‹ La vie américaineChapitre 22 sur 52 · NEW- YORK ET LES « BOAKDING HOUSES · texte numérisé non relu

NEW- YORK ET LES « BOAKDING HOUSES

boarding n'est pas fait pour eux, mais pour des célibataires.

A côté de cette odieuse pension bourgeoise, il est un autre genre de boardinçj très familial qu'il ne faut pas confondre avec elle. Très souvent un jeune homme, quelquefois même un jeune ménage, s'installent dans une famille privée qui les loge et les nourrit. Ils deviennent alors les hôtes et comme un prolongement de cette famille; c'est le boarding in privais family qui encombre les feuilles d'annonces de tous les journaux.

« Un jeune homme serait heureux de trouver un home dans une bonne famille ayant des enfants de son âge. ))

<r Un monsieur dans les affaires, quarante ans, excellente tenue, désire un home dans une famille moyenne (ne veut pas d'un boœrding house), est absent la moitié de l'année, mais paie bien pendant son séjour. »

a Deux jeunes gens demandent à être admis comme pensionnaires dans une famille possédant un terrain de lawn tennis. »

« Mari et femme consentant à payer pour installation de premier ordre demandent logement et pension dans famille privée. »

« Un monsieur demande pension dans une famille distinguée {of social standing); paiera bien, mais désire avoir tous les conforts d'un home. Offre et exige les plus hautes références. Donner des détails- complets dans la réponse. »

Celte variété de boarding est tout le contraire de

l'autre à un certain point de vue. Elle remplace sa banalité par nne sorte d'adoption d'un caractère spécial; elle manque la persistance de l'esprit familial et particulariste au milieu de l'entassement fatal des grandes cités.

Mais elle disparaît à New-York par suite de la rareté de plus en plus grande des installations privées dans la classe moyenne. Le riche Yankee qui s'offre un hôtel n'accepte pas de pensionnaires, bien entendu; il n'a pas besoin de cette ressource accessoire pour tenir sa maison ; quant au bourgeois modeste qui serait heureux de partager avec une ou deux personnes les frais généraux de son ménage , il n'a pas de maison à lui , le développement de la ville et la cherté des terrains qui en résulte l'ont exproprié en fait.

C'est donc le boarding house banal, dirigé par une personne dont c'est l'industrie de le tenir, qui domine à New-York. De là sans doute cette légende que les Américains vivent à l'hôtel, légende qui a son apparence de vérité dans l'Est et que colportent beaucoup d'Européens peu soucieux d'aller voir ce qui se passe en dehors de New- York.

Une fois, je me suis demandé si j'avais mis la main sur cet Américain qui vit avec sa famille dans un immense hôtel de voyageurs et dont nous parlons souvent en France. C'était à Boston; j'allais voir un monsieur dont on m'avait donné l'adresse, et arrivé au numéro indiqué, je me trouve devant une grande maison fort peu semblable aux demeures ordinaires des Américains, sur la porte de laquelle s'étalent ces mots :

m:\v-youk et les « boarding houses ». 73

« X... Hôtel. » Pas moyen d'en douter, le père de famille vit à rhôtel; en effet, je vois une cage d'ascenseur, on me monte à un étage élevé et on m'indique une porte. Je sonne, un domestique vient m'ouvrir, je suis dans un appartement parisien, et mon hôte m'apprend qu'il s'est installé de la sorte pour l'agrément de sa femme habituée aux usages français; en effet, son logement comporte un salon, une salle à manger, une salle de billard, plusieurs chambres à coucher, une cuisine et des dépendances; il y est servi par ses gens et vit comme à Paris; c'est un phénomène de transplantation. Or, on ne trouve guère à Boston de maisons organisées pour être louées par étages, le type de l'immeuble de rapport, tel que nous le concevons en France, existe peu et depuis peu d'années; voilà pourquoi il faut aller à l'hôtel pour se loger comme nous en avons l'habitude.

A New-York, l'invasion du cosmopolitisme a amené depuis quelques années la création de quelques maisons parisiennes avec appartements de plain-pied {/lats), mais elles sont surtout occupées par des Européens. Il y a vingt ans, on appelait ces appartements french flats; aujourd'hui ils n'ont pas encore conquis droit de cité. Sans doute, ils froissent le goût américain de l'indépendance d'une manière moins complète que le boarding house, mais celui-ci a du moins un autre avantage , celui de résoudre la question des domestiques, et c'est une grosse affaire là-bas.

« Si je pouvais avoir une femme pour me servir, je quitterais aujourd'hui même mon boarding , » me di-

VIE AMÉKIOAINE. — Il 5

sait la jeune femme de Brooklyn que connaissent déjà mes lecteurs. Il y a là, en effet, un fait particulier à la vie américaine , la difficulté énorme de trouver des serviteurs. Ceux qui sont assez heureux pour en conserver de médiocres, ou assez simples dans leurs habitudes pour se servir eux-mêmes, peuvent avoir l'agrément d'une maison bien à eux et vont la chercher assez loin du centre pour la trouver à un prix abordable; au contraire, ceux qui ne sont ni capables de se faire servir, ni capables de se servir, prennent fatalement le chemin du boarding.

