A CITÉ-EMPIRE
inents auxquels elle n'a laissé d'autre choix que Tabsorption ou la mort.
11 existe cependant une puissance financière d'un caractère collectif, c'est celle des compagnies d'assurances; mais elle doit précisément son importance à l'énergie individuelle de la race et aux entreprises hasardées dont chacun court les risques : je m'explique.
L'immense majorité des pères de famille américains ne possèdent pas, même dans la classe riche, parmi les gens qui vivent avec aisance , de patrimoine proprement dit. Quand on gagne assez d'argent pour nourrir une famille , on se marie , on travaille à force : la femme et les jeunes enfants vivent du travail du mari, comme cela se passe chez nous dans-la classe ouvrière; s'il réussit mal, il y a souffrance, mais il se remet de suite à un autre travail, et tant qu'il est là, tout malheur d'argent est remédiable ; au contraire , la situation devient impossible s'il meurt sans rien laisser après lui. Contre ce risque énorme , le plus grave de tous, le seul qui ne soit pas réparable, l'Américain, cherche à se prémunir et, pour cela, il contracte une assurance sur la vie; de là la prospérité des compagnies d'assurances.
En France , nous avons des compagnies semblables et quelques-unes ont fait de superbes bénéflces, mais elles sont infiniment moins développées; il y a peu de pères parmi nous, dans la classe non ouvrière, qui soient les seuls soutiens de leur famille; beaucoup sont fonctionnaires, reçoivent un traitement maigre mais régulier, ont droit à une retraite , dont , en cas de mort, leur veuve touche encore une partie; de plus, leur femme a presque toujours reçu une dot en se mariant, et elle a généralement droit à une part de
patrimoine à la mort de ses parents. La disparition du chef de famille n'entraîne donc pas, dans la plupart des cas, la suppression brusque et complète des ressources de cette famille.
Ici, au contraire, c'est le père seul qui nourrit la famille : la femme n'a pas de dot, souvent pas de patrimoine; si le père meurt, elle reste sans pain. Une assurance sur la vie qui lui procure un douaire et la met à même d'élever ses enfants jusqu'au moment où ils seront en âge de se créer une situation indépendante, est donc nécessaire à la sécurité de son existence.
Dans une société où toutes les familles sont constituées de cette manière, les compagnies d'assurances ont une clientèle innombrable; tout Américain a besoin de leur aide; ceux qui ne s'adressent pas à elles sont membres de sociétés de secours mutuels qui leur assurent des avantages analogues; en plus, certaines corporations les donnent à leurs membres à l'aide de combinaisons diverses : par exemple, la famille de chacun des agents de change inscrits au Stock Fxchange reçoit à la mort de son chef un capital de 10.000 dollars; de même au Produce Exchange, etc.
Il suit de là que les compagnies d'assurances disposent d'énormes capitaux, et les plus importantes, telles que la Mutual Life, la New- York et V Équitable, ont plus de poids sur le marché de Nev^-York que toutes les banques réunies de là ville. Le caractère de ces institutions leur interdit toute entreprise risquée, mais elles font certaines opérations de banque, des prêts sur gages, par exemple. Des bâtiments de dimensions colossales et d'un aspect luxueux proclament leur richesse et inspirent confiance à l'assuré; on peut d'ail-