Paris cl la guerre. — Défilé de troupes et revues. — La reine Victoria à Paris. — L'alliance anglaise. — Le retour de l'opinion. — Les Anglais en 1815. — La question d'opportunité. — Dufavcl et les mineurs d'Écully. — Odéon .- la Servante Un roi. — Palais-Royal : 53,355 fr. 55 c. — Porte-Saint-Martin. — Hippodrome : concurrence de Chinois. — IMa théorie sur les Chinois. — Les hèles empaillées et les hétcs inlclligentes. — Histoire d'un caniclie. — L'Orient et les gens de lettres. — Le directeur et les ténors.
SOavriL
Paris vil dans l'allenle des grands événemenls de la guerre; — bien entendu qu'il se demande quels spectacles et quels divertissements lui rapportera la guerre. — D'abord, il voit défiler beaucoup de troupes ;— cela l'amuse, le vieil enfant, encore belliqueux comme un Gaulois. — De toutes ses origines, il ne lui est resté que l'esprit et la passion des armes; c'est par là que tour à tour il se perd et se sauve. —Puis nous avons eu quelques revues et quelques uniformes anglais.— Enfin, on dit — c'est merveilleux ! — mais on dit que, le 10 mai, arrive en personne Sa Très-Gracieuse Majesté Victoria, accompagnée de tout un état-major de princes, de lords et de duchesses. — Pour le coup, en voilà une perspective de fêles, de revues, de spectacles et de carrousels !
L'accueil cordial qui a été fait au duc de Cambridge est une garantie des manifestations sympathiques qui se produiront autour de la reine, celle-ci ayant sur son cousin l'avantage du rang et du sexe. Mais comme tout tourne et retourne en ce monde, et que nous sommes loin des passions de 1815! — En ce temps-là, sur le théâtre et dans les caricatures, un Anglais»étail une sorte de homard informe
et difforme. La caricature lui prêtait les inclinations les plus gloutonnes et les plus galantes; il n'apparaissait qu'au milieu des débris de l'orgieTDu lorgnant, à travers une loupe large comme la lune, ce que, dans le style du temps, on appelait les nymphes du Palais- Royal. Et puis, voyez la malice, l'Anglais s'appelait lord Tolan, lord Gueil, lord Viétan; — l'Anglaise, lady Gestion, lady Spute, lady Scrélion. — Dans les extrêmes faubourgs, on trouve encore à la porte des vitriers quelques traces de cette revanche de Waterloo. — Tout cela est bien loin de nous. Même chez le peuple, infiniment plus persistant dans ses instincts que la flottante et mobile bourgeoisie, l'alliance anglaise est acceptée, au moins, comme un mariage de raison. — Dans les classes supérieures, cette adhésion est plus viveet prend le caractère d'un mariage d'inclination. — Cette alliance, consacrée aujourd'hui par la politique, était, il faut le dire, déjà passée dans les mœurs. — Depuis quarante ans, elle avait eu pour inspiration et pour aliment des relations incessantes, une estime réciproque, et la communauté de principes qui subsiste sous les formes changeantes de notre gouvernement.
La reine viendra en temps utile, au moment où la passion publique se déclare bien décidément contre le Russe. Dans ce pays-ci, tout est soumis à une question d'opportunité, depuis les plus grandes choses jusqu'aux plus infimes, depuis les révolutions jusqu'aux vaudevilles. — Telle tragédie, Sylla, par exemple, qui a eu cent représentations sous la Restauration, n'en aurait pas trois aujourd'hui; — tel scélérat qui a occupé la France pendant trois mois n'obtien- ^ait même pas, de nos jours, un succès d'estime. — Voyez aussi quel rôle joue l'opportunité dans le chapitre des accidents. Vous rappelez- vous qu'il y a une vingtaine d'années un ouvrier lyonnais, nommé Dufavel, fut enseveli dans un éboulementde terre? — Dufavel était un roué: il avait bien pris son temps, et, pendant huit jours entiers, la France n'eut pas d'autre préoccupation. « Avez-vous des nouvelles de Dufavel? comment va Dufavel? — Mais pas mal; on vient de lui faire passer un bouillon. —Ah! vraiment : il peut donc prendre des bouillons? — Mais oui; de dix minutes en dix minutes, ou lui envoie un bouillon par un tuyau en cuir. — Ah! pauvre homme! son bouillon doit avoir une mauvaise odeur. — Il
ne s'en plaint pas, — Ah î tant mieux : sa position est si intéressante ! »
On causa sur ce ton pendant huit jours. — Au bout de huit jours, le génie militaire délivra Dufavel. — Alors ce furent des transports de joie universels : on s'embrassait dans les rues; — on ouvrit des souscriptions pour Dufavel ; — l'or y pleuvait. — On mil Dufavel en mélodrame à l'Ambigu, — succès d'enthousiasme! comme dirait aujourd'hui M. Camus, dans les Débats. Rentré dans ses foyers, enrichi par le produit des souscriptions, harangué et félicité par toutes les autorités municipales, Dufavel fut encore pendant quelques semaines la girafe, Thippopotame de son temps.