Ainsi, la question des domestiques a sur l'installation américaine une influence capitale; c'est donc ici le lieu de l'examiner.

Je n'ai pas besoin d'entrer dans de longues considérations pour expliquer à mes lecteurs pourquoi les serviteurs sont rares aux États-Unis. Bien des fois déjà , nous avons constaté que , dans cette vaste contrée dont tant de richesses sont encore inexploitées, la tentation vient naturellement à tout le monde de travailler pour son propre compte, de profller des avantages exceptionnels d'un pays neuf. Le caractère américain se plait à ces entreprises , le crédit les favorise, l'esprit public les encourage; on estime davantage l'homme hardi, même lorsqu'il échoue, que l'homme prudent et timoré, qui ne cherche pas à monter de peur ds descendre.

Dès lors, personne ne consent à se faire domestique de profession; on va bien se placer n'importe où, pendant quelque temps, pour gagner une somme dont on a besoin, mais on n'accepte pas la pensée de vivre et de mourir domestique, on peut faire mieux.

Aussi rien n'est-il drôle pour des yeux français comme les valets d'emprunt qui figurent dans les hôtels les plus élégants. Je me souviens de l'impression bizarre qu'ils me causaient, lorsque, débarqué le matin du transatlantique , je les comparais au digne officier de bouche qui dirigeait le service de la table à bord et paraissait aussi pénétré de la gravité de ses fonctions que le plus solennel des présidents de cour d'assises. Ici, les serviteurs n'ont point ce masque d'impassibilité, cette figure merveilleusement plate que nous souhaitons aux nôtres. Aucun signe distinctif n'accusera leur occupation quand ils auront dépouillé l'habit noir et la cravate blanche de rigueur : les uns portent la moustache, d'autres sont entièrement rasés; ils ont l'air de tout le monde, c'est dire en bon français qu'ils ont mauvais air.

J'ai dit ailleurs comment les jeunes filles qui servent à table dans les hôtels des petites villes de l'Ouest deviennent souvent des prominent ladies en se mariant; même avant de dire ainsi définitivement adieu au tablier de service , elles le quittent et le reprennent avec la plus grande facilité. Être domestique, c'est pour elles une situation temporaire et comme un moyen d'existence accessoire, sur lequel elles retombent quand les autres viennent à leur manquer.

Un Américain de Saint-Louis me citait à ce sujet un assez curieux exemple : il avait chez lui une cuisinière allemande qui faisait son service pendant six à sept mois de l'année, en hiver, mais retournait à chaque printemps sur la ferme paternelle. Il avait bien essayé de la garder en lui promettant des gages très élevés, il l'avait menacée de ne pas la reprendre au retour de l'hiver, mais tous ses efforts avaient échoué. La jeune Allemande quittait Saint-Louis dès que les travaux de la terre réclamaient sa présence , et passait l'été chez son père pour le seconder dans l'exploitation de son domaine. Au fond, cette fille n'était pas cuisinière, mais fermière; si elle se plaçait pendant la mauvaise saison , c'est qu'elle ne trouvait rien à faire sur la ferme et n'était pas fâchée de se constituer un petit pécule, ou peut-être de faciliter à son père le paiement de ses mortgages ; j'imagine bien, en effet, que ce farmer du Missouri avait hypothéqué sa terre pour la mettre en valeur.

Le plus curieux de Ihistoire, c'est que, faute de trouver une cuisinière qui voulût bien demeurer chez lui toute l'année, mon Américain s'arrangeait de celleci. L'été, sa femme et ses filles faisaient la cuisine à tour de rôle, et l'hiver il reprenait sa fermière.

Il n'y aurait encore que demi-mal si ces serviteurs temporaires étaient dociles, si on pouvait les sonner et leur donner un ordre sans s'exposer continuellement à un refus d'obéissance; mais il faut y réfléchii^ à deux fois avant de donner un ordre à un domestique américain. Il n'entend aucunement être à votre ser-

vice pour faire ce qui vous plaira ; il est entré chez vous à certaines conditions, pour accomplir un cfrtain travail déterminé, et avant d'obtempérer à vos désirs, il se demandera toujours s'ils sont conformes au contrat qu'il a passé avec vous. Gomme ce contrat est toujours susceptible d'interprétations diverses dans les raille détails du service , vous voyez d'ici la complication du problème et quelle chose grave cela peut être de dire, aux États-Unis : « Nicole, donnez-moi mes pantoufles et m'apportez mon bonnet de nuit ». Une jeune femme de Kansas City prie un jour sa girl (fille de service) de nettoyer les caoutchoucs de son mari; celle-ci s'indigne , refuse net et demande son compte. Jamais on ne lui avait dit qu'elle aurait à nettoyer les caoutchoucs de monsieur.

