ACTE DE NAISSANCE
Louise-Julie Careau, née le 8 janvier 1756, jille de père inconnu (certifié par Louise Gaillon, sage-femme, femme d'André Collât, sculpteur) ei
de Marie Careau, sa mère.
En marge :
Reconnaissance,
Par Jugement du Tribunal de première instance du département de la Seine, en date du dix-huit Thermidor an IX de la République (1801).
Acte reçu par Fabre Cœuret, notaire à Pêzenas, par lequel François Pioch a déclaré que Louise- Julie, née le 8 janvier 1756, baptisée sous le nom de Marie Careau, et de père inconnu, a été procréée
des œuvres dudit avec la défunte Catherine (ou Marie?) Car eau, et que la dite Louise- Julie est la même qui est mariée avec le sieur T aima qtû, lors de son mariage , a pris le nom de sa mère , quîl la reconnaît pour sa fille , née hors le mariage, et qu il entend quelle jouisse de tous les droits que les lois lui attribuent.
De Ségur était jeune et beau, ses succès mondains ne se comptaient plus, il rimait des romances :
Le temps fait passer S’ amour, L’amour fait passer le temps.
!i vécut près de dix ans avec Julie qui, entre
temps, ne se montra point farouche envers Louis- Philippe- Joseph, duc d'Orléans, puis aussi pour François Beudet, avocat au Parlement; d’autres encore connurent sa bonne grâce; Antoine- Maurice de Saint-Léger, gentilhomme irlandais, qui lui fit un enfant et la quitta pour Louise Contât, la célèbre comédienne.
Nous voici à l’heure où elle va rencontrer falrna chez la Contât; elle a trente-huit ans, quarante mille livres de rente, Talma touche à sa vingt-septième année, il est sociétaire à la Comédie, mais effroyablement endetté.
Talma fut présenté chez elle par Dugazon; avec son physique de beau ténébreux, son maintien royal, une voix chaude et prenante ; il fit sensation, même au milieu de la plus brillante assemblée, éclipsant Ségur, à présent désintéressé, Narbonne, Charnier t, le Prince de Monaco, Condorcet, Rivarol. Il faut penser que les choses marchèrent rondement avec la maîtresse de la maison, car elle lui écrit :
((je t’aime avec excès, mon tendre Ami ; que nulle inquiétude ne trouble ton cœur, le mien t’appelle à chaque instant; demain, dans la matinée, j’irai te trouver, j’irai me jeter dans tes bras, que ces moments sont doux... »
Bien que Louise Desgarcins soit toujours là, à
ses côtés, au Théâtre-Français, Talma remarque déjà une jolie camarade de théâtre, mariée avec un musicien de Forchestre; nous la retrouverons par la suite. En attendant, le tragédien se décide à Funion que Julie Careau lui propose.
Pour toute fortune, il n’a que sa situation plus brillante que dorée; Charles IX Fa tout à fait mis en vue; il est célèbre à vingt-huit ans. Ses dettes? Sa femme les paiera. Julie a trois fils, il est vrai, mais on réglera tout cela avec la communauté des biens. Par acte rédigé chez son notaire, Julie assure à Alexandre (de Ségur) et Antoine (de Saint-Léger) une pension alimentaire de mille huit cents livres; son troisième enfant, Alexis de Brunvillé, fils du premier amant, n’est pas nommé, sans doute parce qu’il vit chez son père. Talma devient le gérant de la fortune de Julie et l’on se fait une donation mutuelle entre vifs.
Julie, depuis Ségur, est devenue aristocrate et pieuse; Talma est libre-penseur, Facteur a des amis républicains : David, Mirabeau, Danton,
Desmoulms et un jeune lieutenant d’artillerie, Bonaparte même; depuis Charles IX, le jeune tragédien est un peu le chef de l’ancienne « Escadre rouge » à lia Comédie-Française. L’autre moitié, « l’Escadre Blanche », restée fidèle à la Cour, s’efforce de résister aux souffles nouveaux, mais le parterre est avec Talma ; aussi, lorsque le mariage est décidé, le curé de Saint-Suîpice refuse de publier les bans. Talma lui envoie un huissier.
Pour apprécier l’incident, il faut en répéter la date : ! 790 ; la Bastille a beau être renversée, les prescriptions de Jean de Gondi, archevêque -de Paris, touchant la privation des sacrements et de la sépulture chrétienne envers les comédiens sont toujours en vigueur. Les acteurs sont, du reste, encore privés de leurs droits civils et excommuniés, comme le bourreau. Le mariage civil n’existe pas ; on permet bien aux acteurs de se faire bénir aux autels, mais en se déclarant musiciens. Talma, révolté, refuse et il adresse cette Lettre publique à l’Assemblée Nationale :
(( Messieurs,
« j’implore le secours de la Loi Constitution* nelle et je réclame les Droits de Citoyen qu’on ne m’a point ravis, puisqu’elle ne prononce aucun titre d’exclusion contre ceux qui embrassent la carrière du théâtre, j’ai fait choix d’une compagne à laquelle je veux m’unir par les liens du mariage; mon père m’a donné son consentement, je me suis présenté devant le curé de Saint-Sulpice pour la publication de mes bans; après un premier refus, je lui ai fait sommation par acte judiciaire; il a répondu à l’huissier qu’il avait cru de la prudence d’en référer à ses supérieurs, qui lui ont rappelé que les Lettres canoniques auxquelles il doit obéir défendent de donner, à un comédien, le sacrement du mariage avant d’avoir obtenu de sa part une renonciation de son état.
« je me prosterne devant Dieu; je professe la religion catholique, apostolique et romaine; j’aurais pu, sans doute, faire une renonciation et reprendre demain mon état, mais je ne veux point