Vous croyez peut-être que je blâme ces démonstrations, cet intérêt qui s'attachent aune destinée humaine ? Pas le moins du monde ; — tout ce que j'en dis, c'est pour avoir l'honneur de vous apprendre que, depuis dix jours, il y a dans un coin de la France cinq ouvriers dans la position où se trouvait Dufavel, moins les bouillons. — Vous ne vous en doutiez pas? Eh bien, voilà où je voulais en venir pour la démonstration de ce que j'appelie la question d'opportunité. El maintenant allez proposer à M. Desnoyers de lui faire un drame sur les mineurs d'Écully,el vous verrez avec quelle grâce M. Salvador démanchera en votre faveur le balai de l'établissement.
La semaine a été, du reste, éminemment dramatique, et comme je suis résolu à vous étonner par mes révélations, apprenez que l'Odéon a donné un drame en cinq actes en vers emprunté aux temps mérovingiens, et qui n'est pas un drame ennuyeux. Écoutez donc! — Savez-vous bien que ce drame, la Servante du roi, était reçu aux Français, que mademoiselle Rachel devait jouer le rôle de Frédégonde, et que la Comédiea donné 5,000 francs aux auteurs pour se dégager? Évidemment, la Comédie et mademoiselle Rachel avaient été entraînées par quelque chose, et je trouve très-bien l'explication de cette captalion, non, si vous voulez, dans les qualités éminentesde l'œuvre, mais dans l'absence des défauts inhérents à ce genre de littérature difficile.
Le Palais-Royal a donné une pièce en trois actes sous le titre cabalistique de 33,333 fr. 33 c. par jour. — Je désire que ce soit le chiffre de la recelte par semaine. — Mais, cette pièce n'étant pas en
vers et passant pour être fort amusante, je me propose daller la voir et d'en parler après avoir ri.
H y a dans le passage Cholseul un marchand de jouets, à la porte duquel on lit :
Ne pas confondre avec le maQasin en face.
Instinctivement, on se retourne vers le magasin en fnce, et, là aussi, on lit :
Ne pas confondre avec le magasin en face.
Quelque chose d'analogue se passe en ce moment enlre la Porle- Saint-Martinet l'Hippodrome. La Porte-Saint-Marlin,parune affiche spéciale, invite le public à ne pas confondre ses Chinois avec ceux de l'Hippodrome. M. Arnault ne pouvait se dispenser de riposter en recommandant à ce même public de ne pas confomlre les Chinois de l'Hippodrome avec ceux de la Porte-Saint-Marlin. Les esprits superficiels ne comprennent pas bien l'importance de ces avis salutaires. — Mais où en serions-nous, grand Dieu! si le peuple français, toujours léger, allait se tromper de Chinois! — Donc, la Porte- Saint-Marlin a une chinoiserie et des Chinois. La ciiinoiserle est de MM. Clairville et Bourget; elle est assez amusante; — quant aux Chinois, ils mangent de létoupe enflammée et se font encadrer dans des lames de poignard. Vous savez ma théorie sur ce genre de spectacle. Les Chinois n'ont pas de responsabilité littéraire, mais ils ont une responsabilité d'argent; s'ils font des recettes, il faut les mettre au rang des dieux; s'ils n'en font pas, c'est de la canaille, et il faut les tuer. — Je crois que voilà de la saine critique en malière de Chinois.
