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CHAPITRE II

Appétits.

La pie affective^ à ses plus bas degrés, se traduit par les besoins et les appétits.

Ce sont des élémentaires mouvements de la sensibilité qui servent uniquement la vie nutritive et assurent la conservation de l'individu. Ils échappent d'ordinaire à toute influence physique ou morale et sont invariablement réglés par les exigences de la nature, sous la dépendance de l'instinct. Ces besoins reviennent à des intervalles réguliers, sont

— 3o — IX et toujours précédés de peine et î plaisir.

ne et le plaisir sont deux sensations plexes qui font le désespoir des phi- , parce qu'elles sont plus faciles à • qu'à définir. On doit y voir les :s manifestations de la vie affective, it attachées aux besoins pour en assatisfaction et aussi pour en donner nesure. La sensation qui annonce le st une sorte de gêne anxieuse qui enir de la douleur si on ne le satisc'est comme le cri de la nature. Le ui accompagne l'apaisement de l'ap- : une sensation de bien-être qu'on je pas, mais qui signifie nettement la m des conditions de la vie nutri-

5t guère d'opération sensible qui ne )mpagnée de plaisir ou de peine. On du plaisir à manger un fruit mûr, à vin sucré ; on a de la peine à absorreuvage amer, à manger un œuf avaanciens donnaient volontiers au t nom de volupté qui en dit tout le

— 3i — charme ; Descartes et Bossuet parlent de cAatouillement . Au contraire, quand Timpression est mauvaise, les sens sont comme offensés.

Les besoins les plus communs et les plus réguliers sont ceux de manger et de boire : la faim et la soif. Ils s'annoncent par une véritable peine et ont leur terme dans le plaisir.

Les auteurs se sont efforcés de distinguer le besoin de la sensation^ sans arriver toujours à voir clair. Il est incontestable que Tappétit est si bien lié à la sensation qu'il en est inséparable. C'est ce que Bossuet a nettement établi dans une page qu'on nous permettra de citer :

« Leplaisir et la douleur, écrit-il, sont compris sous les sentiments ou sensations, puisqu'ils sont l'un et l'autre une perception soudaine et vive qui se fait d'abord en nous à la présence des objets agréables ou déplaisants, comme à la présence d'un vin délicieux qui humecte notre langue ; ce que nous sentons au premier abord, c'est le plaisir qu'il nous donne ; et à la présence d'un fer qui nous perce et nous déchire, nous ne ressentons rien plus

tôt ni plus vivement que la douleur qu'il nous

cause

« Il paraît que ces deux sentiments naissent en nous, comme tous les autres, à la présence de certains corps qui nous accommodent ou qui nous blessent. En efifet, nous sentons de la douleur quand on nous coupe, quand on nous pique, quand on nous serre, et ainsi du reste ; et nous en découvrons aisément la cause, car nous voyons ce qui nous serre et ce qui nous pique; mais nous avons d'autres douleurs plus intérieures, par exemple, des douleurs de tête et d'estomac, des coliques et d'autres semblables. Nous avons la faim et la soif^ qui sont aussi deux espèces de douleurs. Ces douleurs se ressentent au dedans, sans que nous voyions au dehors aucune chose qui nous les cause ; mais nous pouvons aisément penser qu'elles viennent des mêmes principes que les autres, c'est-àdire que nous les sentons quand les parties intérieures du corps sont picotées ou serrées par quelques humeurs qui tombent dessus, à peu près de même manière que nous les voyons arriver dans les parties extérieures.

Ainsi, toutes ces sortes de douleurs sont de la même nature que celles dont nous apercevons les causes, et appartiennent sans difficulté aux sensations. » (i)

Nous nous rangeons volontiers à l'opinion de Bossuet, mais nous devons dire que son explication de l'appétit est faible. Nous ne faisons pas difficulté d'ailleurs d'ajouter que le xx^ siècle n'est pas plus avancé que le dix-septième et que nous ignorons complètement le mécanisme physiologique de la faim et de la soif.

