‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 48 sur 91 · LE COMMERCE DU BLE ET LA MEUNERIE. SOI · texte numérisé non relu

LE COMMERCE DU BLE ET LA MEUNERIE. SOI

les plus saugrenues au sujet de la monopolisation des grains par les grands meuniers. Sans doute, son résultat final devrait plutôt ouvrir les yeux sur la difficulté d'un monopole même temporaire, mais l'esprit public impressionné et affolé par le trouble passager du marché ne retient que ce fait, le grossit et le dénature. Alors surgissent des projets de législation puérils, par exemple, celui que suggérait naguère la Fariner s Alliance de faire acheter tous les blés des États-Unis par le gouvernement fédéral pour en maintenir le prix à un taux constant.

Il est inutile de s'arrêter à ces billevesées pour les discuter ; je ne les cite que pour marquer l'état d'esprit déplorable auquel donnent naissance les pesées exercées sur le marché par la spéculation malsaine.

Celle-ci ne se manifeste pas seulement par les tentatives d'accaparement. Elle trouve aussi une occasion fréquente de s'exercer dans l'industrie des elevators.

J'ai dit plus haut (1) ce qu'étaient les elevators situés prés des gares des petites villes de l'Ouest et quels services ils rendaient aux cultivateurs dépour>'us de greniers et désireux de réaliser promptement le prix de leurs récoltes. Deux combinaisons leur sont offertes : ils peuvent ou bien emmagasiner purement et simplement leur blé dans Velevator moyennant un droit de garde , ou bien vendre ferme à la compagnie qui possède Velevator. Dans l'un comme dans l'autre cas , la compagnie profite parfois de ce que le fermier ne peut en pratique confier son blé qu'à Velevator voisin de sa ferme pour forcer arbitrairement ses droits de magasinage ou pour tenir ses offres d'achat au-

(l) V. Chap VI, § II.

dessous du cours. Il arrive alors assez souvent que le fermier subit, sans pouvoir l'empêcher un abus dont il se rend très bien compte; il maudit Velevator qui l'exploite et dont il a besoin. La situation est aggravée lorsque la compagnie d'elevators compte parmi ses directeurs des officiers de la compagnie de chemins de fer sur la ligne de laquelle elle est établie. Le cas est malheureusement assez fréquent et donne naissance à toutes sortes de combinaisons indélicates. Les officiers de la compagnie profitent de leur situation pour favoriser les elevators au détriment des actionnaires du chemin de fer. En général, on leur a donné gratuitement un certain nombre d'actions d'elevators pour acheter leur influence comme officiers du chemin de fer, de telle sorte qu'en fin de compte ils prélèvent d'injustes profits sur les deux sociétés auxquelles ils appartiennent. Et, d'autre part, la complicité des chemins de fer et des elevators enlève tout recours aux malheureux fermiers.

Les plus avisés et les plus honnêtes parmi les Présidents de chemins de fer mettent aisément un terme à ces abus et prennent la défense des fermiers , sachant bien que la prospérité de ceux-ci est la seule base sérieuse de la prospérité de leurs lignes. Sur le Great Northern Railroad, M. J. J. Hill interdit de la façon la plus absolue à tous les officiers qu'il a sous ses ordres de prendre un intérêt quelconque dans les elevators situés le long de ses lignes : « Infailliblement, leur ditil, vous arriveriez un beau jour à sacrifier les actionnaires d'une des deux compagnies à vos intérêts personnels. Vous ne pouvez pas servir deux maîtres. » Je pourrais citer un cas où un elevutor man a dû liquider toutfis les actions qu'il possédait dans une compa-

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gnie d'elevators pour être admis dans l'état-major [staff) du Great Northern.

M. J. J. Hill ne s'en lient pas à ce moyen préventif. Lorsque les rapports de ses inspecteurs signalent que les elevators de telle ou telle contrée traversée par le Great Northern « chargent trop » le fermier, il a recours à un remède actif. Il dépêche un acheteur de blés muni d'un fort crédit dans la contrée indiquée. Celuici a l'ordre d'acheter au cours, ferme et contre argent comptant, le blé des fermiers. 11 traite directement avec eux, trouve aisément des vendeurs parce que la baisse locale artiûcielle lui permet d'acheter plus cher que les elevators; les blés sont conduits en gare où des wagons nombreux ont été envoyés d'avance pour le recevoir, et Velevator se met à la raison pour rattraper sa clientèle. « Nous n'avons cure que les compagnies à' elevators gagnent de l'argent, dit M. Hill, ce n'est pas notre affaire ; mais c'est notre affaire que les fermiers en gagnent. » Toujours la môme idée depar/nership, d'association d'intérêts entre le chemin de fer et le fermier que nous avons déjà signalée plus haut (1).

En plus des elevators modestes qui recueillent le blé des fermes voisines dans les gares , il existe dans les grands centres d'immenses elevators destinés à centraliser les grains, à les emmagasiner, à en régulariser le transport.

Les compagnies de chemins de fer bien organisées en possèdent généralement quelques-uns. Le Great Northern Railroad en a fait construire dernièrement un à Duluth, à l'extrémité occidentale des Grands Lacs, sur

(1) Voir. Cliap. i, § ir.

un modèle nouveau, entièrement en tôle d'acier. Il contient deux millions de bushels, soit 543.600 quintaux métriques. La compagnie en a d'autres à Saint-Paul, Minneapolis, elc, pour les nécessités du magasinage et aussi pour faire concurrence aux compagnies spéciales d'elevators lorsque celles-ci se coalisent pour hausser leurs droits de garde.

Les grands meuniers de Minneapolis possèdent aussi des elevators, mais seulement pour loger leurs réserves et assurer la régularité de la marche de leurs moulins ; ils ne font pas leur affaire de prendre du blé en garde, ce qui constitue essentiellement l'industrie des elevators f Velevator business. « Voyez-vous, me dit un homme très compétent dans cette spécialité, ce n'est plus aujourd'hui un procédé sage de confondre les industries ; par exemple, un manufacturier ne se mêle pas de produire lui-même le coton qu'il travaille ; de même un meunier ne peut pas faire de Velevator business; mieux vaut pour lui concentrer tous ses capitaux, toute son activité sur un seul objet. C'est la méthode moderne, opposée à l'ancienne, à la old fashion. » Elle répond aux conditions nouvelles d'un marché indéfiniment extensible. Le marché devenant sans limites, l'objet de l'industrie doit se restreindre.

C'est là une des raisons qui ont fait échouer d'une manière assez piteuse les tentatives d'elevators coopératifs imaginées par des groupes de fermiers désireux d'échapper à l'exploitation des compagnies. Ces fermiers avaient autre chose à faire que de mener cette difficile entreprise qui réclame des capitaux importants, la direction d'un commerçant de premier ordre , et une surveillance de tous les instants. Tous les coopérative elevators ont échoué soit par manque de crédit, soit

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