Je n'oserais aborder les Chinois de l'Hippodrome qu'avec beaucoup de circonspection. Depuis l'histoire d'un certain lion de Tannée dernière, je me figure que tout est empaillé à ce théâtre, les acieurs, les bêtes, le directeur et le public. — Naturellement, je ne me soucie pas de partager le sort commun, et j'attends pour me risquer des nouvelles plus rassurantes. — Celles qui m'arrivent des faucons et des sangliers qui ont ouvert la saison me donnent à penser que ces animaux sortent encore du Muséum d'histoire naturelle, ou que,
loul au nioins, leur intelligence leur permellrait d'y occuper un rang honorable. — Pourquoi M. Arnauil n'a-l-il pas engagé le caniche dont on me racontait ainsi l'histoire? — Ce caniche avait appartenu à un aveugle; l'aveugle étant mort, le caniche avait continué à venir occuper la place favorite de son maître sur le boulevard des Capucines; la sébile dans la gueule, il recevait les aumônes des passants, et a vécu ainsi de longues années dans la mendicité et la fainéantise ; à sa mort, on a trouvé douze mille francs en or dans sa paillasse. — Je liens ce dernier détail d'un héritier, mais il parait mériter confirmation.
A rOpéra, il est question, pour sul)V(^nir aux besoins de la situation, de créer 200 obligations de 4,500 fr. chacune, qui réaliseraient un capital de 900,000 fr. remboursable en neuf ans par séries; le capital avancé prendrait son gage sur la subvention, et indépendamment d'un intérêt de 3 p. c, certaines jouissances somptuaires, les entrées personnelles, par exemple, seraient attachées aux obligations.—Ce plan n'a rien de chimérique, surtout si le ministre d'Élat veut bien prendre quelques actions pour encourager le monde. — Au surplus, sous cette forme ou sous une autre, il faudra bien soutenir une scène qui supporte des charges si exceptionnelles.
L'Orient se peuple de gens de lettres : M. Tanski des Débats, a remplacé à Constantinople M. Xavier Raymond. — M. Taxile Delord va y représenter, dit-on, le Charivari, et probablement aussi quelque libraire parisien qui lui aura commandé des Lettres persanes. — M. Hartmann, un proscrit allemand, un poëtc, y représente la Gazette de Cologne. — 11 n'est pas un journal un pou soigneux de l'abonnement qui n'ait en Orient un ambassadeur à trois sous la ligne. L'avantage pour le correspondant consiste à se rapprocher du théâtre de la guerre; — l'inconvénient, c'est qu'une fois à Constantinople on ne sait plus rien, mais absolument rien de ce qui se passe sur le théâtre de la guerre. — Il faudrait donc résolument se transporter sur le Danube. Mais ici encore autre inconvénient.— Il y a quelques semaines, on proposait à un homme de lettres de partir pour le Danube en qualité de correspondant du Times. — Les offres étaient séduisantes et l'écrivain se laissait tenter, lorsque d'inspiration il se mit à dire : « Mais je croyais que le
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Times avait un correspondant en cet endroit?— Mon Dieu, oui, répliqua le racoleur; nous avions un correspondant merveilleux de style et de géographie, mais il vient de se laisser prendre par les Russes, qui l'ont fusillé... Rassurez-vous, il sera vengé. Mais, à cette occasion, mon ami, je ne saurais trop vous recommander de ne pas vous laisser prendre par les Russes. Si vous étiez cerné par quelques bataillons cosaques, défendez-vous avec une rare intrépidité jusqu'à ce qu'on vienne vous dégager. » Ici, l'homme de lettres se rappela soudainement qu'il avait des affaires urgentes qui le retenaient en Occident.
Une histoire en rappelle toujours une autre. — Voyez plutôt les Mille et une Nuits.
