‹ La vie affectiveChapitre 7 sur 23 · JO · texte numérisé non relu

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moins dangereuses dans Vordre physique que dafis Vordre moraL Les lois de la nature et les instincts, les penchants primitifs, par lesquels elles se font connaître aux êtres sensibles, ont un but parfaitement arrêté, une mesure précise et une fin invariable; tels sont, par exemple, les appétits qui dirigent la vie de l'animal (i). Les passions, non moins éU^angères à V animal que les désirs (2), n'admettent ni fin, ni trêve, ni obstacle ; elles nous emportent dans leurs mouvements furieux jusqu'à ce qu'elles nous brisent. Ainsi que le feu, sous l'image duquel on les a représentées souvent, elles n'abandonnent leur proie qu'après l'avoir consumée. » (3)

Tels sont, en effet, les déplorables effets

(i) Ces appétits ne sont et ne peuvent être que les passions, Ti'^ S.

(2) Cette grav.e erreur, inspirée de Tautomatisme cartésien, ne tient pas devant l'expérience. L'animal a des penchants, des désirs, des passions comme nous; mais il n*a ni l'intelligence, ni la volonté, ni même l'imagination féconde de l'homme qui donnent aux mouvements du cœur une si large extension et une si redoutable puissance. D^ S.

(3) Art. Passions^ Dict, sciences philos., 2« éd., p. 1264.

des passions, quand elles sont déchaînées; mais elles ont des effets tout contraires quand elles sont soumises à la raison. On connaît les désordres des passions, on s'accorde à les condamner; mais on sait aussi le rôle utile, indispensable de ces mouvements de notre nature sensible, on sait encore l'impossibilité radicale de les éteindre dans leur source. Il n'est pas permis d'ailleurs de rejeter en principe et de condamner les passions, car, au rang qu'elles occupent normalement, sous la direction que doit leur imposer la raison, elles constituent la vie même de l'homme et concourent à son évolution et à son perfectionnement. On ne peut pas plus supprimer ces nécessaires mouvements de la sensibilité que les battements du cœur ou les inspirations du poumon : ils font partie intégrante de l'organisme, mais sont exposés à s'altérer comme tous les éléments de la vie de relation. Les excès passionnels ne sont pas plus les passions que les sophismes ne représentent le jugement : ce sont des erreurs et des fautes qu'une sage direction doit prévenir, qu'une énergique volonté peut redresser.

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Les passions sont faites pour servir la raison, non pour l'asservir; et, si l'oubli de cette vérité est trop fréquent pour l'honneur et dans l'intérêt de Thumanité, il ne change rien à la nature des choses qu'il nous a paru utile de nettement établir avant d'aller plus loin dans notre étude.

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