‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 33 sur 91 · LA FERME-RECLAME · texte numérisé non relu

LA FERME-RECLAME

cain, si vous me trouviez un acheteur, et je vous abandonnerais volontiers une forte commission. » Je n'ai point cherché ni trouvé d'acheteurs, mais un jour ou l'autre il en viendra un, et M. F... se frottera les mains de ne plus perdre d'argent sur sa ferme.

On ne peut pas jouir, en effet, d'une propriété dans le Far West, comme on jouit en France d'une ferme de Beauce ou de Brie, en en touchant les revenus chez son notaire. Si les fermiers de la Beauce et de la Brie trouvaient à leur portée de bonnes terres sans maître, il est bien certain qu'ils ne s'amuseraient pas à cultiver celles qui leur sont louées à prix d'argent; or, il y a des masses de terres vacantes aux États-Unis , par conséquent il ne saurait y avoir des grands fermiers.

D'autre part, la grande culture en régie ne peut pas dépasser certaines limites; nous avons vu plus haut comment, sur son ranche d'engraissement de 5.000 acres, M. A... était amené à diviser l'exploitation qu'il avait d'abord essayé de centraliser. Le même phénomène se produit, mais avec plus d'intensité, sur les farms; là aussi, il faut payer les ouvriers très cher; là aussi on éprouve des difficultés insurmontables à se les attacher, mais en plus on a besoin d'une maind'œuvre plus considérable et d'une surveillance plus compliquée. L'avenir fera donc justice de ces fermes mammoih qu'on a déjà tant de peine à découvrir; non seulement elles sont un fait exceptionnel, mais elles sont aussi un fait temporaire y la meilleure preuve en est qu'on ne les trouve plus dans les contrées mises en culture depuis vingt ans. J'ajoute que, sur la Dalrymple'farm, il y a en fait plusieurs centres d'exploitation, chaque espace de 3.000 acres ayant des bâtiments séparés.

YIE AMÉRICAINE. 7

En ce qui concerne les charrues à vapeur, je dois dire que j'ai été moins heureux encore dans mes investigations; je n'en ai jamais vu une seule en service. Bien entendu, je suis loin d'affirmer qu'il n'y ait personne à en faire usage, je n'ai pas la prétention d'avoir visité toutes les fermes de l'Ouest, mais il faut tout au moins qu'elles soient peu répandues. Un journaliste du Kansas m'avait assuré, au début de mon enquête, que ces charrues, fort usitées au Dacotah, disait-il, pouvaient donner une façon à un acre de terre, moyennant une dépense de 40 cents, tandis que la même façon sur le même espace revenait à 2 dollars avec une charrue à chevaux ou à bétail; j'avais religieusement consigné sur mes notes cette précieuse indication, mais la franchise m'oblige à reconnaître qu'on m'a fortement ri au nez quand je l'ai servie aux colons du Dacotah. Ceux-ci, sans me fournir de chiffres aussi précis, m'ont dit tout simplement qu'on avait essayé les charrues à vapeur, et qu'on les avait abandonnées parce qu'elles ne donnaient pas de bons résultats, they did not prove successful.

Or les charrues à vapeur allaient toujours de pair avec les fermes mammoth dans les récits plus ou moins fantaisistes que j'avais recueillis çà et là; de tout cela, il n'y a à retenir qu'une seule chose, c'est que les lanceurs de chemins de fer savent bien manier la réclame aux États-Unis et que les colons , attirés par leurs boniments de culture à la vapeur, défoncent la prairie avec des charrues à chevaux.

Lorsqu'en traversant les plaines sans limites du Dacotah, on voit, au milieu de grands espaces cultivés, une large bande de terres vierges , on peut être à peu près sûr que cette large bande est encore entre les

mains de quelque capitaliste plus ou moins étroitement lié au chemin de fer voisin; c'est principalement sous cette forme négative que la ferme mammotk se révèle en général.

Quand on désire se rendre compte de la manière dont sont réellement cultivés le blé et le maïs qui envahissent notre marché , ce n'est donc pas sur ces propriétés qu'il faut asseoir son observation, mais sur celles qui forment le type dominant.

C'est dans le Dacotah principalement que se trouvent les grandes fermes à blé. Elles méritent d'être visitées avec soin, car elles offrent un sérieux intérêt, non pas seulement au point de vue purement agricole, mais aussi à cause de l'élément supérieur dont elles accusent la présence dans la population.

Môme dans ces larges plaines, le petit daim de 160 acres domine; c'est le seul que puissent constituer la plupart des émigrants ; mais il y a aussi bon nombre de fermes de 2.000 à 3.000 acres, possédées par des colons arrivés dans le pays avec des capitaux.

