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210 LA ViR A PARIS.
(vpendyrit un périslyie assez remnrquable, soiileiiu par quatre colonnes. ,
Le vestibule rappelait un peu celui de la Comédie-Française;— les escaliers étaient magnifiques.— Un parterre immense, douze rangs de stalles d'orchestre, quatre étages de loges, telle était sa physionomie. — Mais la décoration de la salle était de ce style lourd et massif qui signale l'ornemenlalion britannique.
Ouvert en 1733 par un nommé Bich, à qui on attribue l'invention de la pantomime anglaise, Covenl-Garden brûla une première fois en 1808. — Le 31 décembre de la même année, le prince de Galles posa la première pierre du nouvel édifice, qui ouvrit le 18 septembre 1809.
On y joua le drame jusqu'en 1847, où la troupe italienne s'en empara. — On entendit là, ensemble ou successivement : — Mario, Lablache, Tamberlick, Gardoni, Grisi, Viardot, Bosio, etc. La dernière pièce montée fut l'Emile du Nord, et on préparait les Vêpres siciliennes.
M. Gye, l'imprésario, était à Paris au moment du sinistre, recrutant sa troupe pour la saison prochaine. On dit qu'il avait eu le pressentiment du danger, et que sa correspondance mettait opposition aux exercices nocturnes du physicien Anderson.
Covent-Garden n'était pas assur*; cet édifice était compris dans un immense lot d'immeubles appartenant à lord Bedfort. L'incendie a englouti des valeurs considérables servant à l'exploitation ; tous les décors, le magasin de musique et la bibliothèque, où on conservait des partitions aujourd'hui introuvables, des manuscrits originaux, entre autres celui de VÈcole du scandale, de Sheridan.
M. Gye a, en outre, perdu de précieux tableaux de Hoggard, qui décoraient son cabinet.
Une fatalité incendiaire semble s'attacher à M. Anderson , cause fortuite de ce désastre; en 1844, il avait lui-même fait construire le théâtre of city Glascon', qui brûla douze mois après l'ouverture.
A propos des tbéâlres et des petits cabinets à 40 fr., toujours improprement appelés loges, il paraît qu'une commission fonctionne en ce moment pour le compte de la préfecture de police, afin de mettre en intordit les places fictives des loges réputées de six places, où
on tient deux mal à l'aise, plus les places fantastiques, d'où on ne voit pas du tout ce qu'on n'entend guère. — La commission, dit-on, se montre sévère dans son travail d'épuration. Un directeur a répondu, assure-t-on, aux interpellations de la commission . « Nous donnons toutes les bonnes places aux journalistes; il nous en Taut bien quelques mauvaises pour le public payant. »
Ceci me paraît d'une logique attendrissante. Il a été, d'ailleurs, constaté que le publie payant n'est jamais plus beureux que lorsqu'il est mal assis. — On proposait un jour à un directeur de faire rembourrer les fauteuils de son orchestre. — « On y dort déjà assez, répliqua-l-il ; il ne faut pas encourager davantage le sommeil du spectateur. »
Tout en me montrant très-reconnaissant de la sollicitude du gouvernement, je vote pour qu'on laisse les théâtres faire tranquillement leur trafic avec le public. C'est une industrie très-difficile el irèsobérée. Elle paye aux auteurs, ce qui est bizarre, des droits proportionnels sur des recettes généralement au-dessus des frais. Elle-paye encore des redevances écrasantes aux pauvres, qui ne vont jamais au spectacle qu'avec des billets donnés. A certains jours, il arrive que le public, affolé d'une pièce ou du museau d'une actrice, se fait tuer aux portes d"un théâtre, pour payer le droit d'aller s'asseoir sur une corniche du cintre : là est la compensation des mauvais jours où le public est si fort à l'aise. Notez que nous connaissons le caractère du Parisien, et que, le jour où vous lui aurez interdit les mauvaises places dans les théâtres, il dira : « Mais pourquoi m'empècher d'être mal assis quand c'est ma fantaisie ? »
D'ailleurs, il y a des choix à Paris, et chacun peut prendre ses aises et son loisir où il les trouve. Tenez, voici encore un concert qui va ouvrira l'hôtel d'Osmont, un concert dirigé par le Dis de ce grand Musard qui, il y a vingt-cinq ans, a fondé les récréations musicales dans la rue Vivienne.
Je ne vous recommande pas Je petit théâtre des Bouffes-Parisiens au point de vue de sa distribution; mais je n'hésite pas à dire que c'est peut-être celui où on s'amuse le plus.