Il y a quelques années, un superbe bâtiment sorti du Havre faisait voile pour l'Amérique du Sud. — Ce bâtiment portait une troupe d'opéra destinée à la Nouvelle-Orléans. — Un jour, dans une relâche du mal de mer, cinq chanteurs se trouvèrent réunis sur le pont et se mirent à filer des sons en manière d'essai.
0 Malhilile, idole de mon Ame!..,
dit le premier chanteur;
Rachcl, quand du Seigneur...
répliqua le second chanteur ;
Amis, la matinée est belle...
Il est à toi, ce prix de ton courage!...
Asile hérédilaire...
exclamèrent les trois autres chanteurs.
Qu'est-ce à dire? cinq ténors dans la troupe! Furieux, les chanteurs apostrophent avec véhémence l'impressario : « C'est une infamie! c'est une trahison! Vous m'aviez solennellement promis que je serais le seul ténor de la troupe!— Messieurs, répliqua l'entreprenein, calmez-vous, comptez sur ma loyauté, et sachez bien une chose : dans les huit premiers jours de votre installation à la Nouvelle- Orléans, deux d'entre vous seront morts de la lièvre jaune, deux
autres mourront dans le cours des répétitions; celui qui survivra sera mon ténor en chef et sans partage. Je lui en donne ma parole d'honneur. »
Il y avait aussi dans la troupe une botte de barytons, un fagot de basses-tailles, et un buisson de prima donna assoluta. — Tout ce monde était déjà en grande fermentation, lorsque la théorie enchanteresse de M. le directeur vint apaiser ces fièvres de concurrence. — On s'embrassa ; — d'oîi je conclus que, pour un véritable artiste, la meilleure chance de vivre en parfaite cordialité avec ses camarades, est dans Tespoir de les perdre.
Rien qu'un mot. — Probilé des cochers. — Les objets trouvés. — Comment ils se perdent. — Histoire d'un fauteuil à la Voltaire et d'un gilet de flanelle. — L'âge d'or du désintéressement. — Les femmes égarées.
— Le faubourg Saint-Germain à la recherche d'une princesse. — Le printemps et le mariage, — Théâtres de société. — Assemblée des auteurs. — Compte rendu de la séance. - Ordre du jour de la prochaine assemblée. — Rumeurs autour de TOpéra. — Théâtre-Français : Nouvelles lilléraires, — M. Gozian , M, Eugène Bourgeois. — Aïssé.
— Madame AUan. — La Joie fait peur et la tragédie. — .Madame de Girardin, — Gymnase. — Le bonheur de sa caisse et le malheur de son caissier. — Porte-Saint-Marlin. — Hippodrome. — Le duel au.\ Chinois.—Vrais et faux Chinois. — Les deux boniments. — Avantage des directeurs littéraires.
7 mai.
Vous connaissez le procédé de ces gens qui n'avaient qu'un mot à vous dire, et qui ne vous lâchent qu'après vous avoir fatigué pendant une heure d'un verbiage inutile. Je crains fort d'être aujour-
d'hui de ces gens-là, el il faut bien vous résigner de temps en temps à èlre de ceux qu'on ennuie. Il me semble que, depuis quelque temps, les cochers deviennent d'une probité inquiélanle. — Je frémis de la masse de parapluies que les cochers rapportent tous les jours à la préfecture! Disons, pour être juste et sérieux en pareille matière, qu'ils ont rapporté aussi celte année des sommes considérables en argent et billets de banque.
Je suis aussi un peu étonné de la quantité et de la nature des objets trouvés sur la voie publique depuis que la préfecture se charge de les receler avec publicité. — Dans un des derniers bullelins, je vois qu"on a trouvé dans la rue îui fauteuil à la Voltaire. — Je me demande dans quelle circonstance on peut perdre dans la rue son fauteuil à la Voltaire. — Ce n'est pas en allant chercher son lait. — Ce n'est pas en revenant du spectacle. Mystère profond !— Je m'explique ces choses-là comme les expliquait ce mari qui, un soir, donnait à sa femme le spectacle galant de sa toilette de nuit. « Mais, monsieur, dit la femme, ce malin, quand vous êtes sorti, vous aviez un gilet de flanelle. — C'est vrai, répliqua le mari un peu troublé, je l'aurai oublié chez mon notaire. »
Quoi qu'il en soit, et je m'en félicite, la probité et le désintéressement sont à l'ordre du jour. — L'aulorilé vient de faire afficher les numéros de deux lots de 23,000 francs gagnés à la loterie toulousaine et non réclamés. — On ne connaît pas encore les gagnants contumaces, mais on est sur leurs traces. — Leur signalement a élé envoyé à toutes les brigades de gendarmerie, et il est douteux qu'ils puissent échapper aux recherches actives dont ils sont l'objet.