Presque toujours ces colons sont des Américains ; on peut voir sur les ranches déjeunes Français ou déjeunes Anglais de famille; sur les fermes importantes, je dois dire que je n'en ai jamais trouvé; le grand propriétaire de l'Ouest vient neuf fois sur dix des États de l'Est; c'est un Yankee qui s'est fait, momentanément peut-être, agriculteur, mais qui occupe dans le nouveau territoire une place exceptionnelle. Au milieu des émigrants allemands ou Scandinaves, c'est lui qui maintient la nationalité américaine et l'impose au

112 RANCHES, FERMES Eï USINES.

groupe naissant; mais laissons là ces considérations générales, je me propose de conduire mes lecteurs dans quelques-unes de ces grandes fermes ; ils se rendront compte par eux-mêmes de leur importance et de Faction qu'exercent leurs possesseurs.

Un jour, obligé de rester à Moorhead, dans la vallée de la Rivière Rouge, par suite de Torganisation défectueuse des trains de voyageurs, je m'informais, auprès du propriétaire de l'hôtel où j'étais descendu, des exploitations du voisinage; par une de ces coïncidences assez ordinaires aux États-Unis, cet hôtelier était aussi un f armer et il me guida fort utilement dans mes recherches ; tout en causant avec moi , il avait téléphoné à la livery stable ^ et, au moment où nous achevions de fixer mon itinéraire , un petit buggy s'arrêtait devant la porte de l'hôtel. Je n'avais plus qu'à y monter, à faire un mille au Nord, puis deux milles à l'Est, puis de nouveau un demi-mille au Nord, pour arriver à la ferme de M. Shribner, un cultivateur modèle , me disait-on.

Rien n'est facile comme de trouver son chemin dans ces grandes plaines sans arbres, exactement divisées en carrés d'un mille de côté, avec un chemin entre chaque carré.

En arrêtant mon buggy dans une large cour entourée de bâtiments et de barrières, je demandai donc avec un certain aplomb et comme un homme sûr de son fait : « C'est bien ici, n'est-ce pas, la ferme de M. Shribner? — Oui. — Je désirerais parler à M. Shribner. — Ohl ne savez-vous donc pas qu'il est mort il y a six mois? » Cette réponse me refroidit, l'hôtelier avait oublié de me donner ce détail et force me fut d'avouer que je n'étais pas des amis particuliers de M. Shribner,

mais que la grande réputation de sa ferme m'avait seule déterminé à la visiter; pendant ce temps, j'attachais mon cheval à un des poteaux disposés à cet effet et je tirais de ma poche mon carnet de notes. Un Américain est toujours favorablement impressionné par la vue de cet objet : habitué à Vinterview et au reportage, il y voit des moyens de réclame puissants et s'y prête toujours de bonne grâce; à ce point de vue, la tâche de l'observateur est facile, jamais il ne se trouve en butte, comme en Europe, à la méfiance soupçonneuse du paysan et reçoit partout bon accueil. Cela se comprend aisément d'ailleurs ; le paysan vivant sur son domaine n'a besoin de personne et redoute le Monsieur qui l'interroge. « C'est sans doute, se dit-il, pour faire augmenter mes impôts qu'il demande tout cela. » Au contraire, l'Américain a besoin qu'on parle de lui; il y a tout avantage ; si les terres voisines se peuplent d'émigrants attirés par son récit, il pourra vendre la sienne avec un bon profit et aller créer ailleurs une autre installation; loin de craindre l'envahissement de l'étranger, il l'appelle de tous ses vœux.

Le Scandinave en face duquel je me trouvais ne fit donc aucune difliculté de répondre à mes questions et de me montrer la ferme de feu son maître. La famille de M. Shribner était d'origine allemande, comme l'indiquait d'ailleurs la consonance germanique de son nom, mais il venait de la Pensylvanie, c'était un Américain. A son arrivée au Dacotah , il y a environ douze ans, il avait acquis 700 acres de terre (280 hectares) dans le voisinag:e immédiat de la ville, et les avait revendus 234.000 francs dans un moment de boom; c'est alors qu'il avait créé l'installation nouvelle que je visite aujourd'hui; celle-ci est beaucoup plus i m-

portante, elle s'étend sur trois sections et demi, soit 896 hectares, et M. Shribner l'estimait 416.000 francs y , compris le bétail et les machines nécessaires à l'exploi- ' tation.

La surface entière de la ferme a été défrichée , nous sommes donc bien en présence d'une véritable culture ; les 600 acres (240 hectares) de prairie qui s'y trouvent ont déjà porté du blé; c'est de la terre qui se repose et non plus la prairie naturelle où broutaient jadis les bisons.

