‹ La vie américaineChapitre 10 sur 52 · LES MLLES SANS DOT · texte numérisé non relu

LES MLLES SANS DOT

la preuve suflisante d'un engagement; s'ils s'oublient jusqu'à eflleurer de leurs lèvres son front virginal^ leur affaire est claire; inutile de nier le fait d'ailleurs, car le petit frère posté derrière un rideau avec son appareil photographique instantané se trouve en possession d'un document révélateur.

Malgré cela, il faut reconnaître que le mariage gagne aux dangers même de la coquetterie féminine un caractère sérieux qu'il n'a pas au même degré dans notre société. On ne s'aventure qu'avec précaution sur un terrain semé d'aussi nombreuses embûches; les étourdis donnent dans le panneau et pâtissent; les autres ont la faculté de choisir leur femme, s'écartent prudemment de la coquette et savent à peu près ce qu'ils font quand ils se marient.

De leur côté, les jeunes filles gagnent aussi à ce régime; elles sont plus respectées que chez nous ; les conséquences du manque de respect ont une gravité telle que personne ne se soucie do les supporter, et l'absence de dot évite les calculs blessants auxquels nous sommes habitués. Dans son ménage, la femme américaine a par suite une position très digne; elle est même exigeante et réduit assez volontiers son mari au rôle de petit garçon, trouve parfois fort mauvais qu'il fume en sa présence et sait très bien faire prévaloir sa propre opinion en cas de dissentiment. C'est une reine. Avec des traits différents, il en est ainsi du haut en bas de la société. Dans la classe ouvrière, la femme mariée ne va généralement pas à l'atelier, comme nous l'avons vu ; il faut avoir un mari ivrosrne

pour être obligée de gagner soi-même son salaire; cependant, l'honnête ouvrier qui travaille tout le jour pour faire vivre sa famille n'affecte pas des allures de patriarche quand il vient s'asseoir à son foyer. En franchissant le seuil de sa maison, il ne perd pas, il , est vrai, le droit de fumer sa pipe, mais il est toujours un peu l'hôte de sa femme; c'est elle qui gouverne.

Elle n'a pas pour cela le caractère d'une souveraine absolue et respecte l'indépendance de son mari en ce qui concerne ses attributions propres , comme celui-ci respecte les siennes. Chacun a son domaine où il reste maître, le mari dans ses affaires qu'il arrange à sa manière, la femme dans sa maison qu'elle dirige à sa guise. Au reste, chacun de ces domaines est matériellement séparé, car le mari américain fait ses affaires hors de chez lui, à son atelier ou à son office; il ne travaille pas à son foyer, il s'y repose. Au contraire, le foyer reste le théâtre de l'activité féminine.

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