IL N Y A PAS DE SOT MKTIER
compte, me disent-ils. — Mais comment voulez-vous qu'il fonde une banque, il n'a pas de capitaux? — La belle raison! où en serions-nous dans l'Ouest, si nous attendions d'être riches pour créer nos entreprises ! »
En effet^l'Américain excelle à saisir toute occasion de spéculer, d'appliquer son esprit et son activité à une combinaison lucrative; gagner sa vie jour par jour en accomplissant une tâche déterminée, toujours la même, lui parait une occupation d'ordre inférieur, et il ne l'accepte que temporairement ; faire des affaires, voilà qui répond mieux à ses aspirations; aussi, dès qu'il le peut, se lance-t-il à essayer sa chance, to try kis hick.
Cette aptitude est si marquée que les Américains eux-mêmes en plaisantent parfois. Voici une petite histoire cueillie dans un journal de New- York qui en peint à merveille le développement précoce chez de tous jeunes enfants : la scène se passe dans une ville minière de l'Ouest : « Johnnie , dit un financier proéminent à son plus jeune fils, je vous donne un dollar si vous défoncez le carré de terrain où je veux faire le nouveau jardin de votre petite sœur. — Cela va bien, répond Johnnie, devenu aussitôt pensif, mais je vous demanderai de m'avancer vingt-cinq pour cent sur le prix fixé par notre contrat; ce n'est pas que je doute de votre bonne foi, mais cette somme m'est nécessaire comme mise de fonds. — Que voulez-vous dire, Johnnie? — Voici, mon père, le quarte r (quart d'un dollar) que vous me donnerez, je l'enfouirai dans le carré de terre, puis je rassemblerai mes camarades et
leur dirai qu'un pirate a caché jadis un trésor à cette place. Dès que l'un d'eux aura trouvé le quarter, vous pensez si les autres piocheront de bon cœur; le carré de terre sera défoncé et j'aurai 75 p. 100 de bénéfice sans me fatiguer; mais au fait... — Qu'y a-t-il encore? — Au fait, si je trouvais le quarier moi-même, cela leur donnerait tout autant d'ardeur au travail , et l'affaire paierait encore bien mieux; ce serait le même coup que celui dont vous parliez hier à maman à propos de cette mine ! Et le père versa des larmes de joie en pensant quel jour sombre ce serait pour Jay et Rufus, quand son fils aurait l'âge des affaires. »
Vraie ou fausse , l'anecdote est typique , elle montre bien comment un Américain sait transformer en spéculation profitable la tâche que d'autres se contenteraient d'exécuter pour recevoir le salaire convenu; des individus de ce genre ne restent pas commis de banque toute leur vie.
En revanche, les fortunes qu'ils élèvent sont des monuments fragiles, soumis à d'innombrables risques; après s'être endormis millionnaires, beaucoup se réveillent un beau matin sans un sou vaillant; mais ces brusques revers ne l«s abattent pas. Pour eux, c'est un simple retour à une situation connue, celle d'où ils sont partis au début; il s'agit de refaire une route déjà parcourue, voilà tout. C'est alors qu'ils se mettent courageusement au premier métier qui se présente , avec une simplicité et une énergie vraiment admirables. Un jour, un homme de bonne mine, âgé de quarante ans environ , se présente chez une dame