La charrue dont on se sert pour les labours est une gang plough ou charrue h deux socs ; elle ouvre deux sillons à la fois et il faut cinq chevaux pour la traîner: quant à l'homme qui la dirige , il est tranquillement assis sur un petit siège de fonte, semblable à ceux que l'on voit en France aux faucheuses, moissonneuses, etc. Il ne peine pas de tout le corps comme le laboureur européen, courbé sur le sillon qu'il trace, mais se promène avec ses cinq chevaux au milieu d'une vaste plaine, sans autre effort physique que celui de régler, au moyen d'un levier placé à portée de sa main droite, la profondeur du labour. Aussi n'est-il pas besoin d'un long apprentissage technique ni d'une grande habitude des travaux de la terre pour labourer un champ du Dacotah; comme tout travail vraiment américain, c'est un travail que presque tout le monde peut faire.

De même on sème à la machine, on moissonne à la machine, on fauche à la machine. La parfaite horizontalité du terrain se prête fort bien à son emploi et la cherté de la main-d'œuvre l'exige. Sur la ferme de M. Shribner, on n'a d'ordinaire que 10 à 12 hommes , payés environ 130 francs par mois pendant la saison des travaux et seulement moitié, de décembre à avril.

Toutefois la moisson, le battage, les fauches, exigent un personnel plus nombreux, et on prend, pendant deux ou trois mois chaque année, une vingtaine d'ouvriers temporaires. Ceux-ci sont payés de 7 à 10 francs par jour, et tout ce monde vit à la ferme.

On voit qu'une exploitation de ce genre exige de la part de celui qui la conduit, en plus d'un fonds de roulement sérieux, des qualités personnelles de direction.

Si l'année est bonne , on récolte de 20 à 30 bushels de froment à l'acre, soit 17 à 25 hectolitres à l'hectare; en 1889, Shribner a eu 20.009 hectolitres, ce qui lui assurait un joli bénéûce; mais, lorsque le printemps est sec, le blé ne pousse pas ou pousse mal et les frais considérables de la culture se font en pure perte.

11 y a, en effet, dans l'agriculture du Dacotah, un aléa énorme, c'est la sécheresse. Cette grande plaine, ouverte à tous les accidents atmosphériques, fort éloignée de la mer et des montagnes, jouit d'un climat 1res continental. Les hivers y sont d'une rigueur extrême ; il n'est pas rare de voir le thermomètre descendre à 40 degrés centigrades au-dessous de zéro, et la neige, balayée par le vent, ne couvre pas le sol d'une épaisseur suffisante pour que les semences >oient garanties de la gelée. Aussi ne cultive-t-on que des blés d'été, et encore n'est-ce pas en mars qu'on les sème, mais en mai; il suit de là que le grain reste en terre pendant trois mois seulement. Au moment où on l'y met, le dégel fournit un peu d'humidité et favorise sa germination, mais si aucune pluie ne vient aider à sa croissance, il dépérit et meurt; tout dépend donc du temps qu'il fera pendant cette courte période de trois mois, et je ne crois pas qu'il soit au monde

un pays où on parle avec autant d'intérêt de la pluie ou du beau temps. Les journaux publient des dépêches triomphantes dès qu'une averse tombe sur quelque point : « Grande joie des fermiers. La récolte est assurée, etc. » En effet, la pluie est comme une réjouissance publique; chacun s'aborde d'un air radieux, les fermiers, parce qu'ils voient déjà le blé tomber sous leurs moissonneuses; les marchands, parce qu'ils écouleront leurs stocks; les banquiers, parce qu'on leur paiera leurs intérêts; les spéculateurs, parce que les terrains monteront; tout le monde, en effet, vit directement ou indirectement de la culture dans ce pays-là; tout le monde dit comme les paysans, quand ils ont souhaité la pluie pendant longtemps : « Ohl monsieur, c'est de l'argent qui tombe I »

La vallée de la Rivière Rouge passe pour être moins exposée que les autres parties du Dacotah à l'ardeur de la sécheresse et la récolte y est plus régulière qu'ailleurs, mais on me cite certains comtés dans lesquels une année sèche a produit des récoltes variant de zéro à quatre hectolitres à l'hectare.

Lorsque cela se produit, il n'y a pas seulement souffrance de la part des agriculteurs, mais, pour beaucoup, c'est un désastre. D'ailleurs aucune compensation n'est possible, car, dans l'agriculture du Dacotah, le froment constitue en général le seul produit vendable, le seul revenu; chez M. Shribner on a bien fait l'an dernier, en plus du froment, un millier d'hectolitres d'orge et à peu près autant d'avoine, mais les chevaux ont consommé tout cela. Il en faut une cinquantaine, en effet, pour le service de la culture.

Cependant, M. Shribner avait essayé d'échapper

autant que possible à ce gros danger de voir chaque année son bénéûce à la merci d'une averse. Il avait voulu varier ses cultures et proflter tout à la fois du voisinage de la ville, en établissant une laiterie sur son domaine. La combinaison agricole à laquelle il recourut pour cela est intéressante dans sa simplicité.

