LES ASSOCIATIONS D'INTÉRÊTS COMMUNS
à une société de secours mutuels, par la même raison qui le porte à contracter une assurance sur la vie ou une assurance contre les accidents, quand il atteint un certain degré d'aisance. Dans une société de travailleurs, on redoute par-dessus tout les incapacités de travail.
Aussi le nombre de ces sociétés est-il prodigieux et les résultats qu'elles donnent, considérables. Les contributions exigées de chaque membre atteignent un chiffre assez élevé, mais les secours accordés sont effectifs; telle association, fondée depuis dix ans et comprenant trois mille membres, possède aujourd'hui 800.000 francs de fonds de réserve, après avoir donné 5.000 francs aux héritiers de chaque associé décédé, et bâti un asile oîi sont élevés et instruits gratuitement les orphelins. Un photographe^ membre de la Odd Fellows society, me dit que cette association donne 4 à 5 dollars (20 fr. 80 à 26 fr.) par jour à chacun de ses membres, en cas de maladie. De même, les Knights of Father Mathew, société catholique fondée par un prêtre très populaire, les Knighls of ihe Légion of Honour (Chevaliers de la Légion d'honneur), les Chevaliers du Temple et une foule d'autres associations à dénominations chevaleresques, ont principalement pour but d'assurer à leurs membres une indemnité dans certaines circonstances déterminées parleurs statuts.
La plupart de ces sociétés imposent à tous ceux qui en font partie des conditions d'admission assez étroites ; par exemple, les Knights of Father Maihew doivent
être catholiques pratiquants, s'abstenii' de boissons fermentées, et même se faire à roccasion apôtres de la tempérance (Law II, section 2). De plus, il faut qu'ils soient en état de gagner leur vie, qu'ils aient plus de seize ans et moins de cinquante ans. D'autres sociétés, afiQliées plus ou moins directement à la Franc-maçonnerie, font au contraire à leurs membres une obligation de l'indifférence religieuse. En somme, on a voulu faire servir à un but religieux ou antireligieux la grande force dont disposent en Amérique les sociétés de secours mutuels. C'est une nouvelle preuve de leur puissance. On se groupe aussi par nationalités, pour maintenir sur le nouveau continent les souveiiirs de l'ancien; par professions, pour avoir l'occasion de débattre certaines questions intéressant l'ensemble des personnes qui y sont attachées ; le besoin de l'assistance mutuelle a revêtu toutes les formes. La seule qui soit à peu près inconnue aux États-Unis, c'est celle dont nous avons l'habitude en France et qui se cache sous notre organisation familiale : on compte peu sur son père, sur sa mère, sur son oncle à héritage, pour se tirer d'affaire dans un cas difficile; il faut donc se créer une famille artificielle qui rende, au moment d'un accident ou d'une maladie, les mêmes services que nous attendons assez ordinairement de la nôtre. C'est ce qui explique comment les assurances contre les accidents, par exemple, dont nous ne voyons l'utilité en France que pour les ouvriers, ont une clientèle américaine dans la classe élevée. Ici, tout le monde est un peu ouvrier dans un sens, car tout le monde
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vit de son travail et n'attend rien de sa famille.
Aussi trouve-t-on partout une compagnie d'assurance contre les accidents qui vous guettent. Au guichet de la gare, à l'hôtel, on vous offre un ticket pour le cas où votre train déraillerait; vous achetez un journal et on vous donne comme prime la promesse d'un certain nombre de dollars s'il vous arrive malheur pendant que vous le lirez ; dans la rue, vous lisez des .afQches comme celle-ci : « Achetez votre assurance contre les accidents à la Commonwealth Casualty C°. Le temps est de l'argent ; toute perte de temps est une perte d'argent; nous assurons contre cette perte. Pour 1.") dollars nous vous donnons les avantages suivants pendant un an : perte d'un œil, 650 dollars ; — incapacité permanente et totale de travail, 2.300 dollars; — perte de temps par suite d'accident, 25 dollars par semaine; » — puis une série de tarifs pour la perte d'une main, d'une jambe, etc.
A côté de ces sociétés, destinées à assurer la vie matérielle, il s'en forme une foule d'autres entre personnes ayant les mêmes goûts, qui s'unissent pour boxer, pour canoter, pour jouer au base-bail, pour monter fi cheval, pour courir à bicyclette, pour acheter des livres, pour discuter les questions sociales, pour fonder un cercle, etc., etc. Le nombre et la variété do ces associations, conçues uniquement dans le but de se procurer plus facilement un agrément quelconque, sont extraordinaires.
A New- York, VAthletic club, composé de jeunes gens amateurs de sports, s'est fait construire un immeuble.
Dans le bas, on trouve une grande piscine de natation mesurant 150 pieds sur 50; au premier, différentes pièces, dont une destinée aux réceptions, et pouvant contenir douze cents personnes; puis, une salle d'armes très complète, un hall pour la gymnastique, avec tous les appareils possibles; plus une belle piste asphaltée pour les bicyclistes et une piste sablée pour les pédestrians ; sur le toit, un véritable jardin en terrasse. Le cercle compte quinze cents membres.
Dans les villages naissants de l'Ouest on ne voit pas, bien entendu, de pareils clubs, mais il est rare que des sociétés sportives ne s'y forment pas. De même, lorsque personne n'a fondé de bibliothèque publique, on s'associe pour avoir une circulating library, pour construire un théâtre, faire venir des troupes d'artistes dramatiques, etc. Deux jeunes gens, habitant une petite ville du Kansas, me racontent que Tan dernier ils ont ainsi fait jouer la Mascotle; l'un est commis de banque, l'autre employé de commerce, mais ils ont formé un comité avec toutes les personnes désireuses de voir la pièce, qui se sont engagées solidairement envers la troupe à lui assurer un minimum de recettes pour sa représentation; quel que soit le but qu'on se propose, on trouve toujours des individus prêts à prendre une responsabilité. Avec cette disposition générale, il est toujours facile de passer du projet à l'exécution.
A Saint-Louis, je visite la Mercantile library, une bibliothèque circulante arrivée ii un haut degré de prospérité et entretenue seulement par les cotisations