‹ La vie américaineChapitre 9 sur 52 · LES FILLES SANS DOT · texte numérisé non relu

LES FILLES SANS DOT

ornée d'un petit fouillis de rubans qui rappelait symboliquement un bonnet, la jupe courte et recouverte d'un élégant tablier; après avoir inspecté les fourneaux et surveillé la cuisson de leurs beefsteacks, pour vérifier l'absence de toute supercherie, ils s'asseyaient à une table bien fleurie, bien servie et, quelques semaines plus tard, l'Ohio comptait six jeunes ménages de plus.

Ces mœurs sont bien loin des nôtres. J'imagine l'épouvantable scandale que causerait pareille escapade dans une de nos petites villes de province, d'honnêtes filles ne la risqueraient certainement pas; ici on trouve l'aventure charmante, c'est la suite de l'éducation que nous savons. En plus, le mariage américain est une alliance entre deux personnes beaucoup plus qu'une alliance entre deux familles, les parents ne soutiennent aucunement le jeune ménage, ils n'interviennent pas non plus directement dans le choix réciproque des deux conjoints ; on est chargé de se marier soi-même.

Par suite, on ne rencontre pas aux États-Unis la classe si intéressante chez nous des marieurs de profession. 11 n'y a pas de ces vieilles douairières qui semblent avoir entrepris à forfait le bonheur de leurs semblables et emploient activement leurs loisirs à combiner des rencontres fortuites entre les différents membres de leur nombreuse clientèle. Les Américains ont supprimé cet intermédiaire.

Il n'y a pas à craindre d'ailleurs que les jeunes gens s'engagent à la légère dans cette voie si grave du

mariage, où nous entrons d'ordinaire avec tout le cortège de notre famille et sous la sauvegarde de ses conseils; la moindre promesse est en effet très compromettante et peut donner lieu à une action judiciaire en dommages-intérêts, si on n'y demeure pas fidèle. A côté des libres rj^pports entre jeanes gens et jeunes filles, les mœurs et les lois ont placé une sévère répression de la séduction; à côté du libre arrangement des mariages, elles ont placé la difficulté de se dégager. Tout concourt à faire sérieusement réfléchir les amoureux, à calmer leur ardeur; on leur laisse en apparence toute latitude, mais on leur fait sentir lourdement le poids de la responsabilité qu'ils assument.

« Chère Mabel, dit un jeune imprudent à sa fiancée , je crains bien que nos fiançailles viennent à se rompre, mais ne prenez pas la chose trop à cœur. — Oh! soyez sans inquiétude, cher Bobby, je la prendrai du bon côté ; vous serez poursuivi en justice pour 20.000 dollars. »

Ces mœurs ont un inconvénient, toutefois; elles encouragent le manège de coquetterie auquel une femme est naturellement disposée. Quand une fille de vingt-cinq ans se trouve prise de la rage matrimoniale, il n'est pas de piège qu'elle ne tende aux représentants du sexe fort. Gare à eux si, dans un moment d'enthousiasme, ils se permettent de lui offrir une boîte de candies! (bonbons). Cela équivaut, en Amérique, à l'envoi classique d'un bouquet de fleurs chez nous, et peut-être le iu^e verra-t-il dans cet innocent cadeau

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