LES COSTUMES
Orléans, tout le monde à l'air de s'habiller à la Bell» Jardinière ou au Bon-Marché. Exceptez, si vous le voulez, les coivboys avec leurs grands chapeaux et leurs pantalons de cuir, pour rester dans la vérité absolue, et vous ne trouverez partout que des gens vêtus de la même manière.
Sans doute , quelques-uns sont propres et beaucoup sont sales; quelques-uns visent à l'élégance et beaucoup se bornent à être couverts , mais aucune distinction sociale ne se révèle par le genre de vêtement qu'ils portent.
Il est clair qu'on ne saurait avoir, aux États-Unis, de ces costumes pittoresques auxquels toute une population reste attachée par tradition locale ancienne, comme ceux des paysans bretons ou des guides pyrénéens; un colon du Dacotah n'a pas les mêmes raisons historiques pour se vêtir d'une manière déterminée, cela saute aux yeux, mais on n'a pas expliqué la chose complètement quand on a remarqué que l'Amérique est un pays neuf, sans passé, sans histoire. Elle n'est pas plus neuve, en effet, à Boston qu'à Rio-de-Janeiro ou à la Plata, et cependant, au Brésil, dans la République Argentine , au Mexique , les costumes sont variés, éclatants de couleur. Un riche propriétaire d'/mcienda ne consentirait point à monter en tramway avec un complet de couleur sombre ; il ne sort de chez lui que sur un cheval superbe, magnifiquement harnaché, et suivi de son majordome; sa selle, ses éperons, son manteau, son feutre, proclament sa richesse et son rang; il y a donc, dans le peu d'impor-
tance attaché au costume chez les Yankees, autre chose que la jeunesse de l'Amérique.
La raison première est dans l'absence générale de formalisme qui règne aux Etats-Unis. On n'a ni le temps ni le goût de s'arrêter à des détails de toilette dans une société où chacun veut se faire une situation indépendante. On ne peut pas s'embarrasser de pareilles misères et on y attache peu de prix, parce qu'on attache beaucoup de prix à autre chose. Un jeune Espagnol se préoccupe infiniment de l'effet qu'il produit par sa mise, et fort peu de gagner lui même l'argent qu'il doit à son tailleur. Si son père veut bien se charger du soin de solder ses factures , il n'en sera même que plus à Taise pour se commander des habits superbes, et ses amis n'en auront pour lui qu'une considération plus marquée. Le jeune Yankee met sa gloire ailleurs et acquiert plus de sympathies en portant la chemise de flanelle due à son travail que le ■vêtement de coupe élégante payé par un autre. Avec de pareilles idées, les distinctions fondées sur le costume disparaissent et le panache perd son prestige.
L'uniformité s'accuse encore par un fait que j'ai plusieurs fois signalé déjà; on change facilement et constamment de profession; dès lors, on n'a ni le costume ni l'air de sa profession. Ce qui est vrai pour les domestiques l'est aussi pour les juges, pour les marchands, pour les cultivateurs, pour les instituteurs, etc.
Cela posé, et le phénomène une fois expliqué, je suis tout prêt à reconnaître qu'il a au point de vue