‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 26 sur 91 · LE « BOOM » DUNE VILLE DE VIANDE · texte numérisé non relu

LE « BOOM » DUNE VILLE DE VIANDE

lions. On a fait, défait et refait des fortunes énormes dans le real estate et le mouvement d'agrandissement de la ville se continue toujours.

Il est facile de comprendre d'ailleurs que l'habitude américaine de s'installer isolément fasse prendre aux villes des proportions gigantesques, et augmente ainsi la sphère de la spéculation. A cinq ou six kilomètres du centre de Chicago, on est encore sur des terrains de ville.

Toutefois, c'est dans les quartiers d'affaires que se font les plus beaux coups, parce que la valeur plus grande du terrain permet de plus grandes variations et un gain plus fort.

La grande maison de librairie Rand Mac-Nally and C* reconstruisait son immeuble en 1890 sur des terrains qu'elle avait achetés au prix de 2.000 francs le pied-front; avant d'avoir commencé sa construction, elle aurait pu les revendre 4.000 francs le pied-front, c'est-à-dire le double.

Cette mesure du pied-front, qui surprendra peut- • tre mes lecteurs au premier abord, est celle dont on se sert toujours dans l'Ouest pour les marchés de terrains de ville. Elle s'applique seulement à la longueur du côté en façade; en général les lots sont divisés en longueurs de vingt-cinq pieds sur une profondeur variant de 100 à 150 pieds. Le pied-front représente donc un rectangle ayant 100 à 160 pieds d'un coté et un pied de l'autre. Ainsi, en supposant au terrain acquis par MM. Rand Mac-Nally and C** une profondeur de 150 pieds, qui est la profondeur maximum, le pied-front payé 2.000 dollars aurait une superficie de 13 métrés carrés et reviendrait à 148 dollars ou 769 fr. 60 le mètre carré. Mais il se fait des ventes à

un prix beaucoup plus élevé et j'ai entendu citer des terrains qui avaient atteint 60.000 dollars le pied-front, soit, en supposant la profondeur maximum de 150 pieds, 3.848 francs le mètre carré.

Il y a ceci de particulier en Amérique que beaucoup de villes renferment des terrains de cette valeur. Dans ce moment-ci , nous n'avons pas à nous occuper des centres commerciaux ou industriels de l'Est, tels que New- York, Boston, Philadelphie, Pittsburgh, etc. Mais sans abandonner les cités de l'Ouest, fondées sur le commerce du bétail, nous relèverons des faits similaires à ceux que Chicago nous a déjà présentés.

Kansas City, tout particulièrement, a boomé depuis trente ans d'une manière fort remarquable. En 1860, elle comptait huit mille habitants ; elle en a aujourd'hui plus de deux cent mille , et l'importance des affaires y est telle que , dans le centre de la ville , sur Delaware Street, le pied-front se vend 2.500 dollars avec une profondeur de 90 pieds seulement, soit 1.601 fr. 60 le mètre carré. On se rendra compte de Tardeur de la spéculation sur les terrains par le fait suivant. La plus grande maison de nouveautés de Kansas City, se trouvant à l'étroit dans l'immeuble qu'elle occupait, cherchait à acquérir un nouveau terrain pour s'y établir. Or il y avait dans Walnut street, entre la dixième et la onzième rue , un espace assez grand pour exécuter ce projet. Les propriétaires voisins, jugeant que la construction d'un magasin bien achalandé donnerait à leurs lots une grande plus-value, s'empressèrent de se syndiquer et offrirent aux chefs de la maison une somme de 100.000 dollars (520.000 francs) s'ils voulaient bien se décider en faveur de cet emplacement; cet encouragement n'était pas à dédaigner et l'affaire fut conclue.

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