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AUX SOLDATS CONGÉDIÉS

« On demande un soldat blessé, qui ail été en Crimée, pour aller à Londres expliquer un modèle de Sébastopol et des environs. — l'n zouave aurait la préférence. — il est nécessaire qu'il sache un peu l'anglais, et jouisse d'une bonne réputation. —On donnerait vinglcinq francs par semaine »

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Je trouve celle annonce originale, niHis je ne lu trouve pas bien généreuse. — Être zouave, avoir élé blessé, savoir un peu d'anglais, jouir d'une bonne réputation, aller à Londres, et tout cela pour vingt-cinq francs par semaine! — Autant vaut rester ciiez soi, n'être pas blessé, ne pas savoir l'anglais, et jouir d'une mauvaise réputation, il n'y a pas de mauvaise réputation qui ne rapj)orle plus de vingt-cinq francs par semaine. — Demandez plutôt à ces dames et à quelques-uns de ces messieurs.

Il y a encore un autre mort, le guitariste Huerta, lequel aurait abrégé une vie que la guitare ne soutenait pas, ou" soutenait mal.

Il est certain que notre siècle compte des martyrs inconnus : les guitaristes, les harpistes, et probablement bien d'autres encore.

Voilà comme le temps emporte tout : il y a cinquante ans, une femme un peu princesse, aurait rougi d'être représentée sur son portrait autrement qu!en robe blancbe, les yeux levés au ciel, el embrassant une barpe de ses bras nus. — Aujourd'hui, on rencontre encore, mais sous les portes cochères seulement, quelques liaj'pos manœuvrées par de pauvres balayeuses sans ouvrage. — Je ne sais pas au juste quelle est aujourd'hui la destinée de la guitare, mais j'imagine qu'Armand Marrast est le dernier amateur qui ail cultivé cette machine. — Marrast aimait la guitare par reconnaissance; il en avait vécu, el l'instrunienl avec lequel il donnait des leçons, en 1820, dans un pensionnat de la rue Montorgueil, passé à l'état de monument historique, a élé acheté, à sa vente après décès, par un de ses amis politiques.

Vous êles-vous demandé aussi ce que pouvaient devenir les danseurs depuis la réforme de lallanse mâle. — Je ne suppose pas qu'ils deviennent danseuses, et je suis réduit à espérer que Terpsychorc leur fait une pension alimenlaire.

Je me préoccupe aussi du sort des professeurs de langues tombées en désuétude. — 11 y a quelques années, je lisais dans tous les journaux cette annonce :

« Un ancien négociant qui a séjourné vingt ans à Canton, et que des revers de fortune obligent à s'occuper, serait bien aise de donner des leçons de chinois. — S'adresser au concierge, etc. «

Ce sinologue demeurait dans une maison qu'habitait aussi mon

tailleur. — Un jour, en sortant d'un pantalon que je venais d'essayer, j'eus la curiosité de demander au portier si la classe du professeur de chinois était nombreuse :

« Hélas! non, monsieur, répliqua le portier, et, si vous vouliez apprendre le chinois, ce serait une bonne action que vous feriez. — Le pauvre homnae n'a pas d'autre élève que mon fils, que je lui prêle pour s'exercer. — Mais, avec tout cela, mon fils ne devient pas mandarin, et je suis obligé de le retirer du chinois pour le mettre dans la menuiserie. »

Aussi, les hommes devraient être assez avisés pour ne pas se vouer à des étals de luxe, ou, to/it au moins, savoir rompre brusquement avec«les professions qui les abandonnent. — Quelques-uns s'entendent merveilleusement à exécuter ces évolutions, et, de pâtissiers en faillite, se font comédiens, auteurs et journalistes de banlieue.

Voilà des étals de première nécessité : on y meurt souvent de faim, c'est vrai, mais on est soutenu par la gloire.

Ce n'est pas au moins cette année que Thalle et Melpomène laisseront périr leurs enfants. — Toutes les caisses dramatiques regorgent des recettes réalisées dans ce fabuleux été de l'Exposition universelle, et voici que, de toutes parts, on appelle des troupes fraîches pour se défendre contre une réaction menaçante.

Le Gymnase, après plus de cent cinquante représentations, a abandonné le Demi-Monde, qui a été vu par le monde entier; mais ce n'était pas une raison pour nous donner un vaudeville de l'autre monde. — Il a pour titre, ce vaudeville, U Dessous des cartes; — i) est de Bayard, un auteur si fécond, que sa prodaclion déborde de sa tombe.

