‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 24 sur 91 · LE « BOOM » D UNE VILLE DE MANDE · texte numérisé non relu

LE « BOOM » D UNE VILLE DE MANDE

hésitation, bâtissant à une extrémité, tandis que l'autre brûlait encore. » C'est là, en effet, que le go ahead américain, l'idée d'aller toujours de l'avant, sans regrets inutiles, sans récriminations, avec une vue de l'avenir pleine de hardiesse et de calme , atteint son maximum d'intensité. On ne peut s'empêcher, quels que soient les préjugés que l'éducation vous ait inspirés, de ressentir une sincère admiration pour une aussi superbe conûance.

Cette conûance a deux sources, l'énergie personnelle des Américains et leur habitude du succès; c'est pourquoi elle est plus forte là où le succès a été particulièrement éclatant, plus forte dans les villes de viande de l'Ouest que dans les centres déjà anciens de l'Est, plus forte à Chicago qu'en aucun autre endroit.

Je n'ai pas l'intention de présenter à mes lecteurs l'histoire complète de Chicago, je vais seulement essayer de leur donner, par quelques faits, l'idée de l'importance et delà rapidité de son boom.

Et d'abord, il est bon de rappeler que Chicago a été complètement détruite en octobre 1871 par un incendie terrible ; une seule maison que l'on montrait encore en 1890, échappa aux flammes. L'étendue du sinistre s'explique d'ailleurs par la rapidité inouïe avec laquelle le feu se communiquait. C'est vers neuf heures du soir que les premières lueurs de l'incendie parurent au nord de la ville ; à cette époque , le service des pompiers n'avait pas atteint le degré de perfection auquel il a été porté depuis; néanmoins on était habitué à voir souvent le feu se déclarer dans les maisons de bois qui composaient presque entièrement Chicago, sans qu'il s'ensuivît un désastre général, et, sauf dans le voisinage immédiat, personne ne s'émut outre me-

sure. Un témoin oculaire m'a raconté qu'habitant un quartier éloigné, il avait aperçu de la flamme au nord et s'était allé coucher sans appréhension; vers minuit, un policeman venait frapper à sa porte pour l'avertir que le feu s'avançait avec une effrayante rapidité ; en effet, un vent furieux, tel que l'Amérique seule les connaît, poussait l'incendie sur le centre de la ville et faisait craindre un embrasement universel ; cependant le foyer se trouvait encore à un mille au moins et M. W... voulut profiter du délai que cette distance paraissait lui assurer pour aller porter secours à une JTamille amie; une heure après, il revenait chez lui et trouvait sa maison en flammes; au bout de vingtquatre heures, la ville entière brûlait.

Des morts sans nombre et des ruines complètes furent le résultat de ce sinistre colossal ; Chicago comptait à ce moment environ trois cent soixante mille âmes et il fallut toute la générosité des Américains pour empêcher tant de familles jetées hors de chez elles et privées momentanément de tout moyen d'existence de mourir de faim et de froid. Des trains entiers de vivres et de vêtements arrivaient de tous côtés ; Chicago n'était plus qu'un vaste bureau de bienfaisance (1).

(1) Monsieur Edward G. Mason, président de la Chicago Historical Society, a bien voulu me communiquer la Proclamation faite par son père, R. B. Mason, alors maire de Chicago, au moment même où le ftu achevait son œuvre dans l'après-midi du 9 octobre 1871. Ce document, dont l'original, écrit au crayon, est conservé à la société historique de Chicago, fut rédigé à la suite d'un meeting spontané de quelques citoyens soucieux du maintien de l'ordre. En voici la traduction.

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