Dans les hôtels, après une certaine heure déterrai, née, il est irapossible d'obtenir une tasse de thé; les domestiques sont partis, leur service est fini; ils ont repris le chemin de leur home; ceux qui veillent pour recevoir les voyageurs sont spécialement chargés de ce soin, mais ne pénètrent pas à l'office et vous répondent gracieusement qu'il y a en ville des restaurants de nuit, quand on leur demande le moindre réconfortant. C'est ainsi que j'ai été personnellement accueilli , Pittsburgh , après un long voyage compliqué d'un accident de chemin de fer; nous étions restés en détresse pendant trois ou quatre heures , la voie se trouvant encombrée devant nous par un train de marchandises déraillé et, au lieu d'arriver à huit heures du soir, nous étions entrés en gare de Pittsburofh vers

minuit. L'heure du dîner était donc bien passée quand je débarquai à Ihotel , et c'est précisément pour cela que je mourais de faim, malgré mes fréquents recours aux bananes et aux oranges qu'on vous offre toujours en chemin de fer; aussi n'ai-je pas oublié le refus péremptoire de toute nourriture que m'opposa le clei'k du bureau et son invitation à chercher un restaurant de nuit.

Les serviteurs américains sont des ouvriers à la tâche ^ qui conservent leur indépendance complète et ne doivent au maître que le travail convenu, il leur paraîtrait très abusif que celui-ci veillât sur leur conduite et leur donnât des conseils. Si vous avez une femme de chambre jeune, elle recevra son fiancé, sortira tant qu'il lui plaira et, d'une manière générale, agira complètement à sa guise en dehors des heures de travail fixées par vos conventions. Remarquez d'ailleurs que, si elle était chez sa mère, il en serait à peu près ainsi; des filles élevées de la manière que nous avons dite ne sauraient accepter une dépendance étroite, et les habitudes que nous constatons chez les domestiques sont, en somme, celles qui se retrouvent dans la nation tout entière.

Une autre cause contribue à augmenter leurs exigences, c'est leur petit nombre: ce n'est pas assez de dire qu'on est mal servi en Amérique; la vérité, c'est qu'on n'est pas servi.

Trois ou quatre fois au moins, il m'est arrivé, dans l'Ouest, la méprise que voici : j'allais me présenter dans une maison avec une lettre de recommandation;

je la romettais à la personne qui venait m'ouvrir avec prière de la faire passer à ses maîtres, et... cette personne l'ouvrait en ma présence; j'avais devant moi la maîtresse de la maison. Chaque fois, je me faisais intérieurement d'amers reproches en me disant que j'aurais dû m'en douter, mais les apparences sont quelquefois trompeuses et j'étais vraiment excusable. Une fois notamment, la jeune femme qui avait répondu à mon coup de sonnette portait un joli petit tablier blanc garni de broderies et tenait un enfant par la main. Comment se rendre compte que ce n'était pas une bonne? Pour réparer ma faute, je caressai beaucoup l'enfant et m'extasiai sur sa gentillesse, petite manœuvre innocente à laquelle ne résistent pas les mères. 11 faut dire aussi que dans les États de l'extrême Ouest, les domestiques sont si rares que personne ne rougit de n'en pas avoir et d'ouvrir soimême sa porte.

Même à l'Est et chez des gens riches, le service est souvent nul. J'ai dîné dans des maisons fort élégantes sans y voir ni maître d'hôtel, ni valet de chambre, ni laquais d'aucune sorte. A un repas de quatorze couverts, chez un Bostonien qui a environ 400.000 francs de rente et qui les dépense, nous sommes servis par une seule girl qui traverse la salle à manger de tempr , en temps. On se passe les plats de convive à convive , on ne change pas les assiettes, la maîtresse de maison fait le thé; un fonctionnaire besoigneux n'oserait pas on France recevoir un étranger à sa table avec aussi peu d'apparat.

Il y a bien, dans les villes de l'Est, des Américains qui se rendent compte de cela et rougissent d'offrir à un Européen l'hospitalité de leur home confortable, cossu, mais dépourvu des facilités de service auxquelles nous sommes accoutumés. Dans l'Ouest, on est plus simple et plus hospitalier; c'est là une différence assez sensible pour que les Américains la saisis* sent et s'en amusent eux-mêmes. On raconte à ce sujet l'histoire d'un étranger qui, accueilli à bras ouverts dans plusieurs États de l'Ouest, arrive à Boston et s'étonne du peu d'empressement qu'on met à lui faire fête. Les maisons se ferment devant lui, personne ne lui offre de s'asseoir à sa table; seul, un vieux puritain lui demande de vouloir bien prendre place dans son banc d'église, le dimanche suivant : I hope y ou icill sit in my jjeiv on sunday next. Le trait est juste.