En général, on n'a sur une ferme du Dacotah que les animaux nécessaires aux labours et aux transports. Inutile, en effet, de produire une grande quantité d'engrais, puisqu'on ne fume pas les terres au début. De plus, comme le sol possède une grande fertilité, on ne fait aucun assolement. Pendant huit ou dix ans de suite, on sème du blé dans la même terre, sans aucune préoccupation de l'avenir. Si elle s'épuise , ce sera tant pis et on en trouvera d'autres plus à l'Ouest ; l'important est d'en tirer le plus de dollars possible dans le moins de temps possible.

M. Shribner n'adoptait pas ce raisonnement d'imprévoyant. D'autre part, il ne voulait pas introduire dans ses cultures un trop grand élément de complication ; il se résolut donc à ensemencer une partie de ses terres avec un mélange d*avoine et de pois à couper en vert. Cela était plus facile à soigner que des racines, et ce mélange, conservé au moyen de l'ensilage, pouvait fournir à des vaches laitières une excellente nourriture.

Aujourd'hui, la ferme de M. Shribner compte cent soixante-quinze têtes de bétail , y compris les jeunes veaux, et deux cents porcs vivent des déchets de la laiterie; c'est une source de proflts accessoire, mais importante. Enûn la seconde récolte d'avoine et de pois, enfouie en vert, donne à la terre un aliment qui perpétue sa fertilité.

Je le répète, cet exemple de culture perfectionnée est exceptionnel au Dacotah. La pratique ordinaire consiste là, comme partout ailleurs , dans l'Ouest, à épuiser le sol; toutefois, j'ai rencontré une autre ferme de 385 hectares dirigée d'après les mêmes principes et située tout près de celle-ci; elle appartient à un banquier de Moorhead, M. T..., et se fait remarquer par l'excellent état de ses bâtiments et les soins spéciaux apportés à la fabrication du beurre. Dans les deux fermes, les vaches laitières sont des holstein friezen de pure race. On les a importées à grands frais, et l'ouvrier danois qui me fait visiter les étables de M. T... déplore la perte d'un taureau d'une valeur de 5.000 francs. Au centre des étables et sous le même toit, trois immenses boites en bois renferment l'avoine et les pois ensilés en vert; à l'écurie, je vois un étalon percheron estimé 8.000 francs, dix juments poulinières et vingt chevaux de travail, le tout en parfait état. Cette visite donne l'impression d'une exploitation très soignée ; on sent la direction d'un homme intelligent et riche.

M. T... a fait construire d'ailleurs sur sa ferme une maison où il vient passer toute la saison des travaux , s'échappant seulement pendant quelques heures chaque jour pour les consacrer à sa banque. L'hiver, au contraire , il s'installe à Moorhead et se rend de temps en temps à la ferme. C'est à son bureau que je le trouvai au retour de mon excursion agricole ^ et les renseignements précieux qu'il voulut bien me fournir confirmèrent l'opinion que la vue de son domaine m'avait donnée de lui : « Les vaches laitières que vous avez vues chez moi, me dit-il, ne doivent pas vous faire perdre de vue que ce pays-ci est essentiellement un

pays de céréales. Je n'ai monté une crémerie que pour utiliser ma récolte verte d'avoine et de pois, et je ne sème cette avoine et ces pois que par crainte d'épuiser trop rapidement la fertilité de ma terre. Je crois que, dans quelques années , mon système produira d'excellents effets. La plupart de mes voisins, ceux surtout qui ont hypothéqué leur terre pour acheter des outils, du bétail et des semences, n'ont qu'une idée en tête : semer du froment et se libérer de leur dette. On considère généralement que c'est un excès d'emblaver le même terrain plus de douze années de suite, mais beaucoup de colons sont disposés à dépasser cette limite. Dans le Dacotah, la colonisation est encore trop récente pour qu'on puisse constater les déplorables résultats de cet abus, mais ils sont visibles dans la partie de la vallée dépendant du Minnesota. Et pourtant, cette vallée de la Rivière Rouge est un sol merveilleux pour les céréales. La proportion de 18 à 25 hectolitres de froment à l'hectare qu'on vous a indiquée est exacte , comme les statistiques peuvent vous le prouver; moi-même j'ai obtenu l'an dernier un rendement supérieur. Lorsque la pluie ne tombe pas, l'humidité ne fait pas complètement défaut, car nous avons, au mois de juin , des rosées tellement abondantes qu'on se mouille les pieds à dix heures du matin en^marchant dans l'herbe. Le voisinage de la Rivière Rouge est probablement la cause de ce phénomène, rare au Dacotah. »

Comme M. Sliribner, son voisin M. T... est originaire de la Pensylvanie , et sa double qualité de grand propriétaire et de banquier fait qu'il réunit en lui les deux éléments supérieurs que la race américaine fournit aux nouveaux Ëtats de l'Ouest. J'ai déjà mentionné,