Il n'a jamais été dit si on devait rapporter à la préfeclure les femmes trouvées sur la voie publique. — Il s'en rencontre et des plus illustres. — Tenez, en ce moment, le faubourg Saint-Germain est à la recherche de la fille d'un financier qui avait épousé un des grands noms de l'ancienne monarchie. — La dame vient de disparaître. — Sa haute piété exclut toute conjecture galanle. — On croit plutôt que la princesse (car c'était une princesse, puisqu'elle avait épousé un prince) s'est retirée devant des syslènies d'explicalions conjugales où le mari apportait plus de cravache que de modération.
Cela n'en corrigera pas les autres. — Je ne parle pas de la cravache, mais du mariage. — Il est même question du mariage prochain, souvent annoncé et souvent démenli, de l'un des hommes les j)lus considérables de ce temps-ci, au quadruple point de vue de la naissance, de l'importance politique, de l'élégance et des millions.
Le printemps est le complice annuel et l'inspirateur de ces rages matrimoniales. Les mairies sont encombrées. — On ne sait pas tout ce qui pousse ces maliieureux à leur perte; mais quelquefois on le devine. — Un ancien artiste épouse en ce moment une femme quelconque, et je demandais à un sien parent à quel entraînement cédait le conjoint, à la raison ou à l'inclination. « Mais, me fut-il répondu, c'est un mariage de raison du côté de la figure, et un mariage d'inclination du côté de l'argent. »
Aussi bien les mariages sont en ce moment les seuls prétextes de réunion. — Les salons sont en pleine dissolution ; il n'y a plus guère que la comédie de société qui autorise encore quelques personnages haut placés à donner des fêles. — Un jour prochain, nous ferons une excursion spéciale dans les théâtres de société; aujourd'hui, j'ai trop à vous parler des théâtres de la mauvaise société, où on paye en entrant et où on ne rend pas l'argent.
Et, d'abord, l'Association des auteurs dramatiques a tenu sa séance annuelle le dimanche l^^ mai. — L'Association était arrivée au terme du contrat de vingt-cinq ans qui liait ses membres, et il paraît que les troubadours et les joueurs d'orgue de la Société Henrichs avaient révéla dissolution de celle institution. — Non-seulement l'Association ne s'est pas dissoute, mais encore elle a justifié sa i-aison d'être par un rapport plein de subsides pour la veuve et l'orphelin.
La séance est ouverte à deux heures, sous la présidence de M. Scribe.
M. Ferdinand Laxglé lit le rapport de la sous-commission des finances, dont les chiffres paraissent consolants.
Un membre naïf demande qu'une pièce ne puisse être retirée de l'affiche par le directeur, avant d'avoir produit 1,200 francs à lauteur. {Hilarité générale.)
La proposition n'est pas adoptée.
Le membre naïf demande que l'auteur dont la pièce aura été retirée de Taffiche, avant d'avoir produit 1,200 francs, reçoive au moins, à titre d'indemnité, un coupon de rente de 6,000 francs sur le grand-livre.
La proposition amendée du membre naïf n'est pas adoptée.
M. Trissotin fils réclame contre les pièces à succès, qui causent le plus grand préjudice aux jeunes auteurs, et signale surtout les pièces du Gymnase, écrites avec une élégance perfide, et jouées avec une perfection machiavélique, en vue d'accaparer l'affiche pendant trois mois. — L'orateur termine en demandant la tête de M. Mon-
ligny.