Du plaisir à la passion^ la transaction se fait graduellement et fatalement si la raison n'intervient pas. La satisfaction des appétits ramenant toujours le plaisir, la sensibilité apprécie de plus en plus l'objet agréable et cherche à s'unir à lui : c'est le désir. A son tour le désir devient habituel et cherche à s'assimiler Tobjet plaisant : c'est Vamour. Des mouvements contraires se succèdent quand la sensibilité est désagréablement aifectée : la peine fait place à Vaversion et à la haine. La

(i) Connaissance de Dieu et de soi-même^ chap. I, parag. 2.

passion est toujours le terme dans Tun et l'autre cas.

Mais, si la joie et la tristesse ont ainsi des liens avec le plaisir et la douleur^ il faut se garder de les confondre ensemble. « Ces choses, dit encore Bossuet, se suivent de près, et nous appelons souvent les unes du nom des autres; mais plus elles sont approchantes et plus on est sujet à les confondre, plus il faut prendre soin de les distinguer. Le plaisir et la douleur naissent à la présence effective d'un corps qui touche et affecte les organes; ils sont aussi ressentis en un certain endroit de'terminé; par exemple, le plaisir du goût, précisément sur la langue, et la douleur d'une blessure, dans la partie offensée. Il n'en est pas ainsi de la joie et de la tristesse, à qui nous n'attribuons aucune place certaine. Elles peuvent être excitées en l'absence des objets sensibles, par la seule imagination ou par la réflexion de l'esprit. On a beau imaginer et considérer le plaisir du goût et celui d'une odeur exquise, ou la douleur de la goutte, on n*en fait pas naître pour cela le sentiment. Un homme qui veut exprimer le mal

que lui fait la goutte ne dira pas qu'elle lui cause de la tristesse, mais de la douleur; et aussi ne dira-t-il pas qu'il ressent une grande joie dans la bouche en buvant une liqueur délicieuse, mais qu'il y ressent un grand plaisir. Un homme sait qu'il est atteint de ces sortes de maladies mortelles qui ne sont point douloureuses ; il ne sent point de douleur, et toutefois il est plongé dans la tristesse. Ainsi ces choses sont fort différentes. » (i)

L'appétit ne se confond pas avec la passion, mais, comme elle, il est susceptible de subir l'action et la domination des facultés psychiques. L'esprit a prise sur la matière : mens agitât inolem. Tous les besoins naturels peuvent être régentés par la réflexion et la volonté et éprouver d'étranges transformations. La puissance de l'énergie morale s'accuse là d'une manière remarquable : elle arrive à diminuer, à exagérer, à supprimer même les appétits en apparence les plus impérieux de l'organisme. C'est ainsi qu'on peut limiter la faim et la soif ou leur donner

(i) Op. cit.

une force et un empire démesurés. Le viveur ne connaît que son estomac et se livre aux excès de la table ; l'homme sobre tempère sa faim, le religieux la combat et jeûne. Plusieurs même, par désespoir, par genre ou pour faire honneur à un pari, observent une abstinence complète de plusieurs jours ou même de plusieurs semaines (i).

Comment expliquer ces métamorphoses deTappétit? C'est Tintelligence qui les inspire et c'est la volonté qui en fait tous les frais. L'appétit est accaparé en quelque sorte par la faculté psychique et subordonné au but qu'elle poursuit. Si la faim par exemple est regardée comme le moyen d'entretenir la vie et la santé, elle est retenue dans les bornes légitimes ; elle est réprimée plus ou moins entièrement, si sa satisfaction apparaît comme un obstacle à une fin supérieure ; enfin si la passion y fait voir la réalité d'un but et l'attrait du plaisir, on ne vit plus que pour manger et on tombe dans la pire gourmandise. Comme on le voit, l'homme est capable

(i) Cf. Dr s., La Morale, t. III.

de s'abandonner à la passion, de dévier les appétits et de renverser l'ordre de la nature même. C'est à la raison qu'il appartient de gouverner sa vie et de la guider dans la voie du bien en prévenant tous les écarts.

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