‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 46 sur 91 · LE COMMERCE DU BLÉ ET L\ MELWERIE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE DU BLÉ ET L\ MELWERIE

grain, ainsi que les nombreuses machines qui assurent le triage de ses différentes qualités et de ses divers produits; en plus, elle fournit la force motrice nécessaire pour amener au moulin et en ramener les wagons chargés de blé, de son ou de farine. Une voie de chemin de fer, disposée à cet effet, est surmontée d'une longue courroie sans fin, animée d'un mouvement constant, qui traîne des trains entiers. Au fur et à mesure de sa fabrication, la farine est emballée dans les wagons; on en remplit plus de deux par heure et les moulins marchent nuit et jour! 325 ouvriers suffisent au travail : les uns se bornent à surveiller le fonctionnement des machines ; d'autres font rouler sur des rails en fer des barils en bois contenant environ un hectolitre, dans lesquels la farine est expédiée aux marchés de l'Est; d'autres pèsent les grands sacs de 126 kilog. qui la transporteront à Londres, ou les petits sacs de 10 kilog. 800 gr. destinés à la consommation locale ; la seule forme des emballages révèle ainsi l'étendue et la variété de la clientèle.

Les farines sont classées en sept qualités distinctes, mais le blé dont on les tire est presque exclusivement du blé dur de printemps [spring hard wheat)^ celui d'ailleurs que j'ai vu cultiver dans le .Minnesota et les deux Dacotahs. Minneapolis centralise les blés de printemps, comme Saint-Louis centralise les blés d'hiver.

A lui seul, Pillsbury peut produire dans l'ensemble de ses moulins de Minneapolis 27.000 quintaux métriques de farines par jour. On imagine ce que peut être la direction d'une pareille affaire; il faut, en premier lieu, se tenir au courant de tous les perfectionnements de la meunerie et les appliquer sans retard, recruter un personnel de choix et se l'attacher autant qu'un per

sonnel américain peut s'attacher; c'est là le côté industriel; en second lieu, il faut s'approvisionner de blé au meilleur marché possible et trouver des débouchés avantageux aux farines et aux sons fabriqués chaque jour; c'est le côté commercial. Or le commerce des grains se ressent d'influences nombreuses et éloignées : la récolte de la Russie ou le cours des blés à Batavia, les tarifs douaniers de la France ou de l'Allemagne sont des facteurs aussi importants à considérer que la pluie ou la sécheresse du printemps dans le Dacotah. Il y a donc nécessité absolue d'être renseigné sur la situation agricole de tous les pays du monde , pour décider en connaissance de cause les achats et les ventes. Ajoutez que l'on agit sur des quantités énormes et que, par suite , la moindre erreur se traduit par des pertes considérables, de même que le moindre profit sur un bushel se multiplie au point d'amener un gain notable. Enfin, songez aux écarts que la hausse et la baisse des céréales produit constamment, et vous comprendrez quelle organisation de tête on doit posséder pour faire prospérer une semblable entreprise, les Américains ont une admiration sans bornes pour les hommes doués de^ cette aptitude éminente et la manifestent à tout propos ; un de mes amis de Saint-Paul me disait en parlant de M. Charles Pillsbury : He is a splendid man, « C'est un homme splendide ! » Tenez compte , si vous voulez, de la bizarrerie de l'expression, que je traduis littéralement, et vous reconnaîtrez qu'au fond elle est juste.

L'industrie de la meunerie à Minneapolis n'existe qu'à l'état de grande industrie , d'industrie très concentrée. La ville comptait en 1897, 21 moulins appartenant à sept maisons seulement; encore 3 d'entre

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