à propos des r anches, ce fait que les capitaux de la Nouvelle-Angleterre, en particulier, et de l'Est, en général, fécondent l'activité des émigrants pauvres. En effet, le crédit agricole est indispensable à la colonisation de l'Ouest, mais on ne peut pas l'organiser sans intermédiaires. De grandes banques hypothécaires installées à Boston, à New- York, etc., ont tenté de s'en passer, et mal leur en a pris; si quelques-unes subsistent , c'est qu'elles prêtent uniquement sur des lots de ville , toujours plus faciles à revendre quand le débiteur abandonne son gage; mais, pour hypothéquer sans de trop grands risques en terre de ferme , il faut en connaître personnellement le propriétaire , il faut le surveiller, savoir s'il fait bien ou s'il fait mal, et dans quelle mesure. Au fond , le vrai gage , ce n'est pas la terre, c'est l'homme; ce qu'on doit apprécier pour consentir un prêt, c'est son énergie, son savoirfaire , en un mot la chance quHl a de réussir; quant à son domaine, il ne vaut rien par lui-même, ou , si vous voulez, il vaut 16 fr. 25 l'hectare, à condition qu'on trouve preneur; une fois défriché complètement, pourvu de bâtiments , de bétail et de machines , il acquerra, il est vrai, une valeur plus grande; mais c'est précisément pour acheter ce bétail , ces machines ou faire construire ces bâtiments , que l'émigrant pauvre a besoin d'argent et vient en demander au banquier. Un homme installé dans le pays peut seul risquer de le lui donner, et c'est pourquoi nous verrons, dans toutes les petites villes de marché qui se créent au centre des cultures, une ou plusieurs maisons de banque avec un Américain à leur tête.

Les Américains jouent dans l'Ouest le rôle des canaux d'irrigation du Nil sur les terres d'Egypte; ils as-

surent la fécondité en distribuant le capital, comme ceux-ci en distribuant le limon fertilisant ; mais, au lieu d'agir inconsciemment et mécaniquement, ils doivent ouvrir ou fermer les écluses qui retiennent le bienfaisant dollar, suivant la confiance que leur inspire tel ou tel colon.

En d'autres termes, il leur ÎBXLi juger les hommes, et leur succès dépend de l'habileté qu'ils apportent dans celte opération délicate.

Des capitalistes quelconques ne suffisent évidemment pas à une semblable tâche ; l'homme qui est capable de juger les autres , d'apprécier ce qu'on peut attendre d'eux, de deviner, dans l'émigrant dépenaillé qui sollicite sa bienveillance, le propriétaire sérieux de l'avenir, est forcément un homme supérieur, et je ne m'étonne pas de voir la haute situation qu'occupent généralement dans l'Ouest les banquiers américains. Avec les créateurs de chemins de fer, ils constituent un noyau de classe dirigeante.

Je sais que cette expression ferait bondir la plupart des citoyens de la libre Amérique, très persuadés qu'il n'y a chez eux ni dirigeants ni dirigés; je la maintiens cependant parce qu'elle me parait absolument juste. Sans doute, les États-Unis sont le pays du monde où l'égalité parait la plus complète; mais, là comme partout, là plus que partout môme, les hommes se classent d'après leur valeur et jouent dans la vie un rôle très différent suivant le degré de cette valeur. La vérité, c'est, au contraire, que personne n'étant jugé d'après ses antécédents de famille et l'illustration de ses ancêtres, personne ne peut prétendre à un rang supérieur, sans faire preuve d'aptitudes personnelles supérieures ; la classe dirigeante n'est pas un corps fermé,

mais elle existe; elle absorbe constamment dans Tensemble de la nation tous les éléments de choix et rejette constamment tous les autres; elle est le résultai d'une sélection perpétuelle.

Les grands propriétaires qui, à l'exemple de ceux dont nous venons de visiter les fermes, introduisent dans le pays les animaux de choix et les méthodes perfectionnées de culture, viennent aussi se ranger à juste titre dans la classe dirigeante de l'Ouest. Ils y tiennent même un rang à part, parce qu'ils sont, plus que les banquiers et que les propriétaires de chemins de fer, des gens du pays, liés à ses intérêts et à son avenir. Un autre caractère les distingue encore ; tandis que le banquier amène avec lui ou trouve sur place un ou deux commis, le grand propriétaire occupe toute l'année une douzaine d'ouvriers et pendant trois mois une trentaine; c'est un patron; par là il rend un grand service aux nombreux émigrants qui viennent s'installer dans rOucst sans argent et sont incapables de se tirer d'affaire s'ils ne trouvent à leur portée un travail lucratif. Combien de soi-disant propriétaires, établis sur leur petit daim, sont heureux de gagner un dollar et demi ou deux dollars par jour, pendant la saison des grands travaux, en venant se louer chez lui! Combien d'autres acquièrent à son école l'expérience et le capital qui assurent leur succès futur!

