L^EST ET L'OUEST
années, mais pour tenter des entreprises plus considérables avec les gros capitaux qu'il aura amassés. L'argent, pour lui, n'est pas tant un élément de jouissance qu'un instrument de travail, un levier; ce n'est pas un but, mais un moyen.
L'ardeur qu'il met à le poursuivre se trouve ainsi ennoblie et décuplée. Il n'y a point de tâche trop pénible ni de labeur trop rude pour un homme animé de ces sentiments ; aucune considération ne l'arrête dans ses entreprises quand l'espoir du succès est au bout. Les grands risques, il ne les redoute pas, car il a commencé tout seul sa fortune et la ruine n'est pour lui que le retour à une situation qu'il a déjà connue et dont il a déjà su sortir. Quant aux difficultés, il espère toujours les vaincre , il s'en fait môme une sorte de jeu. Entre la pente abrupte et le chemin sinueux qui montent aux sommets de la fortune , il choisit la pente abrupte, parce qu'elle est plus courte. Des pieds et des mains, il s'accroche à toutes les aspérités, au grand risque de se rompre les os , si cette gymnastique lui permet d'arriver plus vite et plus tôt. D'un tel homme, il n'est pas suffisant de dire qu'il lutte pour la vie ; il fait plus , il risque sa vie pour atteindre le but qu'il s'est assigné.