II
dans la seconde partie. — II était déjà énervé et fatigué, lorsque, dans la troisième partie, le tribunal, présidé par Minerve, a prononcé l'acquitlement d'Oreste : — dénoùment un peu humain et qui a rappelé celui de la Pie voleuse; mais, demain, elles jours suivants, parviendra-t-on à captiver des foules saturées des émotions les plus v^aires, avec ces catastrophes surhumaines, qui accablent la déplorable famille des Atrides? ÎSMmporte! — il est bien de l'avoir essayé. — Le directeur surtout, qui joue plus gros jeu que l'auteur, mérite d "être loué sincèrement de celle périlleuse et honorable entreprise.— Après cela, que sait-on? — M. Marc Fournier est en bonne veine, et, d'après ce qu'on raconte, depuis trois semaines, il joue à qui perd gagne.
Quoi qu'il arrive, l'œuvre de M. Dumas restera comme un trèsbeau travail liltéraire. — Les lecteurs le vengeront de l'indifférence possible des spectateurs des loges et des stalles. Moi qui ai vu VOrestie, je me réserve de la lire et de retrouver les beaux vers que le souffle de VIliade a transportés dans cette œuvre.
Le succès d'argent pouvait être obtenu, à une condition peut-être, c'était de grouper clans l'œuvre tous les grands talents d'artistes qui peuvent se rencontrer à Paris. — On y a réussi à peu près, du côté des femmes. — Mesdames Laurent, Guyon et Lucie Mabire, la première surtout, ont eu de très-hautes et très-puissantes inspirations.
— Le côté des hommes est beaucoup plus faible.
Il me reste de l'année dernière une aimable comédie jouée au Gymnase, sous ce titre : Je dîne chez ma mère. Il s'agit d'une comédienne, Sophie Arnould, qui, toute l'année, a vu les plus grands seigneurs de la monarchie prosternés à ses pieds, et qui , le premier jour de l'année, ne peut obtenir un convive pour partager son dîner.
— Tous, jusqu'à sa femme de chambre, lui répondent : « Je dîne chez ma mère. » La signilicalion morale de la pièce est que tout le monde a une mère, excepté la courtisane.
La pièce est ingénieuse, mais peut-être un peu sobre et un peu simple dans ses moyens. — Elle serait bien jouée par tout le monde^ si mademoiselle Laurentine n'était beaucoup trop candide pour se •louler de ce qu'a pu être Sophie .\rnould.— Quelle l'ignore toujours c\ qu'on lui donne daulrcs rôles!
CHRONIQUES PARISIENNES. ioS