On peut se demander pourquoi des gens aussi riches que les Américains de l'Est n'arrivent pas à se procurer des domestiques européens en leur offrant de très gros gages. Il ne manque pas, sur le pavé de Paris, d'individus susceptibles de se faire une tête de valet correct et auxquels un traitement de 300 francs par mois ne serait pas désagréable; cependant, même à New- York, on trouve très difficilement à se faire servir.

Ce n'est pas que l'Europe refuse à l'Amérique des émigrants pauvres; tous les ans, l'Irlande et l'Allemagne lui en envoient un grand nombre, dont plusieurs se placent comme domestiques à leur arrivée; mais

eux aussi sont férus du désir d'indépendance général aux États-Unis et s'en vont, dès qu'ils ont amassé un petit pécule, pour le risquer dans une entreprise quelconque. Les cuisiniers français se font restaurateurs; les Allemands tiennent de petits hôtels; plus on les paie cher, plus on hâte le moment où ils croient pouvoir s'établir. 11 est vrai que beaucoup sont incapables de ce calcul et boivent du whiskey tant qu'ils ont un dollar, mais ceux-ci sont de très mauvais serviteurs, comme bien on pense, et s'ils ne vous quittent pas d'eux-mêmes, vous les mettrez à la porte, ce qui ne résout pas la question.

Quant au type du domestique rangé et tranquille, qui n'aspire qu'à se retirer sur ses vieux jours avec quelques économies soigneusement amassées, c'est un être trop prudent pour franchir l'Atlantique ; on ne s'expatrie pas quand on a ce tempérament-là; les seuls individus qui pourraient rester valets aux États- Unis sont donc précisément ceux qui n'y viennent pas.

Bon gré mal gré, il faut donc apprendre à s'en passer. Un grand nombre d'Américaines de New-York, raffinées dans leurs habitudes et riches, imitent re.xemple de Mahomet et vont à la montagne qui ne veut pas venir à elles. De là l'invasion américaine aux Champs- Elysées; d'autres changent constamment de serviteurs, voyagent beaucoup et vont dîner chez Delmonico quand leur Vatel les abandonne; la masse prend gite dans les boarding liouscs.

Quant aux vrais Américains, ils ne fuient pas le mal mais le supportent et le tournent; les femmes se

mettent résolument au ménage, le simplifient le plus qu'elles peuvent, et le monde marche tout de même; seulement, comme beaucoup de choses peuvent s'exécuter rnécaniquement dans ce siècle de vapeur, on en profite pour avoir recours le plus possible à la machine dans le service des maisons.

Rien de curieux à visiter comme le sous-sol d'une installation américaine; on dirait les dessous d'un théâtre. Sur les murs une infinité de tuyaux de plomb, de fils métalliques, les distributions d'eau, de gaz, d'électricité, de vapeur d'eau, qui viennent du dehors; les branchements du steam heater ou de tout autre système de chaufîage, destiné à combattre le climat rigoureux de TAmérique. Vous montez, et vous trouvez dans les divers appartements l'aboutissement et la raison d'être de tout cet appareil. La lumière électrique ou le gaz, souvent les deux, installés dans tous les coins ; à côté de chaque chambre un cabinet de toilette , avec robinets d'eau froide et d'eau chaude , une salle de bains complète; toute la maison chauffée, éclairée, truquée de la cave au grenier pour le plus grand confort de ses hôtes et la plus grande commodité du lavage, du repassage, du séchage, de la cuisine, sans compter le téléphone et le télégraphe, compléments indispensables de la vie américaine. Les mêmes maisons où vous dînerez, servi par une girl allemande ou irlandaise débarquée de la veille, vous offriront ce luxe de mécanique , cet éclairage dispendieux qui paraîtrait exagéré à bien des Français ayant une livrée nombreuse. C'est qu'ici l'argent no suffit

pas à procurer des serviteurs tandis qu'il suffit à payer le travail du plombier.

Dans les hôtels, le machinisme atteint encore un plus haut degré de complication. A V Auditorium Hôtel de Chicago, je vois sur un des murs de ma chambre un grand disque de cuivre, au moyen duquel je puis transmettre un ordre au bureau de l'hôtel, sans déranger personne. Tout autour de ce disque sont inscrits vingt-quatre ordres différents dont voici quelques exemples : Eau glacée^ lettres et paquets, note de rhôtel, montez mes bagages, descendez mes bagages, tout ce quil faut pour écrire, une voiture, la carte des vins, etc., etc. Quand on veut sa note, par exemple, on place sur ces mots : Note de Vhôtel, une aiguille mobile, puis on presse le bouton de sonnerie électrique.placé au centre du disque; un instant après l'aiguille revient à sa position normale, c'est la réponse du bureau, qui vous accuse réception de votre ordre. Tout cela coûte cher à établir sans doute , mais c'est encore plus avantageux pour l'administration de l'hôtel que de payer des gens de service chargés de répondre aux coups de sonnette.

