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Qu'était-ce, au fond, que ce Fouquet, qui se présente devant nous avec ie témoignage de quelques beaux esprits de son tenops, mais très-logiquement incriminé, d'autre part, par tant de millions conquis dans le maniement des deniers publics? — Était-ce un 3Iécène magnifique et délicat, ou tout simplement un traitant dispersant fastueusemenl les miettes de son festin? — Quelle fut même la cause précise de sa disgrâce : — l'orgueil blessé d'un roi, ou la jalousie dun amant? L'esprit flotte entre mille conjectures apportées jusqu'à nous par la grande rumeur qui se fit autour de celte chute éclatante. — Quoi qu'il en soit, l'émotion produite dans le monde par ce grand écroulement, s'est propagée jusqu'à nos générations, et la postérité, qui est toujours du parti des vaincus, a admis Fouquel dans la légende des martyrs. — C'était donc à tous ces titres un personnage désigné aux combinaisons de la scène, en ce sens surtout que l'obscurité qui enveloppe encore la destinée du surintendant à dater de son incarcération, ouvrait une libre carrière à l'imagination.
Les auteurs ont usé de ee droit, mais sans en tirer des situations précisément bien neuves et notablement saisissantes. — L'ensemble de la pièce par ses aspects et ses incidents rappelle tout à la fois le Masque de fer et Latude. — Nous soubaitons au Donjon de Vincennes le succès mémorable de ces deux drames, mais nous n'oserions le lui prédire. — La représentation a été un peu tumultueuse vers la fin. — Du reste, tout le monde y était, y compris le chien des premières représentations, qui ne manque plus une solennité du Cirqiie. — Cet amateur s'est assez bien comporté; — seulement, il a poussé des aboiements plaintifs quand il a vu le tombeau de Fouquet.
Les Variétés ont donné un vaudeville en deux actes qui se distingue de ses pareils par une idée et une moralité. — V École des épiciers a pour but d'initier le public à toutes les combinaisons malsaines du boutiquier parisien pour frauder le chaland sur la qualité et la,quantité. — Alphonse Karr a fait pendant quinze ans cette guerre au boutiquier parisien, et cela, avec une verve et un esprit dont aucun vaudeville n'a la prétention d'approcher.
Cependant les auteurs de la pièce des Variétés ont été heureux dans la plupart des épisodes dont leur fable se compose ; on a ri, et
CHRONIQUES PARISIENNES. Iig
on rira bien deux mois encore de celle plaisanlerie qui a un certain mérile d'actualité. — Nunia est parfait dans le rôle d'un vieil épicier qui représente, en forme de contraste, l'antique probité du commerce sans alliage. — Un acteur, qui depuis quinze ans amusait le public de l'Ambigu, Laurent, a débuté dans cette pièce, et a été tout aussitôt adopté. — C'est un comique de la bonne race, bête sans eiîorl, sans travail, je crois, et digne de prendre rang parmi les grotesques les plus célèbres de ce temps-ci.
Les émotions de la semaine. — Mort de M. Paillet. — Lincendie. — Terreur panique. — Avis aux soldats blessés. — Grandeur et décadence de la harpe. — Le dernier guitariste. — Les danseurs. — Le professeur de chinois. — Les professions de luxe. — Les états de première nécessité. — Théâtres. — Gymnase : le Dessous des cartes. — Jugement d'outre-tombe sur Bayard. — Palais-Royal : le Mandarin. — L'nc Trilogie de pantalons. — Vaudeville : Trop beau pour rien faire.
%i novembre.
Ces huit derniers jours n'ont certes pas manqué d'émotions. — D'abord, un homme illustré dans les luttes de la parole, M. Paillet, est tombé foudroyé, à la barre, devant les juges consternés. — Tout le monde demeure frappé d'une si belle mort, et c'est encore le sentiment qui survit à tous les regrets. — .Mourir en détail, dans un lit ou sur un fauteuil, au milieu des fioles et des piteux agents de la pharmacie, c'est là ce qui humilie et dégrade l'homme fort ; mais mourir au grand jour, en pleine possession de son intelligence, dans son habit de combat, c'est passer de la vie à l'inconnu par une sorte d'assomption qui soustrait le mortel aux défaillances de l'heure suprême. Voilà, indépendamment de la place qu'il laisse au palais,
ce qui a surtout ému dans la mort de M. Paillet. C'était un grand artiste en parole et, dlt-ou, un homme d'un beau caractère.
Puis, tout à coup, le ciel s'est embrasé d'une lueur immense et Paris tout entier s'est porté vers l'ouest de la ville pour admirer la sublime hoiTeur de l'incendie. — De tous les points de l'horizon, un cri d'effroi a retenti : au jugé et avant informations, on pouvait croire que le palais des beaux-arts était en proie aux flammes. — Voyez-vous d'ici les conséquences d'un pareil sinistre. — L'œuvre de la peinture moderne était anéanti ; — la perle matérielle ne pouvait se traduire en chiffres ; elle était au-dessus de toute évaluation : mais la perte morale dépassait tous les calculs de l'imagination. — Depuis l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, jamais le feu n'eût laissé une nuit plus profonde parmi les hommes. — Eeureusemenl (dans tous les malheurs, il y a un bonheur relatif), c'était tout simplement la manutention des subsistances militaires qui s'abimait dans un volcan. — Quelques sacs de blé ont été consumés, et c'est regrettable, au prix où est le pain. Mais les blés repoussent, et les tableaux ne repoussent pas, à moins de représenter les Vénus de l'école réaliste.
Du reste, un incendie n'est pas de trop pour éclairer notre Paris ténébreux : depuis la cérémonie du -lo, le soleil ne s'est plus montré, et nous marchons à tâtons dans les brumes, comme les enfants de la nuit.
Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner si les choses humaines semblent plus obscures que de coutume. — Il parait que nos alliés de Londres, qui, en fait de brouillards, n^Ie cèdent à aucune puissance, ne se reconnaissent plus sur le théâtre de la guerre, car je trouve dans un grand journal l'annonce suivante :