I. — LES GROS SALAIRES
Parmi les conditions spéciales que rencontrait l'industrie naissante aux États-Unis vers le milieu de ce siècle, il en est une qui s'est toujours maintenue jusqu'à nos jours et qui a joué un rôle considérable dans son mode de développement, c'est le taux élevé des salaires (1). J'ai déjà signalé la cause de ce phénomène ; je la rappelle ici en quelques mots.
L'abondance des terres vacantes et les facilités offertes aux émigrants pour s'y établir permettent à beaucoup d'individus sans capitaux de créer des ins-
(1) Dans son récent ouvrage sur YOuvi'ier américain, M. Levasseur estime que les salaires anglais sont d'environ 35 % inférieurs aux salaires américains (t. I, p. 381). Quant aux salaires français il pense qu'ils n'atteignent pas la moitié des salaires américains (t. I, p. 384). On sait que les salaires allemands sont généralement moindres que les salaires français (Id., ibid.). Il s'agit ici des salaires des hommes. Quant aux salaires des femmes, ils sont en Amérique comme en Europe environ moitié moindres que ceux des hommes (t. I, p. 419 à 421). La supériorité des salaires américains sur les salaires européens est donc bien établie.