POTEMKINE
L'Impératrice est en vacances, ses amants sont à la guerre. Comme elle craint les voleurs de cœurs dont les clefs cambriolent les serrures, elle profite de Tabsence des Orloff pour dém.énager leurs bardes à la cloche de bois. Prestement elle change verrous et loquets et rit du tour qu'elle va jouer.
Grégoire Orloff, (( en face des vilains barbus de Turcs », promène à Jassy son nouvel habit saupoudré de diamants. Il éblouit les dames Moldaves qui égrènent, papotantes, des chapelets 'd'ambre sur les divans de soie en agitant leurs cils de peluche. Potemkine, toujours neurasthénique, en attendant d'être nommé lieutenantgénéral, assiège Silistrie. Catherine s'enhardit alors
a installer dans la chambre close le petit Vassiltchikof, noiraud de grande naissance, que son œil fureteur a vite fait de dénicher, tandis que, penchée à la portière, elle passait au galop de ses huit chevaux blancs sur la route de Tsarskoé.
Pas de préambules; pour faire connaissance elle envoie à l'élégant officier une boîte en or. Elle est radieuse. Selon ses ordres qui, par la suite, devinrent la règle de la maison, le jeune Vassiltchikof passe la visite médicale. Le docteur Rogerson, sans cérémonie, examine le client à la loupe, le tournant devant, derrière, afin d'être certain que sa santé n'apportera pas souci à sa gracieuse souveraine.
Vassiltchikof se laisse faire, un peu curieux, un peu timide de passer ce conseil de revision, et tire la langue comme un conscrit. M"^ Protassof et la Comtesse Bruce sont chargées de lui ravir ses secrets, dont elles tiennent registre : premier pas, que ces dames se disputent à tour de lôle, mais gare à la récidive .! Le protocole exige des renseignements et pas de caprices. Aussitôt l'épreuve terminée, et le candidat admis, quel luxe, que de richesses, que de serviteurs, et, pour le mettre en train, dans un tiroir bien apparent,
cent mille roubles en or attendaient qu'on les gaspillât ! Le soir venu, Catherine pose sa main autoritaire sur le bras de son amoureux qui, rouge d'orgueil, devient le point de mire de toutes les haines et de toutes les jalousies. Elle l'enlève comme une nouvelle épousée.
La clique d'Orlofî, voyant l'Impératrice rayonnante, ne chante plus et s'empresse d'envoyer un message en Moldavie à l'arni lointain. Inquiet, Orloff saute tout botté d'un cheval à l'autre et revient sans débrider ; il ne s'arrête ni peur manger ni pour boire. Est-ce la crainte d'une disgrâce qui lui fait franchir d'une étape steppes, marais et moissons ? Catherine n'est-elle pour lui qu'une vieille maîtresse distributrice de faveurs, ou bien sent-il la jalousie qui le harponne ? Il ne s'analyse guère et galope, le cerveau vide. Empressement inutile. Un ordre le surprend aux portes de Pétersbourg. Il est invité à faire quarantaine à Gatchina.
L'Impératrice refuse de le voir ; pourtant elle l'aime encore un peu. Entre l'amour qu'elle affiche aujourd'hui et son sentiment d'hier, n'y at-il pas place pour l'amitié ? Elle s'attendrit, interroge Pérekousschina, sa femme de chambre
fidèle : « Que faut-il faire d*une vieille icône dont les couleurs sont passées ?» — (( On la brûle » , — (( On la jette à Teau », dit la souveraine. Mais elle ne se désintéresse pas de son ami. Est-il bien portant ? A-t-il des chemises ? La ménagère s'inquiète de tout. Mais elle lui réclame son portrait pour le nouveau favori. Le portrait, il ne s*en séparera jamais. Veut-elle les diamants ? Voici le cadre ; il lui renvoie les pierres démontées. Catherme se fâche, menace de l'emprisonner. La bonne farce ! Il rit de ses menaces ; d'elle il acceptera, joyeux, tous les châtiments. Alors qu'il s'expatrie, sa santé est délicate. Jamais il ne fut mieux portant, il ne partira pas. C'est à Pétersbourg qu'il veut revenir.
L'Impératrice, excédée, ne s'oppose plus à son désir : Qu'il revienne ! Elle lui doimera le titre de Prince, pourvu qu'il consente à faire sa cour au favori.