L'Américain possesseur d'une grande forme encadre donc en quelque sorte la population qui vient chercher fortune dans les États de l'Ouest. Au Dacotah, cette population est presque exclusivement Scandinave ou américaine, mais surtout Scandinave. Chez M. Shribner, j'avais été reçu par un Norvégien, ancien matelot resté aux États-Unis pour faire de la culture ;

chez M. T..., ce fut avec un Danois que j'entamai la conversation et, quand je m'informais de la nationalité des ouvriers que j'apercevais sur ces fermes, on me répondait toujours qu'ils étaient Suédois, Norvégiens ou Danois. Dans les petites villes de la vallée , à Moorhead , à Fargo , à Breckenridge , à Grand Forks , on voit sur les boutiques des inscriptions Scandinaves et on en vient à se demander si le Dacotah est en train de subir, comme l'Europe au moyen âge, son invasion de Normands.

C'est une chose curieuse , en effet, de voir comment l'émigration européenne se distribue sur l'immense ^^urface des États-Unis; tandis que les Irlandais et les Allemands du centre restent dans les villes manufacturières de la Nouvelle-Angleterre , de la Pensylvanie, ou s'aventurent tout au plus dans les grandes cités de l'Ouest, l'Allemand de la plaine et le Scandinave vont se perdre sur les fermes écartées du Kansas , du Nebraska, du Minnesota, du Dacotah. Là, ils retrouvent les mêmes conditions d'indépendance auxquelles ils sont habitués dans la mère patrie. Le paysan du Lunebourg ou du Sleswig, le pécheur norvégien, ne sont pas plus effrayés de vivre seuls au milieu de la prairie américaine que dans l'isolement du Ao/* Scandinave, et ils trouvent en abondance de l'autre côté de l'Atlantique la terre qui leur manque chez eux.

Au fond, c'est là, aujourd'hui comme du temps des rois de mer, la cause de leur émigration ; mais la forme extérieure a bien changé; au lieu de verser des larmes, comme le Grand Empereur à la barbe fleurie, quand il voyait leurs barques légères remonter le cours de la Seine, le Président des États-Unis ne peut que se frotter Ves mains lorsque les dépêches officielles lui

annoncent le débarquement à New-York d'un groupe d'émigrants Scandinaves. En effet, ils ne sont plus redoutables auK gouvernements chargés de veiller à la sécurité du pays ; ils n'arrivent plus en armes , conduits par d'audacieux vikings, mais , attirés par les prospectus alléchants de quelque agent d'émigration, ils se rendent paisiblement sur les terres vacantes et fertiles qu'on leur indique. A quoi leur servirait d'ailleurs d'être armés? ils n'ont de lutte à engager contre aucun être humain, ils ne prennent la place de personne.

Leur émigration et leur installation s'opèrent donc avec beaucoup plus de facilité qu'autrefois; mais du temps qu'elles étaient moins aisées et plus héroïques, les Scandinaves fournissaient des chefs aux pays qu'ils envahissaient. Aujourd'hui on ne trouverait plus parmi eux un Rollon ou un Ragnard Lodbrog. La police maritime a clos la série des sagas et tari la source d'où sortait cette célèbre aristocratie des rois de mer. Désormais privée de la piraterie , qui lui fournissait ses grands hommes , la Norvège , pays pauvre en somme n'envoie plus au dehors que des gens de petits moyens, des fils de pêcheurs et de paysans ; ce sont ces éléments précieux, mais modestes , que l'Américain domine et s'assimile promptement.

Si parfois il arrive à un Scandinave de pousser sa fortune assez haut pour sortir de sa condition primitive et se faire une grande situation , il s'américanise plus promptement encore que ceux de ses compatriotes qui restent à un échelon moins élevé; il est de suite absorbé par la classe dans laquelle il entre. J'ai rencontré quelques exemples de ce phénomène , un entre autres dans la personne d'un grand propriétaire du Minnesota, venu en Amérique sans ressources.

comme un pauvre émigrant suédois qu'il était, et fort riche aujourd'hui. Il avait gagné sa fortune en véritable Yankee , était arrivé de bonne heure à se faire accepter comme agent d'une compagnie hollandaise propriétaire de terrains considérables, avait fait des spéculations pendant une quinzaine d'années pour le compte de cette compagnie , avec un gros profit personnel pour lui-même, et avait trouvé le temps de créer successivement et de vendre à bénéfice trois fermes toujours plus grandes et toujours plus à l'Ouest. C'était, comme on le voit, un Suédois prédestiné à devenir Américain.