Pour avoir une idée complète de la manière dont s'installent les Américains, il ne suffit pas de les voir chez eux, il faut aussi les voir hors de chez eux. Le besoin de mouvement qui les dévore donne en effet à leurs voyages le caractère d'un fait normal et habituel.

Dans la classe aisée surtout, on vit une partie notable de l'année en chemin de fer, en bateau, dans les stations d'hiver de la Floride, dans les stations d'été des Adirondacks, en Europe, partout sauf chez soi. Ceux que la médiocrité de leurs moyens retient à la chaîne s'arrangent même presque toujours pour la rompre de temps à autre, tant le goût du déplacement est répandu.

A New- York, un homme d'affaires se déconsidère, s'il ne va pas respirer quelques jours dans les montagnes au moment de la grande chaleur et se chauffer au soleil de la Floride pendant la saison rigoureuse ; cela prouve en effet qu'il réussit bien mal Inutile d'ailleurs qu'il prolonge son séjour dans ces lieux, de plaisance; plus il ira les chercher loin, plus il y dépensera et moins il y restera, mieux il sera côté; chacun de ces traits indiquera, en effet, que son temps est précieux et qu'il vaut de l'argent.

Il faut reconnaître, d'ailleurs, que le climat américain justifie la mode du changement d'air. New-York, en particulier, présente des conditions déplorables à ce point de vue; l'hiver, on y gèle : les courants du pôle font assez sentir leur influence pour que la température tombe à un degré très bas et l'humidité de l'île Manhattan donne au froid une âcreté et une puissance de pénétration intenses. Cependant, New-York est à une latitude assez rapprochée de l'Equateur, environ celle de Naples, aussi devient-elle pendant l'été le théâtre d'une lutte constante entre les courants polaires et la chaleur très forte du soleil. De là des va-

riations très brusques. Au mois de juin, j'ai vu des journées commencées avec un soleil de plomb, une température d'étuve, se terminer dans une violente bourrasque qui refroidit subitement l'atmosphère. L'hiver, on grelotte avec 30 degrés centigrades audessous de zéro; au fort de l'été, on se traîne, harassé et affadi , avec 30 ou 40 degrés au-dessus.

Sur la côte de l'Est et au Sud de New-York, Philadelphie, Baltimore et Washington offrent déjà de meilleures conditions climatériques, mais, au Nord- Ouest, l'écart entre les températures extrêmes est plus marqué encore. L'immense vallée plate du Mississipi, ouverte à tous les vents, éloignée des influences océaniennes, sauf dans sa partie la plus méridionale, appelle des accidents atmosphériques intenses, cyclones, blizzards, ou tempêtes de neige; à Chicago, pendant l'été de 1890, cinquante personnes sont mortes d'insolation en un seul jour, les chevaux tombaient dans la rue, frappés eux aussi par la terrible ardeur du soleil, les chiens eux-mêmes n'étaient pas indemnes; cela se passait au mois de juillet, et quelques semaines auparavant, aux premiers jours de mai, on avait encore de la glace.

Mais ce n'est pas seulement pour échapper aux désagréments du climat que les Américains voyagent, c'est aussi pour échapper à leurs occupations, à leurs affaires, pour se reposer. To go abroad, s'en aller au loin, rompre sa chaîne, quel rêve pour un homme qui travaille tout le jouri La fatigue du voyage n'est rien on comparaison du repos d'esprit qu'il procure; « Voyez-

VOUS, me disait un jour un avocat de Chicago, il n'y a vraiment au monde qu'un seul endroit où je me repose, c'est sur mer; là, je suis sûr qu'aucune lettre, qu'aucune dépêche ne viendra m'atteindre et je jouis complètement de me laisser vivre. Après les transatlantiques, c'est l'Europe qui me procure le plus cette sensation de calme bienfaisant, la France surtout. A Paris, tout le monde à l'air d'être en vacances, et la seule vue des Champs-Elysées ou du boulevard me détend les nerfs; aussi, quand je suis trop fatigué, n'ai-je pas recours aux médecins, je saute simplement sur le premier bateau en partance pour l'Europe et je reviens guéri un mois après. »

Ces voyages de santé e.xpliquent bien la vie purement végétative que mènent assez volontiers certains Américains en déplacement. En Floride, on les voit se balancer pendant des heures sur un rocking chair, l'œil vague, la tête renversée, les pieds sur l'objet voisin le plus élevé qu'ils puissent atteindre. 11 faut avoir grand besoin de se reposer pour trouver de l'agrément à cet exercice monotone. Ce n'est pas le moment le plus favorable pour juger les Yankees; c'est une heure négative, un temps d'arrêt dans leur vie. De même, pendant les traversées, beaucoup ne disent rien, ne font rien, se promènent mécaniquement sur le pont. Tandis que les Brésiliens et les autres Américains du Sud jouent un jeu d'enfer en fumant d'énormes cigares ; tandis que les commis-voyageurs français organisent un concert ou font de mauvais calembours, le vrai Yankee parait indifférent à ce qui l'entoure et bâille

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de tout son cœur; les grands spectacles de la nature le touchent peu : quand le soleil couchant embrase l'immense horizon de la pleine mer, quand ses reflets splendides viennent teinter les flots de mille couleurs diverses , on ne voit point qu'il en prenne le moindre souci ; peut-être serez-vous tenté de le trouver stupide , mais suspendez votre jugement et voyez-le dans son cadre normal.