M. LE PRÉSIDENT rappelle à l'ordre M. Trissotin.
M. Trissotin. J'ai été entraîné un peu loin. Eh bien, accordez-moi la tête de M. Thibeaudeau.
M. LE président, avec dignité. Ce serait avec le plus grand plaisir; mais la tête de M. Thibeaudeau est le gage des fournisseurs du théâtre. {Vive émotion. — Chuchotements.)
M. Trissotin. Je constate qu'on me refuse toutes les têtes que je demande.
Le membre naïf demande que l'auteur dont la pièce aura été retirée de l'affiche avant d'avoir produit i,200 francs, soit exempté du service militaire et logé à l'Elysée.
Quelques voix. Appuyé !
L'assemblée, consultée, ordonne le dépôt au bureau des renseignements.
La parole est à M. Raymond Deslandes.
M. Raymond Deslandes. Messieurs, il y a parmi nous des millionnaires... {Èionnement général.— Tous les yeux se portent sur M. Delacoiir, qui a une montre.)
Voix diverses. Nommez-les; on en fera justice...
Une voix. Parlez pour vous...
M. Deslandes. Messieurs, on ne m'a pas laissé achever ma pensée. Je viens vous dire qu'il y 5 parmi nous des millionnaires qui achètent des pièces pour se donner une consistance littéraire auprès des femmes.
De toutes PARTS. C'est vrai, c'est très-vrai î Continuez...
M. Deslaivdes. Personne n'ignore que Rolliscliild fait représenter des vaudevilles clandestins sous le nom d'Auguste Flan. {Dénégations au banc de la commission.)
Voix nombreuses. Très-bien ! C'est une initiative courageuse.
M. Deslandes. Je demande qu'à l'avenir tout individu qui voudra entrer dans l'Association subisse un examen de capacité. Dans aucun cas, les gens qui ne savent ni lire ni écrire ne pourraient être admis parmi les auteurs dramatiques... {Vive agitation sur les bancs oit siègent les membres de la Jeune Orthographe.— Interpellations en sens divers.)
Voix diverses. C'est de la terreur !— Piétablissez la guillotine! — Sommes-nous à Venise? Voilà le conseil des Dix.
L'orateur descend de la tribune au milieu des acclamation? de l'assemblée, et reçoit les félicitations de ses nombreux amis.
On procède ensuite à Télection des membres de la commission.
Tous ceux des membres de l'assemblée qui ne sont pas millionnaires votent pour l'auteur de la motion contre les millionnaires. M. Deslandes est élu à l'unanimité. Les membres de la Jeune Orthographe paraissent très- abattus. — L'assemblée se sépare dans une agitation impossible à décrire.
Ordre du jour de la séance du i" mai 1855 ;
Lecture des rapports annuels.
Développement de la proposition de M. Trissotin fils, tendante à accorder une médaille d'encouragement à l'auteur le moins représenté dans le courant de l'exercice.
Troisième lecture du projet de loi édiclant la déportation hors de la salle contre les spectateurs qui éternuent dans les endroits attendrissants.
Vole de la pension proposée en faveur de M. Duchesne, dentiste, inventeur d'une pommade pour la destruction des journalistes, des directeurs et autres animaux malfaisants.
Rapport de la sous-commission de capacité sur les candidats qui 'auront passé leur examen en vertu de la proposition Dcslandes.
