CHAPITRE ONZIEME La question ouvrière
I. — L'intensité de l'évolution industrielle et commerciale II. — Le personnel ouvrier. III. — Les résultats acquis.
Les données de la question ouvrière varient en réaavec chaque industrie et même avec chaque per-
me employée dans cette industrie.
Mais le marché de travail, le contrat d*aprés lequel ouvrier vend à un employeur une certaine somme le travail pour un certain salaire, est soumis d^ nos jours, et particulièrement aux États-Unis, à une nécessité générale résultant de l'évolution industrielle et commerciale moderne : L'ouvrier isolé ne peut plus comme autrefois passer ce contrat isolément , individuellement; il est obligé d'avoir recours au Marché collectif de travail.
Telle est la condition qui domine à peu près universellement en Amérique TinGnie variété des situations ouvrières.
Elle résulte précisément de ce fait qu'un ouvrier isolé ne se trouve presque jamais en face d'un patron isolé avec lequel il puisse discuter librement les termes de son contrat. Le patron, en effet, occupe des centaines, parfois des milliers d'ouvriers. Individuellement, ceux-ci ne peuvent rien obtenir de lui , parce qu'il n'a pas besoin, sauf cas exceptionnel, de l'un d'entre eux.
Groupés ensemble, ils lui font équilibre, parce qu'il a besoin de leur concours en bloc.
Plus l'évolution industrielle et commerciale se poursuit; plus le petit atelier disparaît devant la grande usine; plus le petit magasin succombe devant la concurrence du grand magasin; plus le développement des transports agrandit la clientèle qu'une puissante organisation peut atteindre; plus ce résultat s'accentue, et plus la nécessité du marché collectif de travail se fait sentir. ^
C'est pourquoi elle est particulièrement intense aux États-Unis, dans ce pays où le machinisme sous toutes ses formes est poussé si loin, oii tous les modes de transports sont constamment perfectionnés et développés.
A son tour, cette nécessité en engendre une autre. Pour aboutir au marché collectif de travail il faut un groupement des ouvriers, un groupement sérieux, permanent, tel qu'à tout moment il soit en mesure de faire équilibre au patron, qu'il puisse discuter avec lui les améliorations à introduire, ou convenir avec lui du réajustement des prix de la main d'oeuvre qu'une foule de circonstances peuvent modifier.
En d'autres termes, le marché collectif de travail n'est praticable qu'avec une solide organisation ouvrière, avec des groupements permanents. Il suppose l'existence de syndicats ouvriers.
Les habitudes du langage courant trahissent d'ailleurs l'existence de ce lien étroit entre la question ouvrière , le marché collectif de travail et le mouvement syndical. Prononcez en France le mot de question ouvrière, aux États-Unis celui de Lahor question, tout le monde comprendra qu'il s'agit de grèves, arbitrages,
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accords collectifs, et du rôle qu'y jouent les divers organes développés par le mouvement syndical.
Ce n'est pas à dire que la question ouvrière soit tout entière dans l'accord des patrons et des ouvriers et dans les moyens employés pour établir cet accord, mais c'est là ce qui fait actuellement le plus question dans les préoccupations du monde ouvrier; c'est la grande transformation imposée aux travailleurs par l'évolution de l'industrie; c'est l'exigence impérieuse et nouvelle du régime industriel moderne.
Comment cette exigence se présente-t-elle aux ouvriers américains et comment y répondent-ils ; autrement dit, quelles conditions spéciales l'industrie américaine réclame-t-elle des groupements ouvriers? quels éléments le personnel ouvrier fournit-il à ces groupements? C'est ce que nous allons étudier. Et nous verrons ensuite quel caractère particulier le* mouvement syndical américain a emprunté à ces données.