‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 7 sur 91 · I. — LA DIVERSITÉ DES TYPES · texte numérisé non relu

I. — LA DIVERSITÉ DES TYPES

Parmi les territoires récemment ouverts à la colonisation, un de ceux qui ont le plus attiré l'attention publique est l'Oklahoraa, petite contrée enclavée au milieu des Réserves indiennes , à cinquante milles environ de la frontière méridionale du Kansas. Curieux de voir par moi-même un pays bien authentiquement neuf, je m'étais promis de visiter celui-là, et lo 33 avril 1890, un an et un jour après son ouverture , j'arrivais dans rOklaboma.

Le voyage n'offre d'ailleurs aucune difficulté matérielle : on prend son billet de chemin de fer pour Guthrie ou pour Oklahoma City , comme s*il s'agissait d'aller à Lyon ou à Bordeaux ; seulement , en regardant au travers des glaces du wagon, le spectacle qu'on a sous les yeux reporte la pensée vers Fenimore Cooper plutôt que vers les campagnes de lu France.

Très peu de temps après avoir passé à Arkansas City, on atteint la limite de la Réserve des Gherokees, et toute trace de civilisation disparaît : la Prairie nue et légèrement ondulée n'est plus coupée d'aucune barrière, ni égayée d'aucune habitation. Parfois, on aperçoit quelque troupeau de bestiaux que des Peaux- Rouges à cheval font paître pour le compte d'un colon du Kansas, puis la solitude recommence. Aussi loin que l'œil fouille l'horizon, il ne découvre rien que l'éternelle Prairie, si souvent et si justement comparée à la mer sans bornes.

Cependant, tout le long de la voie, un sentier très foulé marque la route des émigrants; des cadavres de chevaux, de mulets et de bestiaux gisent çà et là, abandonnés par les colons dont ils traînaient les chariots; on dirait un chemin de caravane.

On entre sans s'en apercevoir dans l'Oklahoma. A la première station située sur la nouvelle colonie, on voit seulement un groupe de deux ou trois petites maisons élevées hâtivement aux environs de la gare ; les plus élégantes sont en planches, d'autres consistent en cadres de bois sur lesquels on a tendu des pièces de toile, sortes de tentes carrées d'un aspect peu confortable : ce sont des magasins ou des auberges. Bientôt la campagne s'anime. Sur le bord d'un petit ruisseau, voici une maison de bois assez bien bâtie, soigneusement peinte, entourée d'un enclos fermé par des ronces artificielles et bien cultivé; un homme, le colon sans doute , se carre sur la porte pour voir passer le train. Il a l'air important d'un propriétaire campagnard et toute sa personne semble exprimer l'aisance et le contentement. A côté de lui, d'autres installations plus provisoires sont occupées par des

Page 1