‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 56 sur 91 · LEUR PREDOMINANCE · texte numérisé non relu

LEUR PREDOMINANCE

Pour le moment, on relève dans les habitudes générales une foule de traits qui en démontrent la possibilité; j'ai rencontré souvent à New- York, Boston ou Philadelphie, des personnes attachées à des professions urbaines, qui possédaient, à une certaine distance, de petites fermes pour se distraire. Par exemple, un médecin fait des expériences sur un domaine restreint, • lu'il cultive scientiOquement au moyen d'engrais très énergiques. « Cela me coûte plus que je n'en tire de revenu, m'avoue-t-il, mais c'est un luxe que je m'offre, parce que j'ai beaucoup de goût naturel pour le far^ ming. » Un avocat, un agent d'affaires me font des conûdences analogues. Tous ces gens-là seraient susceptibles de devenir cultivateurs si cela payait.

Mais la situation actuelle n'en est pas moins tout en faveur des manufactures. Pour continuer à exploiter les terres de l'Est, il faudrait se mettre à l'abri des effets de la concurrence en vivant étroitement des produits de son domaine, en mangeant ce qu'on fait pousser, heureux d'atteindre la fin de l'année sans, avoir manqué du nécessaire; mais l'Américain n'est pas disposé à cela. C'est bon pour les Franco-Canadiens de la province de Québec, auxquels le prix des denrées importe assez peu et qui se contentent d'une indépendance assurée mais modeste. Pour lui, il veut que son travail paie, et quitte la voie où il se trouve engagé, dès qu'il en aperçoit une autre plus avanlageuse.

Cette disposition a pour effet de rendre beaucoup plus intenses les fluctuations économiques; dans le cas qui nous occupe , elle explique la victoire complète de l'atelier industriel sur l'atelier rural, de la fabrique sur le domaine.

Le terrain se trouve ainsi parfaitement déblayé , et la vie américaine n'a, en somme, presque qu'une source dans l'Est, l'industrie. Tout le reste est accessoire, car le commerçant, le banquier, le médecin, l'avocat, le journaliste, etc., ne constituent que des parasites. Ils ne produisent rien directement, mais vivent des services rendus à ceux qui produisent; dans l'Ouest, leur fortune se fonde sur le développement de la culture; dans l'Est, elle a pour raison d'être le développement de la fabrication.

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