‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 38 sur 91 · LES VICISSITUDES DUNK PETITE VILLE DE L'OUEST · texte numérisé non relu

LES VICISSITUDES DUNK PETITE VILLE DE L'OUEST

rieur. Le conducteur mélancolique qui vous intrigue ne se promène tout le jour que pour assurer de la plusvalue aux terrains qu'il traverse. »

Les Américains excellent dans ce genre de combinaisons; souvent un spéculateur qui a de l'argent en poche ou du crédit chez le banquier entreprend de drainer, ou même de bâtir les terrains qu'il détient, pour attirer l'acheteur et gagner sur chaque opération;si l'acheteur ne vient pas , tous ces frais tombent en pure perte, mais on aime mieux risquer la ruine que de se condamner à la médiocrité.

Quand on arrive dans un village , il. faut donc s'armer d'une certaine dose de méfiance à l'égard de la lumière électrique, des water-works et des sireet cars; ce sont parfois les effets naturels d'un développement véritable , mais souvent aussi il faut n'y voir que de simples appâts, sournoisement préparés par un pêcheur de dollars.

Tout l'effort des habitants se porte d'ailleurs vers un môme but : faire monter les terrains. Le cours du pierf-/Von/ constitue l'étiage auquel se mesure le booniy et le boom y c'est le grand coup de fortune que l'Américain voit la nuit dans ses rêves et qu'il travaille tout le jour à provoquer.

Ce constant espoir, cette vigoureuse confiance , sont entretenus par des exemples sans nombre de hausses soudaines produites sur des terres inhabitées la veille. Combien de villes de dix ou vingt mille âmes n'existaient pas, il y a dix ans, et ne sont encore mentionnées sur aucune carte publiée à l'étranger I On en pourrait citer des centaines. Et remarquez bien que j'écarte à dessein celles qui se sont révélées de suite comme étant appelées à un grand avenir, celles qui ont atteint

TIB AMÉRICAINE. It

immédiatement , comme Denver dans le Colorado , le chiffre de cent ou cent. cinquante mille habitants I Ce que je cherche à déterminer dans ce moment-ci , c'est le boom modeste d'un village environné de cultures et se transformant en petite ville. Même dans cette sphère restreinte , il y a de quoi tenter la spéculation.

J'ai visité une série de petits centres de ce genre dans le Far West, depuis l'Oklahoma au sud, jusqu'à la vallée de la Rivière Rouge au nord, en passant par le Kansas , le Colorado , le Nebraska , l'Iowa , le Minnesota, les deux Dacotahs; voici quelques indications sur les prix des terrains qui fixeront les idées du lecteur.

A Guthrie (Oklahoma Territory), dans les douze mois qui ont suivi l'ouverture de l'Oklahoma, il a été vendu un lot de 50 pieds-front sur 140 pieds au prix de 2.300 dollars, soit environ 19 francs le mètre carré; c'était au centre de la ville , il est vrai , mais on conviendra que le bénéfice de l'individu assez heureux pour s'être assuré la possession de ce lambeau de prairie était assez joli. Le jour où Guthrie a été déclarée capitale du territoire, le 22 avril 1890 (un an juste après l'ouverture), on espérait atteindre promptement le prix de 100 dollars le pied-front, qui correspond à 41 francs le mètre carré.

A Florence, petite ville du Kansas, d'un millier d'âmes , un lot de 25 pieds sur 140 a été vendu dans Main Street, vers 1887, pour 3.000 dollars (49 fr. 50 le mètre carré) ; je sais bien que c'est en face de l'Opéra, mais je sais aussi ce que c'est que l'Opéra de Florence, pour l'avoir visité un jour de relâche. Il y a presque toujours relâche d'ailleurs, sauf à de rares intervalles, quand une troupe de passage vient y jouer Uncle

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