Il y a d'ailleurs, dans les États de l'Ouest, quelques agriculteurs heureux, qui, partis d'une exploitation modeste de 160 acres, arrivent à posséder d'assez grandes fermes, sans avoir jamais gagné d'argent autrement qu'en faisant pousser du blé ; ceux-là ne sont pas des Yankees mais des Allemands, des Scandinaves ou des Anglo-Canadiens, incapables de s'adonner successivement à dix métiers divers dans l'espace de quelques années pour contraindre la fortune à leur sourire, mais bons laboureurs, bons ménagers de leurs profits et, ajoutons-le, bien servis par la chance. J'ai vu, par exemple, dans le comté d'Aberdeen (Dacotah du Sud), deux frères Canadiens d'origine anglaise qui, arrivés sans un sou vaillant, possédaient 1.150 acres de terre (360 hectares), dont 1.100 cultivés. Ces colons ne jouent pas le même rôle que les riches capitalistes, propagateurs de bonnes méthodes de culture et de races d'animaux sélectionnées; ils ne déterminent pas le progrès agricole et sont portés, au contraire, à abuser de leurs terres pour en tirer du froment et des dollars. En effet, ils ont tous recours aux emprunts, du

moins dans les commencements, car ils ne possèdent ni bétail, ni instruments, ni argent pour les acheter. Ces emprunts leur sont consentis à 8 ou 10 p. 100 en général, de sorte que, chaque année, il leur faut payer à titre d'intérêt des sommes importantes. Dans ces conditions, comment ne chercheraient-ils pas à se libérer même au prix de l'épuisement de leur terre?

Au point de vue agricole, ils représentent donc dans la grande culture Un type inférieur, mais ils ont une utilité énorme pour l'avenir du pays. Ce sont les éléments les plus fixes de la population, ceux qui servent de base à tous les autres et donnent un peu de stabilité matérielle à ce peuple toujours en mouvement. Le banquier et le grand propriétaire sont venus s'installer la plupart du temps avec Tintention de faire boomerldi ville ou les terres voisines. S'ils trouvent l'occasion de céder avec profit leur banque ou leur domaine, ils s'en iront pour recommencer ailleurs la même opération ou toute autre affaire qui leur paraîtra avantageuse. Au contraire, l'établissement du Scandinave ou de l'Allemand rural a quelque chose de plus définitif. Ces gens-là sont partis de chez eux avec l'idée arrêtée de se créer un domaine indépendant; ils sont venus gaigner terre, comme les Normands du moyen âge, et, une fois leur but atteint, ils ne demandent qu'à vivre et à mourir sur le sol qu'ils ont acquis et fécondé par leur travail.

Ces deux éléments contribuent, chacun pour sa part, au développement du pays : l'Américain conduit la conquête de l'Ouest, il ouvre les territoires ; il est pionnier; il construit les chemins de fer; il prépare les voies, l'Allemand et le Scandinave assurent la conquête ; ils s'installent là où l'Américain n'a souvent

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fait que passer, fondent des foyers stables et s'attachent irrévocablement à leur seconde patrie. Au bout de vingt ans, il n'y a plus que des Américains.

Nous avons vu que le grand propriétaire rend aux émigrants pauvres un senice précieux en mettant à leur portée une occupation lucrative. En dehors des ouvriers qui viennent travailler sur son domaine, il a souvent aussi des fermiers à prix d'argent , des fermiers payant leur rente en nature et même des colons partiaires. Toutes les combinaisons possibles, tous les systèmes de ienure, se retrouvent donc aux États-Unis, comme nous l'avons déjà dit à propos des grands ranches d'engraissement. Ils naissent spontanément des diverses circonstances et chacun d'eux répond à un besoin différent, à une catégorie particulière d'individus.

Il est évident, par exemple, que l'émigrant auquel la culture est absolument étrangère, et qui n'a pas l'habitude d'un travail pénible, d'un effort physique intense et prolongé, ne peut ni se placer comme valet de ferme, ni s'installer sur les 160 acres que le Gouvernement lui abandonne. Sur la ferme, on ne voudra pas le garder; sur son daim, il mourra de faim. Cependant, si un propriétaire lui prête un attelage, une charrue et un semoir, il peut, en prenant conseil de ses voisins, en y mettant du temps, ensemencer une terre et y récolter du grain trois mois plus tard ; cela ne l'enrichira pas du premier coup , mais il amassera ainsi un premier petit capital sans avoir couru aucuns risques , et le propriétaire se paiera de ses avances et de la location de son terrain en retenant une partie de la récolte. Cette manière de commencer est à la portée de tout le monde. J'ai vu au Kansas un marchand de

parapluies de Lyon, arrivé depuis trois jours dans le pays, faire ainsi ses premiers essais de culture sur la terre d'un compatriote, dont il se trouvait être le tenancier pour quelques mois.

