‹ La vie américaineChapitre 17 sur 52 · LES INSTALLATIONS FAMILIALES · texte numérisé non relu

LES INSTALLATIONS FAMILIALES

en distance, de coquettes habitations, et, pendant qu'on se réjouit d'échapper ainsi à une atmosphère lourde, on croise à toute minute les cars remplis de malheureux qui courent s'y plonger toute la journée.

Du moins, ils savent le prix d'un air salubre et en procurent l'avantage à leur femme et à leurs enfants. « Achetez vos maisons à Long-Island, dit une affiche transparente que je vois un soir à New- York, air frais , trains rapides , etc. » Dans son laconisme , cette affiche met bien en relief les trois conditions que désire un Américain pour son installation : d'abord qu'elle soit à lui : « Achetez vos maisons », il ne s'agit pas de louer un appartement, mais d'être chez soi et seul chez soi ; si avec cela on a de l'air respirable et un moyen prompt de venir le matin à ses affaires , on est bien installé. D'autres annonces remplissent les journaux, se retrouvent en face de vous dans les cars, ou s'étalent sur les murs avec les promesses les plus alléchantes et des considérations philosophiques sur la joie du home, sa dignité, son confort, etc., etc. On sent que le désir de posséder sa maison est assez général pour que tout le monde soit sensible à ces considérations.

Le grand obstacle à la réalisation de ce désir, c'est a cherté des terrains , mais on le tourne en allant assez loin de la ville pour trouver des prix abordables ; il n'est pas rare qu'on habite à 4 ou o milles de son oflîce; parfois même, le long des lignes de chemin de fer, les quartiers suburbains s'étendent à de plus longues distances. Impossible alors de savoir où la

ville finit et où elle commence. Un jour, à Omaha, je prends un buggy pour faire une promenade avec mon compagnon de voyage; nous roulons rapidement et à l'aventure sur les larges promenades plantées de cottomuoods et bordées de pittoresques demeures; à mesure que nous nous éloignons des rives du Missouri, la chaussée devient plus raboteuse ; parfois nous sommes obligés de tourner bride pour éviter une ornière trop profonde ou un chemin en construction; cependant nous voyons toujours des maisons devant nous , et notre léger équipage nous amène bientôt au milieu de bois encore inexploités, mais parsemés de modestes cottages, quelques-uns frais et élégants. De temps à autre des poteaux nous apprennent que nous circulons dans une rue , mais en fait la voiture se heurte à chaque tour de roue contre de gros troncs d'arbres coupés au-dessus du sol et nous essayons sans succès de revenir sur nos pas. A la fin, nous demandons notre chemin à un passant; il nous apprend que notre hôtel est à 4 milles environ et que nous roulons depuis une heure en dehors d'Omaha.

Les maisons occupées par la classe aisée n'ont pas la même uniformité de type que les maisons ouvrières, surtout en ce qui concerne leur forme extérieure où l'imprévu et la fantaisie régnent en maîtres, mais, à lintérieur elles offrent un caractère constant qui se retrouve aussi bien chez l'employé de commerce débutant dans la vie et dans la fortune que chez le riche industriel.

En effet, toutes sont construites en vue de la vie de

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