Au fond, tout le monde a l'air un peu stupide à bord. Dans cette réunion de hasard, où la paresse est obligée , où toute faculté ordinairement employée sommeille par force, rien ne révèle l'homme de valeur. La personnalité de marque , c'est celle de l'individu quelconque qui vous fait passer le temps, qui débile la chansonnette, par exemple, c'est celle de Toisif de profession , et l'Américain n'appartient pas à ce type, il n'est oisif que par occasion, ou plutôt il ne l'est jamais ; son repos est une préparation au travail.

Les voyages répondent encore à un autre besoin du Yankee, celui de s'instruire par les yeux. En général, il ne puise pas ses connaissances dans les livres, mais se forme de bonne heure par la pratique de la vie ; ce n'est donc pas un lettré, ni un délicat, mais c'est un observateur; il arrive à se rendre compte des choses qu'il voit, parce que son éducation s'est faite ainsi, et il possède une curiosité particulière qui le porte à l'examen des détails. S'il reste indifférent devant un beau coucher de soleil, en plein Océan, il ne manque pas du moins de visiter les machines du bateau, de s'en faire expliquer le mécanisme et d'en admirer la

puissance. Ce sont là autant de renseignements qu'il emmagasine dans sa mémoire en vue de leur utilité possible. A l'étranger, il visite les musées pour savoir ce que c'est, mais sans que son esprit s'y attache beaucoup, sauf exception; en revanche, il inspecte avec soin les becs de gaz pour savoir s'ils donnent plus ou moins de lumière que chez lui , interroge des statistiques, examine les ressources du pays et se préoccupe de la manière dont vit le paysan, l'ouvrier, l'employé. Beaucoup d'Américains m'ont étonné en me racontant ce qu'ils avaient remarqué dans cet ordre d'idées au cours d'un voyage en France. Les voyages sont donc aussi considérés par eux comme un complément nécessaire d'instruction, un moyen de comparer les hommes elles choses dans divers milieux, d'acquérir de l'expérience.

Ainsi, soit pour une raison, soit pour une autre, ils prennent l'habitude de circuler à tout propos. Ajoutez que leurs affaires les obligent continuellement à se déplacer, et vous aurez l'explication du mouvement perpétuel auquel ils se livrent.

Une conséquence de celte habitude, c'est l'excellente installation de leurs hôtels, de leurs wagons et de leurs bateaux. Dans le hall de tout hôtel un peu important, vous pouvez prendre un billet de chemin de fer, une place de théâtre, une assurance contre les accidents; un notary public est là pour authentiquer les contrats que vous avez conclus; un sténographe écrira vos lettres avec la machinée écrire; un marchand de livres vous vendra des timbres; enfm la

boîte aux lettres, le télégraphe et le téléphone sont à votre disposition. Si vous avez des bagages, le porter de l'hôtel les fera remettre à une connpagnie à'express qui se chargera de les envoyer à votre prochaine destination, vous les trouverez en y arrivant; bref, tout est organisé pour rendre les voyages faciles et, pardessus tout, pour éviter les pertes de temps.

Grâce à l'énorme quantité de voyageurs qu'elles transportent, les compagnies de chemin de fer, peuvent établir des prix très raisonnables et la concurrence les y oblige. De New-York à Chicago, une place de première classe, — la seule classe qui existe, — coûte 104 francs, un peu moins que de Paris à Marseille, mais la distance est beaucoup plus grande (1,479 kilomètres au lieu de 863). Encore, le prix que j'indique est-il celui du tarif offlciel; souvent la concurrence le fait baisser, de telle sorte que, sur l'ensemble d'un voyage aux États-Unis, on peut compter que le chemin de fer coûte à peu près la moitié de ce qu'H coûterait en France pour le même parcours.

En ajoutant au prix de votre billet dix francs par jour et autant par nuit, vous pouvez monter dans le pullman car ou wagon de luxe, qui vous offre des avantages variés. Le jour, vous disposez d'une place considérable, le double de celle qui vous est accordée dans un wagon ordinaire; un fumoir et un cabinet de toilette pour hommes occupent une des extrémités du wagon; un cabinet de toilette pour dames occupe l'autre; en plus, vous avez un wagon-restaurant avec lequel vous communiquez. La nuit, votre siège se

transforme, et vous couchez dans un lit confortable, linfiniment supérieur à ceux des sleeping cars européens; enfin, un nègre dressé à la politesse sous l'influence de M. Pullman, brosse vos habits et cire vos chaussures.