C'était assurément un homme de talent et un habile homme que co Bayard; mais ce n'était pas précisément un bel esprit. — Quand il voulait plaisanter, son badinage en bottes fortes faisait craquer les planches. Aussi traitait-il le théâtre comme une affaire et n'y apportait-il aucune fantaisie, aucune dissipation d'esprit; — il se distinguait par la sûreté de ses combinaisons dramatiques, distribuées el dirigées sur l'échiquier par une main rusée et savante. — N'abandonnant rien au hasard et à l'inspiration, il cherchait un terrain so-

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lide pour y asseoir sa construction; — mais il en résuilail souvent ce contraste grotesque d'un édificede carton sur des assisesde granit, ou bien encore dun sapajou exécutant ses évolutions sur le dos d'un éléphant. Initié à toutes les faiblesses du public, connaissant son ignorance et son respect pour les choses sérieuses. Bavard habillait le plus souvent son mannequin de costumes historiques. Les vaudevilles les plus historiques, qui ne sont pas les plus amusants, passent toujours ainsi sous le manteau des empereurs et des ambassadeurs. — Pour faire une pièce, lou.s les prétextes lui étaient bons. — S'il eut vécu, il eût mis indubitablement en vaudeville l'annexion de Cuba, la question de la Plala et le partage de la Pologne. Donc, il parait que, dans les derniers temps de sa vie, deux questions préoccupaient surtout Bavard : la conquête de la Finlande et le partage du Holstein. Il y avait là trois actes et il les fit. On trouva le manuscrit après sa mort, et on pria M. Duinanoir d'y faire quelques retouches de sa plume élégante. Mais, dans son respect pour le maître, M. Dumanoir a reculé devant la profanation, et la pièce a conservé l'empreinte de Bavard, avec ses défauts et ses qualités. — Il y a en ce moment un mol célèbre dans les coulisses : — il s'agissait d'un acteur du Palais- Royal, qui imite avec plus de bonheur que de gaieté le geste, l'intonation et la grimace de Sainvilie. — On demandait à Grussot ce qu'il pensait de son nouveau camarade : « Il me fait Teffet du boiU de l'an de .Sainvilie, » répliqua le spirituel grotesque. — La pièce du Gymnase m'a fait l'effet du bout de l'an de Bayard. — Au lieu de raconler cette histoire empâtée d'impératrice, de roi de Suède, de grandduc et de grandes-duchesses, j'aime bien mieux rappeler au Gymnase qu'il a pris envers l'art d'autres engagements. Ce théâtre a divorcé, depuis quatre ans, avec les puérilités du métier. — Il nous a donné des œuvres qui sont toute la comédie de ce temps-ci : Mercadel, le Mariage de Viclorine, le Gendre de M. Poirier, Diane de Lys, le Demi -Monde, etc. ; et, lorsque sur cette scène, où l'on respire maintenant le grand air de la littérature, nouseniendons grincer le violon de l'orchestre, attaquant le timbre de Lantara, il nous semble qu'un orgue de Barbarie vient mêler le Sire de Franc-Boisy à la symphonie en ut mineur.

Le Palais-Royal a cela de bon que ses vaudevilles ne sont pas his-

toriques. — As-tu tue le mandarin? Siir celte simple question, on ébauche une fantaisie sans complications, qui dure trente-cinq minutes et amuse tout aulanl. — Il s'agit d'un garçon très-désargenté qui a médité la fameuse proposition de Jean-Jacques Rousseau : « Si, pour devenir riche en tuant un mandarin, et si pour tuer un mandarin, on n'avait qu'à faire un signe, croyez-vous que beaucoup de mandarins survivraient à un procédé de si facile tentation? » Donc, le héros du Palais-Royal fait le signe fatal et tue le mandarin.

— La fortune lui arrive sous forme d'un portefeuille de médiocre apparence, quoiqu'il contienne cent mille francs. — Je soupçonne que les auteurs n'ont pas vu depuis longtemps cent mille francs, même en billets de banque; — autrement, ils auraient donné à leur trésor un volume plus vraisemblable. Ce que devient le meurtrier du mandarin une fois enrichi, vous ne vous en inquiétez guère, et je passe tout de suite à la Trilogie de pantalons, autre plaisanterie un peu plus riche de combinaisons. — Comment il se fait que Hyacinthe, Brasseur et Prosper Golhi se passent et se repassent, pendant trois quarts d'heure, un pantalon fond blanc à raies noires, un pantalon bleu tendre à bande jaune, et un pantalon de molleton d'une entière blancheur, c'est ce que je me garderai bien de vous expliquer :

— c'est le secret de M. Marc Michel, et, si M. Marc Michel disait son secret, tout le monde pourrait faire ses pièces; — ce qu'il y a de mieux, c'est que tout le monde peut les voir et s'en amuser.

Trop beau pour rien faire est le titre d'une comédie que le Vaudeville donne depuis quelques jours. — On m'avait dit qu'elle était cbarmanie, celte petite comédie; mais on ne me l'avait pas dit assez, cl je ne saurais trop récrire. — C'est un aimable marivaudage à deux personnages; tout y est grâce, caprice, élégance, et l'esprit y respire les plus doux parfums du cœur. Certes, il faut plus d'art et de poésie pour construire ces frêles édifices que pour creuser le sol à cent pieds sous le trou du soulllcur pour en faire sortir une féerie de carton ; mais le public est ainsi fait, qu'il aime mieux s'ennuyer pendant six heures que de s'abandonner pendant une heure aux délicatesses de l'esprit.— S'il en était autrement, la comédie du Vaudeville, sans autre renfort, ferait de l'argent ; mais ne l'espérons pas, et don-

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noiis-iious le genre de penser que ces choses -là nous sont dédiées cl que le public de l'Ambigu na rien à y voir.

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