Je ne parle pas des Deux Aveugles, charge classique consacrée par deux cents représentations, et qui fait en ce moment le tour de
l'Europe en traversant les Tuileries. — Je parle de l'ensemble, du genre facile et sans prétention de ces opérettes, où on ne s'épouse pas au dénoùment. — J'ai vu ces jours-ci une pochade intitulée : Êlodie, ou le Forfait nocLurne. — Il me semble qu'on ne vous en a pas assez parlé. — C'est tout simplement de la fanlaisie sublime. Jl y a \h un nommé Léonce, que j'avais déjà entrevu au Vaudeville, et qui me paraît, à l'heure qu'il est, le premier grotesque de Paris.
Je ne le recommande pas à M. Montigny, — pas même à M. Perrin, quoique Léonce chante l'opéra-comique. — Mais, si j'étais M. Uormeuil, j'irais me jeter aux. genoux de M. Léonce, et je lui dirais :
« Homme étonnant, voilà six mille francs, dis-moi des bêtises! — Tiens, voilà six mille francs de plus, — dis-moi encore plus de bêtises; — ravis-moi de tes accents; — enivre-moi de la slupidilé, et fais-moi rêver la béatitude réservée aux idiots!
Ce que je signale dans ce Léonce, c'est qu'il est bouffon par luimême, inlrinsèquemeiU, indépendamment du dialogue et du monologue. Il me fait crever de rire et je ne saurais dire pourquoi. — Va, liomme étonnant, génie inconnu ou méconnu! — L'envie et l'ignorance peuvent retarder ton avènement; mais tu triompheras de tous les obstacles; un jour, je te le prédis, tu porteras, en chef, et sans partage, la couronne et le sceptre des Jocrisses.
ISola bene. — M. Léonce n'est ni mon parent, ni mon allié, ni mon ami, ni mon abonné; je n'ai pas épousé sa sœur, et il ne m'a pas payé la moindre demi-lasse; je ne l'ai jamais vu et je ne lui ai jamais parlé; mais c'est un aimable insensé, et je me plais à lui rendre hommage.
Madame Desbrosses, l'ancienne sociétaire de l'Opéra-Gomique, qui fut, dans l'autre siècle, la petite Desbrosses, mais que nous n'avons jamais connue qu'à l'étal de duêgnc, vient de mourir. — J'aurais voulu finir par quelque chose de plus gai ; mais est-ce si triste, après tout, de mourir quand on louche à sa centième année, et qu'on laisse le souvenir dun talent qui a duré cinquante ans, et d'une humeur aimable et douce qui a duré un siècle?
CHRONIQUES PARISIENNES. 'iliî
Événement dynastique. — Perspective de fêtes. — Le carême et le momie.
— Les gonflements du luxe. — Question iulcrcssanle. — La femme de quarante-neuf ans. — La rosée orientale. — Balzac et le Chevalier Pons.
— Le paradoxe est de riiistoire. — M. Sauvaj];eot. — Une scie. — La comédie de société. — A quoi elle sert et à quoi elle pourrait servir. — Les danseuses en Portugal. — Comme quoi la Fiance est humiliée. — Une cantatrice anonyme. — Retour de la Rislori. — Le dernier tragédien. — La pièce de M. Ponsard et la Comédie-Française. — Porle- Sainl-Marlin : le Sang mêlé, drame. — Vaudeville : Calino. — Variétés : Madelon Lescaut.
20 mars.
L'événement dynastique attendu depuis plusieurs jours est accompli. — L'empereur a un fils. — Le canon l'a annoncée la France. — Le télégraphe l'a annoncé à l'Europe, et toute une perspective de fêles, de galas et de réjouissances s'ouvre devant nous. — Le printemps sera très-brillant à Paris. — On attend encore d'illustres visiteurs, entre autres les deux héritiers présomptifs des couronnes de Suède et de Danemarl;.
Pendant ce temps, les élégances parisiennes se partagent entre les préilicateurs du carême et les vanités du monde. — Les orateurs de la chaire ont fait, celle année, une campagne biblique contre les frénésies du luxe féminin. — La lilléralure sacrée a trouvé des images Irès-saisissanles contre les modes gonflées d'iniquilcs. — Les femmes ont bien compris de quoi il s'agissait, et elles hésitent un peu entre leur salut et la crinoline. — En allendanl, les femmes goiifleiil toujours à ce point, que la princesse de L... a paru dans le monde avec les paniers de nos grand'mcrcs. — L'âge devrait au moins modérer ces exagérations chez les femmes qui peuvent chauler : Adieu, pu-