L'INTENSITÉ DE LÉVOLUTION INDUSTRIELLE
ouvrier accompli; tandis que l'ouvrier américain, par l'énorme développement du machinisme, se trouve être réduit au rôle de simple conducteur de machine. Nous avons particulièrement remarqué la grande habileté des Américains pour faire manœuvrer leurs machines; ils savent leur faire produire un bon travail; nous dirons même qu'ils parviennent, grâce à leur outillage, à fabriquer à la perfection (1). »
Je relève des réflexions analogues, quoiquç moins développées, dans le rapport du délégué des ferblantiers qui s'étonne du rôle de « la mécanique » dans la fabrication des articles de ménage, des baignoires, des lanternes de chemins de fer (2).
Le délégué des mécaniciens conclut ainsi : « L'industrie mécanique en Amérique est arrivée à un point tel que si nous voulons lutter contre elle sans protection douanière, il faudra remiser dans les greniers tout notre outillage et en créer un plus moderne (3). »
Des constatations moins pessimistes mais de môme sens se retrouvent dans le rapport du délégué des pas- ^1 1 rentiers (4), et plus encore dans celui du délégué de la serrurerie. « Tout est surprise, s'écrie-t-il, dans l'outillage mécanique; les progrès faits sur nous sont considérables. » Et il décrit des machines à percer et à tarauder, des tours à fileter, des forges portatives, etc., tous outils qu'il déclare « absolument inconnus » en France (5).
En Angleterre , il est facile aussi de constater que le
(1) Rapport d'ensemble, p. 344 et 346.
(2) id., p. 357.
(3) id., p. 387.
(4) id., p. 389,390,393.
(6) id., p. 428,429.
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machinisme est moins développé qu'aux États-Unis; les usiniers américains le proclament volontiers, et leurs concurrents anglais le reconnaissent souvent en s'en faisant gloire. « Nous demandons plus de fini dans l'ouvrage, more finishing, » disent-ils. C'est le témoignage que j'ai plusieurs fois recueilli, notamment dans les industries du fer, de la bouche des patrons anglais. Cette prétention au fini, parfois justifiée d'ailleurs, est le dernier retranchement des spécialités menacées par le machinisme; ne pouvant pas supporter la concurrence au point de vue des prix, les producteurs qui conservent le travail à la main des spécialistes vantent la qualité supérieure de leur marchandise. Qu'ils aient tort ou raison en cela, ce n'est pas ce qui nous occupe actuellement; l'important pour nous est de noter l'avance marquée du machinisme américain sur le machinisme anglais.
Les patrons anglais ne sont pas seuls d'ailleurs à la reconnaître indirectement. On rencontre en Angleterre conune en Ecosse beaucoup d'ouvriers qui sont allés essayer leur chance aux Etats-Unis , et qui sont revenus, trouvant que leur apprentissage ne leur assurait plus là-bas la même supériorité que dans le « vieux pays ». A plusieurs reprises, j'ai eu l'occasion de constater leur répugnance de spécialistes à s'abaisser devant le machinisme. « On ne fait en Amérique qu'un travail grossier, un sous-travail {under ivork), » me dit un plombier de Londres. Un mécanicien de Birmingham me raconte « qu'il n'était plus qu'un enfant » dans les usines américaines. Il faut croire 'que ce genre d'humiliation est pénible, puisque chez beaucoup d'émigrants anglais la supériorité des salaires américains ne lui fait pas équilibre. Ceux qui se fixent aux États-Unis y arriven i