Mais ce n'est pas le dernier mot du confort. Si vous désirez vous isoler des autres voyageurs, vous pouvez, moyennant un supplément, vous installer dans les State rooms, appartements particuliers assez semblables aux cabines de luxe d'un transatlantique, et, sur certaines lignes très fréquentées, les compagnies prévoyantes vous donnent toutes facilités pour faire votre courrier, prendre un bain, vous faire raser, etc. Voici, au surplus, l'énumération des avantages offerts par le Pensylvania railroad sur la ligne de New- York à Chicago :

« A 10 heures du matin, départ du New- York and Chicago limited, composé exclusivement de wagons Pullman communiquant entre eux; salons et appartements particuliers, restaurant, fumoir, wagons à terrasse pour examiner le paysage, renseignements linanciers, sténographes, typeivriters (personnes écrivant avec la machine à écrire), salles de bains pour les deux sexes, femmes de chambre, coiffeur, bibliothèque et toutes les commodités d'un home et d'un o^ce. Chauffage à la vapeur d'eau ; éclairage électrique avec lampes fixes et lampes mobiles. Arrivée à Chicago à 9'' -45 du matin, le lendemain. »

Il est clair qu'on peut vivre plusieurs jours dans une maison roulante aussi bien entendue, sans être

harassé de fatigue. Quand on circule entre deux villes éloignées d'une centaine de lieues l'une de l'autre, rien n'est pratique comme de franchir cette distance pendant la nuit. On se couche le soir, on s'endort, et le lendemain matin, le nègre vient vous secouer à temps pour vous permettre de faire votre toilette avant d'arriver. De cette manière, vous n'avez donné au voyage que les heures de votre sommeil et vous faites des affaires pendant toute une journée, à cent lieues de l'endroit où vous en faisiez la veille. Tout est combiné en vue des gens qui n'ont pas de temps à perdre, parce que cette sorte de gens fait le fond de la population; chez nous, on en trouve à l'état d'exception dans l'industrie et le commerce, mais le propriétaire, le rentier, le fonctionnaire, n'ont pas besoin de se presser autant; au lieu d'employer les heures du voyage à dicter des lettres d'affaires, ils se reposent du voyage qu'ils ont fait en renvoyant au lendemain toute occupation sérieuse.

Même après sa mort, l'Américain voyage vite et c'est au trot que le corbillard le conduit au cimetière, les parents et les amis ne pouvant l'y accompagner sans doute qu'à celle condition. La première fois que j'ai vu un cortège funèbre déiiler sous mes yeux à une allure vive, j'avoue très franchement que j'en ai été choqué ; la majesté de la mort me semblait s'accommoder assez mal avec la rapidité bruyanle de cette

longue série de voitures ; il y a certainement quelque chose de plus solennel et de plus digne dans la coutume des escortes processionnelles que nous faisons en France à nos morts.

Toutefois, je ne crois pas que cette précipitation à se débarrasser des leurs vienne, chez les Américains . d"un manque de respect. Beaucoup de détails, en effet, prouvent le contraire.

C'est d'abord l'ensemble des autres rites funéraires. Les cercueils sont l'objet d'un véritable lu.xe et atteignent parfois des prix énormes; dans une petite ville du Kansas , on rne dit que les plus modestes se paient de 150 à 200 francs. Aux premiers temps de la colonisation et avant les chemins de fer, on se contentait de quatre planches clouées ensemble, ou d'une caisse d'emballage ; c'était l'époque héroïque où le hardi pionnier, qui trouvait la mort loin des siens . était enterré sur le champ de bataille; cela se pratique encore ainsi sans doute dans les quelques territoires du Far West que les voies ferrées ne traversent pas encore , mais partout ailleurs on attache une grande importance à cette marque matérielle de respect.

Une préoccupation morale et religieuse d'un caractère plus élevé se manifeste aussi à ce sujet : il existe dans l'ensemble de la population un souci souvent peu éclairé , mais presque toujours sérieux de V « au delà». J'ai connu, dans une petite ville du Kansas, un vieux colon venu là avant l'installation d'aucun ministre d'aucune religion et qui, plus instruit que la plupart de ses voisins, avait été chargé par eux

de présider aux cérémonies funèbres. Un paroissien apporté d'Europe dans son petit bagage d'émigrant lui servait à lire quelques prières sur le bord de la tombe, et ce minimum de culte témoignait au moins d'une foi sincère dans la vie future.

