III. — 4.ES VICISSITUDES D UNE PETITE VILLE DE LOUEST
Aux yeux d'un Américain, trois choses suffisent à reconnaître si une petite ville est florissante : ce sont la lumière électrique, les waier-works (service des eaux) et les street cars ou tramways. Cela forme les trois termes de son ambition, et vous ne lui ferez jamais avouer que sa cité d'adoption n'est pas une des merveilles du monde, quand ces trois services y sont une fois organisés.
Aussi les spéculateurs intéressés à faire bootner une ville ne manquent-ils pas d'y établir au moins un de ces services. Souvent, c'est par la lumière électrique que l'on commence , parce que cela frappe davantage l'esprit du visiteur. A Gulhrie , par exemple , j'ai vu des globes étincelants jeter leur vive clarté sur les baraques en planches élevées depuis un an; parfois ils éclairaient, dans une rue peu fréquentée, les fleurs de prairie qui poussent encore sur le gazon naturel, mais ces contrastes plaisent à l'homme de l'Ouest, en accusant la rapidité des transformations qu'il fait subir à des territoires jusqu'ici intransformés. Son but principal est d'ailleurs de donner une impression de prospérité, beaucoup plus que de rendre service aux promeneurs nocturnes; cela se voit bien, précisément, à Guthrie : la ville, construite sur le versant d'un petit coteau , est traversée par une série de rues en pente ; à
l'extrémité de la plus large , au sommet du coteau, un grand échafaudage en hois , étroit et élevé , supporte quatre ou cinq feux de lumière électrique, qu'on a bien soin d'allumer chaque soir; cela ne sert absolument à rien, mais le colon, perdu sur son homestead, aperçoit ce point brillant dans l'immensité de la prairie et prend confiance dans l'avenir de l'Oklahoina.
D'autres villes , créées à une époque plus ancienne , où l'éclairage électrique était moins développé, se rattrapent sur les ivater-works et les street cars. Je ne dis rien des premiers qui sont toujours réellement utiles à la population, mais j'ai vu parfois des street cars dont la raison d'être me paraissait difficile à découvrir. De voyageurs, il n'y en avait point; seul, le conducteur, debout sur sa plate-forme, errait mélancoliquement à travers les rues, à l'allure tranquille d'un vieux cheval. Une clochette, suspendue au cou de cet animal paisible , éveillait des souvenirs alpestres assez déplacés dans la vallée du Mississipi, et je me demandais sincèrement à quoi pouvait bien rimer ce tramway solitaire. Un Français que je rencontrai un jour me tira d'embarras en me donnant la clef du mystère : « Il n'y a jamais, me dit-il, plus de voyageurs que vous n'en voyez aujourd'hui , et l'entreprise ne paie pas par ellemême, mais elle paie cependant, parce qu'elle est liée à une autre entreprise. C'est, une pure réclame , dont voici la portée : Deux ou trois spéculateurs , possédant un grand nombre de lots de terrain dans la ville , se sont réunis pour créer cette ligne de tramways, qui passe naturellement au beau milieu de leur propriété et dessert tous leurs lots; cela leur permet de vendre, au monsieur qui s'installe, \mgic\nq pieds- front en bordure d'une street car Une et d'en retirer un prix supé-