L'émigrant arrivé avec sa famille et disposant d'un certain nombre de bras peut trouver à s'installer à titre de fermier ou de métayer sur des exploitations plus importantes , où on lui fournit une maison et des bâtiments de ferme; beaucoup commencent ainsi et s'en trouvent mieux que de s'installer de suite sur un daim éloigné de toute ressource , où tout est à créer.

Mais nulle part la situation de tenancier n'est considérée aux Etats-Unis autrement que comme une situation passagère ; tout le monde aspire à l'indépendance et tout le monde en essaye ; quelques-uns retombent périodiquement dans une position subordonnée, mais la plupart réussissent une fois ou l'autre ; on ne trouve donc point de ces familles de tenanciers attachées pendant plusieurs générations à la terre d'une même famille patronale , comme cela se rencontre parfois en Europe. Tandis que ces longs engagements sont considérés chez nous comme un titre d'honneur, on rougirait là-bas de rester si longtemps au même degré de l'échelle sociale.

Il suit de là qu'il y a peu de tenures organisées d'une manière durable. Un grand propriétaire ne dira jamais qu'il possède dix fermes ou vingt fermes, car cela ne donnerait aucune idée de l'étendue de ses terres, mais qu'il possède tant d'acres. Quant à la façon dont il les exploite, cela dépend. S'il ne tient pas à diriger personnellement toute sa propriété , il en louera ce qu'il pourra, suivant les cas, pour un an, ou même pour six mois, mais rien n'est très fixe; en sorte que telle

année, il fera valoir lui-môme un millier d'acres et telle autre, seulement une centaine. En somme, un grand propriétaire peut se voir contraint d'un jour à l'autre de cultiver directement toutes ses terres ; il faut donc qu'il soit à même d'en prendre la régie, sans quoi elles risquent de retourner en friche.

Cela explique comment certains colons, très désireux de revenir dans leur pays d'origine , après avoir amassé une certaine fortune aux États-Unis, sont embarrassés pour accomplir leur projet. Une fois le maître parti, la propriété ne vaut plus rien; il faut donc la vendre avant de s'en aller, mais alors d'autres difficultés se présentent : en premier lieu, on ne trouve pas toujours d'acheteurs; en second lieu, quand on en trouve , il faut accepter des prix peu en rapport avec les revenus auxquels on est habitué. J'ai vu plusieurs fois des Français arrêtés par ces considérations, à défaut desquelles ils auraient pris sans retard le premier transatlantique en partance pour le Havre. Le Français, en effet , ne se fixe pas volontiers en dehors do sa patrie. 11 regrette amèrement la compagnie de ses compatriotes, le café de la petite ville, l'asphalte du bou levard ou la veillée du village; il n'a pas, comme le Scandinave, cette formation profondément rurale et surtout cette habitude de l'isolement qui lui permettent de se suffire à lui-même et de vivre heureux dans sa solitude et son indépendance. Aussi, parmi les rares qui réussissent, combien restent Américains malgré euxl

Comme les ranches, les grandes fermes sont, nous l'avons vu, l'apanage de quelques colons pourvus de capitaux; l'émigrant pauvre ne s'y rencontre qu'en qualité d'ouvrier ou de domestique, et dans une situa-

tion passagère ; ce n'est donc pas là qu'il faut l'observer si on veut se rendre compte de la manière dont il débute dans la culture, dont il crée son exploitation. Mais s'il est malaisé de saisir les cultivateurs des États- Unis dans les systèmes de tenure où quelques-uns seulement s'engagent pour un temps très court, on est sûr, au contraire, de les rencontrer dans une certaine forme de propriété rurale par laquelle presque tous ont passé, où plusieurs ne peuvent pas se maintenir, mais où beaucoup demeurent, je veux parler du petit domaine de 160 acres, da homesfead. Le mot homestead a plusieurs sens qu'il est utile de définir : le plus général est celui de : installation familiale. C'est, pour ainsi dire , le sens grammatical; il signifie aussi, dans le langage juridique, une portion de terre qu'un propriétaire s'enlève la faculté d'hypothéquer et qui échappe au gage de ses créanciers (i); enfin, on appelle ordinairement homestead ou daim, aux États- Unis, les 160 acres qu'un citoyen quelconque est en droit d'occuper en pays vacant suivant certaines conditions.

Voyons quel genre de colons nous allons trouver sur ces homesteads.

(1) M. Paul Bureau a publié sur « Le Homestead ou l'insaisissabiliié de la petite propriété foncière » une étude à laquelle l'Académie des Sciences morales et politiques a décerné le Prix Ross! en 1894. Cette étude, appuyée sur une enquête personnelle poursuivie aux États-Unis, a mis aans son vrai jour une institution américaine souvent confondue à tort avec certaines institutions européennes, telles que le Hofrecht allemand.

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