I. — LES LXSTALLATIO.NS F.\MILI.\LES
Le goût de l'indépendance, que la vie américaine manifeste par tant de traits, éclate d'une manière toute particulière dans les installations familiales. L'homme qui a durement travaillé tout le jour, pour ne dépendre de personne et faire vivre sa famille, veut, une fois ses affaires terminées, trouver à son foyer la pai.x et le repos; c'est un petit sanctuaire d'où il éloigne les importuns.
Sur les ranches ou sur les fermes de l'Ouest, il n'est pas besoin de s'isoler artificiellement pour éviter l'en-
(1) Mes lecteurs voudront bien remarquer qu'il ne s'agit ici que des installations urbaines. Les autres, celles quç l'on rencontre sur les ranches, sur les farms , dans les petites villes naissantes de l'Ouest, ont été décrites au cours des chapitres où ces sujets ont été traités. (V. Hanches, Fermes et Usines).
combrement et la promiscuité; dans les villes, c'est autre chose. Tout porte à l'entassement, à la vie en commun, mais les Américains résistent autant que possible à cette influence, et on peut dire qu'ils s'installent en ville comme les Parisiens s'installent à la campagne. Si vous voulez avoir, sans quitter la France, une idée approximative du quartier des résidences dans une ville américaine, allez à Montmorency, à Maisons-Lafûtte, à Bellevue; les maisons que vous y rencontrerez ont bien plus de rapports avec la demeure d'un Américain de Chicago que les immenses casernes où nous logeons à Paris.
Ce n'est pas, en effet, au centre des grandes villes que l'on établit son home; les affaires s'y traitent, les familles n'y vivent pas. Allez où vous voudrez en Amérique, à Philadelphie, à Saint-Louis, à Chicago, vous trouverez partout cette séparation bien tranchée entre le quartier des affaires et le quartier des résidences. Tous les matins, vous verrez les tramways qui se rendent dans la direction du premier, absolument bondés de voyageurs; même répétition tous les soirs quand ils reviennent; mais s'il vous plaît, à vous qui voyagez et qui flânez, de vous faire transporter en sens contraire , de quitter le matin votre hôtel pour aller donner un coup d'oeil aux jolies villas ou aux parcs qui entourent la ville, vous êtes sûr d'avoir la libre disposition d'un tramway pour vous tout seul. Par une journée de printemps c'est une sensation fort agréable : on s'en va respirer à Taise au milieu des avenues ombragées, le long desquelles s'élèvent, de distance