LES INSTALLATIONS FAMILIALES
robe fraîche fait triste figure dans celte mêlée. Vous me direz qu'on peut prendre une voiture, mais il n'y en a pas ou elles sont hors de prix; on peut aussi avoir son équipage, mais c'est très exceptionnel, beaucoup plus exceptionnel qu'en France. Bref, le fléau des visites et des jours n'a pas encore franchi l'Océan et, s'il le franchit jamais, les Américains trouveront leurs maisons mal aménagées pour le subir.
Au fait, ces maisons ressemblent à la vie américaine. Elles sont faites pour ceux qui y habitent, non pour ceux qui y viennent en passant. Comparez-les à un palais italien; là, ce sont de grandes pièces qu'il faut peupler d'une foule pour les animer; la vie de famille paraît triste et disproportionnée dans les immenses salons, mais les fêtes s'y développent avec splendeur; ici, on n'est bien qu'avec sa femme et ses enfants.
Par un autre côté, encore les maisons américaines reflètent l'image de la société. Elles ont, en général, un caractère provisoire. Elles sont construites légèrement en bois ou en briques; on sent que leurs habitants ne désirent pas se fixer pour toujours. Beaucoup peuvent se transporter, toutes brûlent avec une merveilleuse facilité, et c'est à peine si un incendie attire quelques curieux, tant le fait est fréquent.
Quand les Américains veulent se donner une maison de plaisance, quand ils sortent de la conception du home restreint à la famille, c'est ordinairement en dehors des grandes villes qu'ils vont s'établir. Exceptez New- York avec les beaux hôtels de Fifth ave-
C6 LEDLTAÏION ET L\ SOCIÉTÉ.
nue qui sont un phénomène européen, c'est à Newport ou dans une villégiature de ce genre que le Yankee millionnaire aime à étaler son faste. Tout autour de Philadelphie, il existe de fort belles installations de ce genre; il faut franchir vingt ou trente milles pour les rencontrer, il faut aller au delà des suburbs les plus éloignés.
A New- York même, il est bien porté aujourd'hui de n'avoir en ville qu'un simple pied à terre et de faire ailleurs sa principale installation; c'est un reflet de la grande vie anglaise. On laisse les suburbs aux commis, aux employés, à l'ensemble de la middle class; jamais, par exemple, un riche New-Y'^orkais ne consentirait à bâtir une villa sur les délicieux coteaux d'Hoboken d'où on domine la baie; les .\llemands ont envahi tout ce quartier et en compromettent le caractère fashionable ; Brooklyn lui-même , malgré Prospect park et les jolis horizons de Greenwood, n'est pas à la mode, mais on peut, sans déroger, dépenser quelques centaines de mille dollars à se bâtir une villa à Newport. C'est très bon genre.