A New-York, dans le bas de Broadway, au milieu du quartier le plus affairé , à deux pas de Wall Street et des énormes bâtiments de V Equitable , du Surety Building, etc., s'élève l'église de Saint-Paul, entourée, selon la vieille coutume universellement adoptée jadis, de son cimetière paroissial. Les tombes les plus récentes portent la date de 1840 et on a cessé complètement aujourd'hui d'enterrer dans ce cimetière, mais il est tenu avec un soin pieux ; des dalles remontant à 1630 montrent encore leurs inscriptions parfaitement intactes, et je ne sache pas qu'aucun Yankee ait jamais eu l'idée de réclamer la désaffectation de ce terrain; malgré l'immense valeur qu'il représente ; de même à Boston, dans Washington street, un ancien cimetière s'étend tout autour de VOld South Church, et je pourrais citer d'autres exemples nombreux du môme fait. Impossible de ne pas être frappé du saisissant contraste qui existe entre l'animation extraordinaire de la rue et l'éternel repos de ces tombes; ce contraste est instructif d'ailleurs, car il prouve le respect profond des morts. En France, aucune de nos grandes villes ne présente l'activité prodigieuse de New-York. Aucune n'a cru pouvoir conserver dans son enceinte ses anciens cimetières : on a bâti des casernes, des théâtres ou des maisons de rapport sur les terrains

qu'ils occupaient, sans souci de la profanation que l'on commettait ainsi. En cela, la jeune Amérique s'est montrée moins utilitaire et plus respectueuse que ses aînées.

Ce serait une grosse erreur, au surplus, de se représenter les Américains comme les ennemis de la tradition. Chez eux, l'esprit de nouveauté s'allie très bien avec le culte du passé , et cela pour une raison historique et sociale que je crois apercevoir très nettement. Jamais ils n'ont eu à se révolter contre la tradition, comme nous l'avons fait en France, parce que ses représentants ne les ont jamais entravés dans leur libre développement; aucune main pesante n'a comprimé leur essor, aucun pouvoir absolu n'a tenté de les asservir. En France, tout le monde a encore le sentiment d'appartenir par sa naissance et ses opinions au passé ou au présent ; bien des idées étroites s'abritent derrière cette expression : « Je suis un homme d'autrefois » ; bien des idées haineuses et jalouses se résument dans cette autre : « Je suis un homme de mon siècle » . On dirait que deux sociétés campent en présence l'une de l'autre sur le champ de bataille du dix-neuvième siècle. Au lieu de travailler ensemble à l'avenir , elles s'attardent à discuter le passé avec les passions du présent. C'est là le triste héritage que nous ont légué d'anciennes discordes civiles nées d'anciennes erreurs sociales. Ici, au contraire, il n'y a vis-à-vis du passé ni vieilles rancunes ni affections rétrogrades, c'est pour cela qu'il conserve son droit normal au respect de tous.

Avec le développement des grandes villes , la nécessité de créer des cimetières au dehors s'est fait sentir; beaucoup méritent d'être visités.

Forest-Hill cemetery à Boston, Greenwod cemetery à Brooklyn, sont parmi les plus remarquables et les plus fashionables. On ne peut pas y entrer sans être frappé de la ressemblance qu'ils offrent avec les quartiers élégants d'une ville américaine. Imaginez un grand parc avec une vue splendide, à Greenwood surtout, et, jetées un peu au hasard au milieu de ce parc, des tombes éparses. C'est le triomphe de l'habitude et comme la manifestation dernière du goût de l'isolement. Au li'îu des rangées solennelles et compactes du Père-Lachaise, ce sont de jolies allées suivant les pentes naturelles du terrain, contournant de gracieuses pièces d'eau. Çà et là des corbeilles de fleurs, des massifs d'arbustes, quelques grands arbres forestiers, ménagent des points de vue et accompagnent l'architecture des monuments funéraires; c'est la fantaisie du jardin anglais opposée à l'ampleur symétrique du jardin français, l'indépendance du home familial et pittoresque opposée à la promiscuité des luxueuses casernes parisiennes. Il est curieux de voir comment les différences profondes qui existent entre la société américaine et la nôtre se manifestent ainsi jusque dans des détails insigniflants en apparence.

Autre trait de mœurs caractéristique : On me montre dans Greenwood cemetery un monument fort luxueux qui attire l'attention et a coûté , dit-on, plus de cinquante mille dollars. Il avait été construit pour un spé-

culateur heureux, à la suite d'une affaire très fructueuse, mais un revers subit de fortune étant survenu, d'impitoyables créanciers voulurent saisir la demeure dernière de leur débiteur, soutenant qu'elle faisait partie de leur gage au même titre que le reste de ses propriétés. La question fut portée devant les cours de justice; on pouvait soutenir que, par sa destination spéciale, cet immeuble se trouvait placé en dehors du commerce et, pendant que les juges s'attardaient à trancher la difficulté, la fortune, souriant de nouveau au spéculateur, lui permit de désintéresser ses féroces créanciers et de rentrer dans la possession indiscutée de son caveau. En restera-t-il propriétaire jusqu'au jour de sa mort? Je ne voudrais pas l'affirmer.

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