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CHAPITRE CINQUIÈME L'aristocratie en Amérique

I. L'aristocratie virginienne, autrefois et aujourd'hui. — II. Une aristocratie en formation.

Un livre célèbre , que tout le monde connaît et que personne ne lit plus guère, La Démocratie en Amérique, a jeté dans le public français cette idée que les États-Unis sont uniquement conduits par la démocratie. Cette affirmation, exacte au sens où l'entendait M. de Tocqueville, est souvent interprétée d'une manière abusive, et on s'imagine que là-bas tout individu a la même influence qu'un autre sur la marche de la société. En réalité, la démocratie qui inspire les institutions gouvernementales investit chaque citoyen d'un pouvoir souverain théoriquement égal et quelquesuns d'entre eux de fonctions qui leur donnent une action puissante sur les afîaires publiques. Dans la vie privée l'inégalité est plus frappante encore ; les fonctions supérieures ne sont pas déléguées par la masse, mais conquises par quelques-uns; le pouvoir de fait qu'elles comportent est subi et non octroyé; impossible à la masse de le retirer à qui a su s'en emparer.

Sans doute, il n'existe pas de classe dirigeante, mais il y a une élite, une aristocratie ouverte de dirigeants, une aristocratie recrutée par le travail plus que par la naissance et dont l'action prépondérante est manifeste.

Les distinctions artificielles de castes, en s'effaçant aux États-Unis, font éclater avec plus de netteté la valeur différente des individus qui apparaissent peutêtre plus inégaux là que partout ailleurs ; j'en ai indiqué déjà la raison en expliquant que les circonstances y permettent mieux que dans nos sociétés d'Europe le libre et plein développement des facultés de chacun, facultés fort inégalement distribuées entre les divers membres du genre humain.

Il y a donc dans la société américaine des éléments supérieurs et des éléments inférieurs; la lutte pour la vie en opère incessamment le triage, assurant aux uns la direction, précipitant les autres dans les situations dépendantes, créant pour chaque branche d'activité une véritable hiérarchie. C'est ainsi que se détermine le rang respectif de chaque individu dans Tatelier de travail.

En dehors de cet atelier, il est vrai, il semble que tous les rangs soient confondus; aucune distinction matérielle ne se manifeste à première vue entre les différents citoyens de l'Union; cependant ils sont loin de jouer tous le même rôle, et dès que Ton abandonne la sphère des intérêts particuliers pour celle des intérêts généraux, on retrouve dans la seconde comme dans la première, des éléments de valeur très différente. Aucune classe fermée, aucune caste héréditaire

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