Autour (lu Théâtre-Français il y a des nouvelles très-litléraires : M. Gozlan a fait recevoir cinq actes; M. Eugène Bourgeois, une comédie en trois actes que l'on dit charmante. — Aïssé est tout à U\il adoptée : mais, en humiliant mes faibles lumières devant celles de mes confrères, je dois dire que je trouve la pièce bien médiocrement jouée, excepté par madame Allan. — Ce nom me rappelle la Joie fait peur, où madame Allan est foudroyante de douleur et d'émotion. — Voilà la tragédie. — Il est bien inutile de se mettre sur le corps des peaux de bête et d'élever vers le ciel des bras nus et maigres en attestant les dieux. — Cela ne touche plus personne, pas même les dieux, qui en haussent les épaules. — A la bonne heure, les angoisses de celte mère qui pleure son fils et à qui on cache son fils pour ne pas la tuer. — Cela est profondément humain et cela nous trouble jusqu'au fond de l'âme. Je ne sais pourquoi je suis très-heureux de ce succès de madame de Girardin,que je n'ai jamais eu l'honneur d'approcher, même à la dislance qui sépare un liomme très -mal mis d'une femme très-élégante. — Madame de (jirardin est une des physionomies de notre époque. — Jeune fille, elle fut un poêle; — femme, elle fut un soldat. — Liée à une destinée orageuse, elle a pris sa part des luttes de ce temps-ci; elle a eu le courage, si rare en ce pays, de braver l'opinion dans ce qu'elle a <i'inique et d'étroit. — El voilà que Dieu donne à son automne les beaux fruits que vous voyez, le sourire des lettres, le talent paré de toutes les grâces de l'esprit, ennobli de toutes les inspirations du cœur, le succès et l'estime publique, qui, à certains jours, consent bien à se prostituera des faquins, mais qui ne s'attache définitivement qu'aux nobles natures.
A en juger par ma prédilection pour le Gymnase, on pourrait croire que j'aime les théâtres comme Potier aimait les pantalons, à la condition de n'y pouvoir entrer. Après plusieurs tentatives vaines pour revoir la pièce de MM. Sandcau et Augier, j'ai enfin réussi, un de ces jours derniers, à obtenir une stalle de couloir. Même dans cette position sacrifiée, et Indigne d'un critique infiuenl. Je Gendre de M. Poirier m'a encore paru quelque chose de tout à fail supérieur. Je craindrais même, si je pouvais craindre quelque chose à cet endroit, que le succès de celte comédie ne pût descendre
CHRONIQUES PARISIEXNKS. 37
dans les couches bourgeoises, peu initiées à ces analyses savantes de la vie sociale et peu accoutumées à ce dialogue chaste et délicat qui s'adresse à tous les sourires de l'esprit et dédaigne de provoquer le gros rire de la foule. En ailendant, on fait 3,o00 francs tous les soirs. — Le caissier du Gymnase voudrait bien se frotter les mains, mais il est manchot; — dérision du sort qui a donné deux mains, et deux mains un peu oisives, au caissier du Vaudeville! Attendons la Foire de VOrient, actualité de MM. Cogniard frères, et le drame de M. Dumas père, le Marbrier. — Si le diable est dans la niaison, la grande épée du mousquetaire saura bien l'en chasser.
J'ai beau essayer de fixer votre attention sur ces futilités, je ne puis me dissimuler que tout l'intérêt de la situation est dans le duel aux Chinois, toujours engagé entre la Porte-Saint-Marlin et l'Hippodrome. — Il y a des gens qui trouvent que le duel aux Chinois manque de grandeur et de noblesse; — mais ces gens-là ne s'y connaissent pas.
Tout l'avantage est, jusqu'ici, pour la Porte-Sainl-Martin, ~ d'abord, sous le rapport de la loyauté. — Voyez la probité et le scrupule de l'affiche :
« Faux Chinois : — Ambroise, Vannoy, Colbrun, mademoiselle Alphonslne.
I) Vrais Chinois : — Yan-Ban, Yan-Gyn, An-Sing-Chong-Mong, le jeune Ar-Hée et le nain Chitzans. »
Au sujet de ce nain, la Porte-Sainl-Martin publie des choses orientales que les heureux Parisiens peuvent lire sur l'affiche et dont nous voulons gratifier les provinciaux. — Écoutez :
« Cet individu , âgé de vingt-neuf ans, a 80 centimètres de hauteur et paraît être pourvu d'articulations doubles. Les parents de ce nain , s'apercevant de la disposition particulière de ses membres et de la petitesse de sa taille, l'enfermèrent dans une potiche, où il resta jusqu'à Tàge de douze ans, et dont il ne sortit que par une espèce d'éclosion, c'est-à-dire lorsque la potiche se brisa d'ellemême sous l'efîorl de la croissance du petit être qu'elle renfermait. Les parents, grâce à ce supplice, qui donne une idée assez juste d« l'avidité cruelle des Chinois, obtinrent la permission de présenter cet enfant à l'empereur Tao-Kwang. »
Autre :