‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 63 sur 91 · L'INTENSITÉ DE L'ÉVOLUTION INDUSTRIELLE · texte numérisé non relu

L'INTENSITÉ DE L'ÉVOLUTION INDUSTRIELLE

de s'arrêter en si beau chemin , et on parle d'une vaste opération, destinée à englober une énorme quantité d'aciéries, pour laquelle un capital de deux milliards et demi de francs serait nécessaire.

Là même où le machinisme pénètre peu, là où, par conséquent, révolution industrielle ne se fait guère sentir, la grande extension de la clientèle due Jl l'évolution coi:nmerciale favorise encore la concentration et substitue le grand patron au petit patron. C'est le phénomène bien connu des magasins de nouveautés donnant à domicile leur travail de couture, des grands magasins de confection, d'ameublement, etc. Dans ce type, on n'aboutit pas toujours au grand atelier,, mais l'ouvrier se trouve néanmoins en présence d'un patron puissant, intermédiaire obligé entre lui et la clientèle éloignée paur laquelle il travaille, et son isolement de ses camarades ne fait qu'aggraver sa situation. C'est le sweating sysiem avec son triste cortège de souffrances et d'exploitations (1). Une circonstance contribue à le développer aux Élats-Unis, c'est la clientèle énorme qu'y rencontrent les marchandises de pacotille; l'article fait sur commande est rare, et le prix de la main-d'œuvre le rend inabordable aux bourses iidinaires. M. Henry White, secrétaire général des ouvriers américains de la confection, en faisait récemment la remarque en ce qui concerne son métier, dans un travail publié par le Department of Lahor de Washington (2); elle pourrait s'étendre justement à plusieurs autres métiers. En revanche, il est vrai, les États-Unis ont plus de chances que l'Europe de voir le

(1) Sur les causes qui déterminent le Sweating System, voir La Question ouvrière en Angleterre, i^ partie, chap. m,§ 2.

(2) Bulletin of the Department of Labor. May 1896, p. 361.

sweating system diminuer sur leur territoire en raison de leur goût et de leur habitude du machinisme. Tout progrès du machinisme , tendant à réunir les travailleurs dans un même atelier, fait cesser leur isolement, les met directement en rapports avec un patron industriel, coupe court aux excès de travail et à l'insalubrité des locaux qui sont deux traits caractéristiques du sweating system; bref le machinisme est le meilleur antagoniste du sweating system. J'ai vu dans le Nord- Ouest, à Saint-Paul en Minnesota, une maison de confection employant environ 350 femmes. La plupart d'entre elles arrivaient à gagner un dollar par jour, quelques-unes, en très petit nombre, deux dollars. Le seul fait de recourir souvent à quelques machines simples pour certains détails de leur travail permettait au chef de la maison de les mieux payer à condition de les réunir dans le même local à portée de ces machines. Il donnait peu d'ouvrage à domicile. Avec un peu plus de machinisme il n'aurait pas pu en donner du tout. Les ateliers étaient parfaitement sains, le travail durait ordinairement neuf heures par jour ; c'est évidemment un grand progrès sur les conditions d'emploi des ouvrières en chambre exploitées par un sous-entrepreneur qui accepte une besogne déterminée au rabais, se rattrape sur l'extrême modicité des salaires qu'il accorde , et échappe facilement à la surveillance des inspecteurs du travail chargés de faire fermer les ateliers insalubres ou de réprimer le surmenage résultant des journées prolongées sans mesure.

Avec la grande usine comme avec le sweating system, avec le grand patron industriel comme avec le grand patron commerçant, la même nécessité s'impose auX

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