‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 27 sur 91 · LE « BOOM » D UNE VILLE DE VIANDE · texte numérisé non relu

LE « BOOM » D UNE VILLE DE VIANDE

Il est arrivé seulement à Kansas City ce qui arrive presque toujours lorsqu'une ville américaine se met à boomer. La spéculation ne se contente pas d'exploiter la plus-value réelle que le développement des affaires donne aux lots de ville, elle escompte l'avenir avec trop de rapidité et amène une inflation, un enflement artificiel fertile en surprises. Un beau jour, on s'aperçoit qu'on a marché trop vite, et il se produit un arrôt brusque qui fait tomber les prix d'un tiers ou d'une moitié. Il faut alors trois ou quatre années de progrès normal pour rattraper le mouvement, et tous \Qsreal estate men qui ne peuvent pas attendre le retour des anciens prix tirent la langue très piteusement; à les en croire , le commerce est dans le marasme , ils voient noir en toutes choses et gémissent sur leur propre infortune comme si elle était générale. Néanmoins, pendant ce temps-là , les packing houses augmentent leur production , les stock rjards ne désemplissent pas et la ville poursuit sa marche en avant; seuls, quelques spéculateurs se trouvent ruinés pour avoir voulu aller plus vite que les violons.

Ainsi ceux qui avaient acquis des terrains dans certaines suburbs vers 1886, avec l'espoir d'une prompte vente à gros bénéfice, se trouvent fort désappointés. J'ai entendu les plaintes améres d'un saloon-keeper (patron de café), qui avait refusé 5.000 dollars l'acre (Tune petite propriété située à 4 ou 5 milles du centre de la ville ; aujourd'hui , il ne trouve plus que 1 .500 dollars et regrette de s'être montré jadis trop ambitieux, lin ville, la baisse est moins forte, mais certains lots qui ont valu 700 dollars le pied-front n'en valent plus que 400. D'autre part, quelques lots ont continué à monter malgré la baisse générale , grâce à une situa-

tion particulièrement favorable. Dans les environs de Troost avenue, au coin de Lydia avenue et de la 22® rue, un terrain acheté 35 dollars le pied-front, il y a quatre ans, vaudrait aujourd'hui de 80 à 100 dollars, seulement il se fait peu de transactions.

Aux heureuK jours du boom, on aurait considéré d'ailleurs de pareils bénéfices comme minces. On s'enrichissait en quelques mois quand on avait la main heureuse, et les victimes de la situation actuelle ne manquent pas de vous conter comment tel ou tel a gagné une fortune considérable par spéculation pure. On me montre sur Troost avenue de jolies maisons occupées par ces heureux joueurs ; celui-ci, par exemple, est arrivé à Kansas City avec un capital de 10.000 dollars et a gagné des millions. Il achetait par option, c'est-à-dire que, lorsqu'un lot lui paraissait avoir de l'avenir, il faisait souscrire au propriétaire une promesse de vente pour un prix déterminé , se mettait en quête d'un acheteur, passait marché pour une somme plus forte et empochait la différence. Il réalisait parfois de cette manière en quelques jours un gain de 200 et 300 p. 100.

On comprend ces énormes bénéfices et la prodigieuse hausse des terrains, quand on voit les banques luxueuses, les hôtels énormes, les business buildings (bâtiments d'affaires) à quinze étages qui s'y sont construits.

Tout cela d'ailleurs , c'est le commerce du bétail et la mise en valeur des terres de culture qui l'a produit. Les banques font principalement des prêts hypothécaires (mortgages). Un ranchman n'a pas toujours l'argent nécessaire pour acheter les bestiaux maigres qu'il est en mesure d'engraisser. Il court à la banque et

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