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CHAPITRE VI

Origine des passions.

Les passions diversifiées qui agitent le cœur et conduisent la vie sensible ne sont pas aussi étrangères les unes aux autres qu'elles le paraissent à première vue, et il est facile avec un peu d'attention de saisir leur commune filiation. Il y a longtemps que les auteurs les ont exactement analysées et ramenées à leur principe ; et, pour montrer ici l'unité de la nature vivante sous la variété de ses phénoniènes, il nous suffira de suivre un maître très autorisé, saint Thomas d'Aquin,

Les passions de l'appétit irascible, nous

l'avons vu, dérivent nettement des passions de l'appétit concupiscible qui leur fournissent leur point de départ et leur terme. Il reste donc à établir Torigine de ces passions qui sont non seulement antérieures, mais incontestablement supérieures aux premières, et c'est là une tâche simple et facile.

Le bien exerce une action attractive, le mal une action répulsive sur les mouvements de l'appétit concupiscible.S'agit-ild'unbien,ilopèresur Tappétit et détermine la passion : il apparaît d'abord comme proportionné et convenable au sujet, et c'est pour Vamour l'occasion de naître. Mais l'amour engendre le désu% et le désir aboutit à son loxiv^Xdi délectât ion dans le bien conquis et possédé.

Le mal a des effets tout opposés, il produit nécessairement la haine ou V aversion^ la fuite, enfin la douleur ou la tristesse s'il faut le subir.

Voilà six passions en mouvement ; mais il ne faut pas les mettre sur le même pied ni les croire également primordiales. Le bien est antérieur et supérieur au mal : il domine la scène dans la vie affective. Le mal n'est-il pas

uniquement la privation du bien ? Aussi les passions qui se rattachent au bien sont-elles antérieures à celles qui se rapportent au mal : l'amour est antérieur à la haine, le désir à l'aversion, la délectation à la douleur. Il n'y a pas de haine sans amour ; et à ce point de vue il faut bien reconnaître que la haine, l'aversion et la douleur ont leur origine et leur raison d'être respectivement dans l'amour, le désir et la délectation. Voilà les trois passions primordiales qui expliquent toutes les autres.

Mais ces trois passions elles-mêmes sontelles irréductibles? Il faudrait ne pas s'en rendre compte pour le croire ; car la délectation naît du désir, et c'est toujours l'amour qui engendre le désir.

Comme le dit très bien saint Thomas, «c'est de l'amour que partent et la délectation, et le désir, et la tristesse, et par conséquent toutes les autres passions ; par suite toute action qui résulte d'une passion quelconque procède aussi de l'amour, comme de sa cause première; par suite toutes les autres passions sont de cause prochaine et n'ont qu'une in-

e secondaire. » (i) C'est la doctrine que et a très heureusement adoptée et déveî dans une page citée partout, ous pouvons dire, écrit-il, si nouscon- Ls ce qui se passe en nous-mêmes, que utres passions se rapportent au seul

* et qu'il les enferme ou les excite toua haine qu'on a pour quelque objet ne jue de l'amour qu'on a pour un autre. Je is la maladie que parce que j'aime la Je n'ai d'aversion pour quelqu'un que qu'il m'est un obstacle à posséder ce que . Le désir n'est qu'un amour qui s'étend iqu'iln'apas,commelajoieestunamour Lttache au bien qu'il a. La fuite etla trisont un amour qui s'éloigne du mal par il est privé de son bien et qui s'en afflige, ace est un amour qui entreprend, pour 1er l'objet aimé, ce qu'il y a de plus e; et la crainte, un amour, qui, se t menacé de perdre ce qu'il recherche, )ublé de ce péril. L'espérance est un

* qui se flatte qu'il possédera l'objet

9m. théoL, 1* a*, q. xxxviii, a. 6, ad. 2.

aimé; et le désespoir est un amour désolé de ce qu'il s'en voit privé à jamais, ce qui cause, un abattement dont on ne peut se relever.

La colère est un amour irrité de ce qu'on veut lui ôter son bien, et s'efforce de le défendre. Enfin, 6te^ Vamour^ il n'y a plus de passion ; et pose^ l'amour, vous les faites naître toutes. » (i)

L'amour est donc la première des passions, celle à laquelle se ramènent toutes les autres. Bien plus, c'est le ressort de toute activité, le moteur universel, comme l'explique très bien saint Thomas : «Tout être, dit-il, agit en vue d'une fin, soit qu'il la connaisse explicitement, soit qu'elle l'attire sans qu'il la connaisse, et parce que l'Auteur de la nature le dirige secrètement vers cette fin. Or, pour tout être, la fin est le bien désiré et aimé. Il est donc manifeste que tout agent, sans exception, fait tout ce qu'il fait par un principe d'amour. » (2)

L'amour est la loi universelle : il est au fond de tout être. La haine qu'on suppose si

(i) Op. cit,

(2) Sont. theoL^ i* 2® q. xxviii, a. 6. c. et ad. i.

, si puissante n'est qu'à la surface, imour que Dieu a créé toutes choses, osé en chacune de ses créatures un l'amour qui l'actionne et la pousse bien propre. Plus on aime et plus lé est parfait, plus on est fort. C'est toutes les amours de la terre, même a patrie et de Thumanité, sont eniculières, débiles et inférieures. Un ir est grand et universel, assez élevé imais déchoir, c'est l'amour du vrai, : du bon, c'est pour tout dire l'amour

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