Tous ces hommes la fatiguent. Que de futilités quand on se bat encore sur le Danube ! Elle est lasse de son entourage, elle a besoin de stimulant la changeante Catherine. Elle voudrait revoir Potemkine, le seul homme qui la divertisse. Pourvu que ce fou n'aille pas trop s'exposer sous les murs
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de Silistrie, qu'il ne coure pas au-devant des dangers qui rôdent- S* il venait à mourir, elle ne s'en consolerait pas. Catherine est plus accessible que cette citadelle in^renable ; son siège est fait. Elle écrit sur l'heure qu'elle désire conserver les hommes zélés et cDurageux combattant à son service et ajoute un post-scriptum qui renferme toute sa pensée : « Je suis toujours envers vous très bien disposée. »
A cette invite, Potemkine, le cœu: enflammé, répond par cette jolie lettre. C'était un tendre el un poète :
(( Aussitôt que je te vis, je ne pensai plus qu'a toi seule ; tes yeux charmants me captivèrent et je tremblai de dire que j'aimais. L'amour soumet mdifîéremment tous les cœurs, et c'est avec les mêmes fleurs qu'il enchaîne. Mais, ô Dieu, quel tourment d'aimer celle à qui je n'ose le dire ! Celle qui ne peut jamais être à moi ! Ciel barbare, pourquoi la fis-tu si belle ? Ou pourquoi la' fis-tu si grande ? Pourquoi vouloir que ce fût elle, elle seule, que je pusse aimer ? Elle seule, dont le nom sacré ne sortira jamais de ma bouche, ni l'image charmante de mon cœur. »
Il l'aime, il l'amuse, elle l'admire ; enfin elle
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trouve un collaborateur. Vassiltchikof n'a plus qu'à rendre ses clefs, son tablier et sa maison. Avec un certificat de sortie, elle lui donna cent mille roubles, sept mille paysans, des diamants pour soixante mille roubles, de l'argenterie pour cinquante mille roubles, une pension annuelle de vingt mille roubles. Ce ne fut qu'une passade ! (( Le pied sur lequel Potemkine se met est très différent du mien, écrit le jeune éconduit ; je n'étais qu'une fille entretenue. On me traitait de même. On voulait que je ne visse personne, ni que je sortisse. Quand je demandais quelque chose, on ne me répondait rien. Quand je parlais pour moi, c'était de même. Quand je voulais avoir le cordon de Sainte- Anne, j'en parlais à l'Impératrice : le lendemain, je trouvais pour trente mille roubles de billets dans ma poche. On m'a toujours fermé la bouche de cette façon et on me renvoyait à ma chambre. Potemkine, lui, obtient ce qu'il veut. Il dicte ses volontés. Il est le Maître. »
Il est le maître en effet. Catherine en est folle. Ils sont faits l'un pour l'autre puisqu'ils ne se ressemblent pas. Orloff, le rencontrant sur l'escalier de marbre, s'informe des
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nouvelles : (( — Que dit-on à la Cour ?» — (( Rien, sinon que vous descendez et que je monte. ))
Elle ne peut plus se passer du Cyclope, qu'elle appelle ainsi à cause de son œil ; elle l'installe au Palais, rinitie à toutes les affaires. Il la surprend sans cesse par sa paresse ou sa diligence : le croitelle travaillant } Il rêvasse pendant des journées entières, laissant ses dépêches sans les ouvrir. Doit-il partir ? Pendant six mois, sa chaise de poste est à la porte qui l'attend ; il traîne les pieds nus dans des babouches, les cheveux débraillés, fort sale et se rongeant les ongles.
L'Impératrice se fâche : (( Grégoire Alexandrovitch, n'as-tu pas l'intention de t'habiller ? » Il l'embrasse, la cajole : (( Mon pigeon, je pensais à vous. » Elle ne pouvait lui résister parce qu'il avait en lui une force, une puissance qui abattait toute volonté. C'était l'orage, la tempête, et en même temps son charme caressait, et sa voix était douce : (( Viens, Catherine, je te veux. )) — « Mais le Prince de Prusse m'attend. (( — (( Il attendra. » — a Les Ambassadeurs? » — (( Ils attendront. » — « Et la Cour ? Et Diderot ?» — « Peu importe !
CATHERINE DE RCS5IB. — lO
je veux tenir enlacée ce soir toute la Russie, ii L'Impératrice a glissé de ses bras : « Mon petit Seigneur, tu n*as sur ton cœur que Catherine », et elle s'esquive. Quel personnage que ce fou qui, tantôt court sur les routes, mangeant des oignons crus, des gousses d'ail et du pain noir, tantôt se bourre d'ananas et de caviar, selon qu'il se tourne vers l'Asie ou vers l'Europe.
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Dans la claire cellule du monastère, les pigeons roses, bleus et mauves, sont entrés d'un vol lourd. Ils posent leurs pattes de corail sur le grabat de planches où Catherine dort ; ils picorent et se gargarisent de roucoulements amoureux. L'Impératrice s'éveille en sursaut au milieu des effrontés. Quels sont ces murs en badigeon } Sa mémoire assoupie s'étire et la ramène d'un coup d'aile à Troitza, le couvent béni où elle est arrivée hier soir.
Elle n'est pas bigote, loin de là, mais pour plaire au peuple il faut faire ses dévotions et porter à Saint-Serge un présent. C'est une chasuble qu'elle a brodée perle à perle et qui s'étale,
luxueuse, sur une chaise de paille. Un géranium éclate, cramoisi, à la fenêtre ; il éloigne les coupoles byzantines des douzes églises qui s'élèvent dans le clos sacré, coiffées de toits épinards à la mode de Moscou.
Doux réveil mêlé au babillage des oiseaux du ciel ! Un moinillon entre sans frapper. II tient en équilibre un plateau chargé d'une pyramide de gâteaux dorés semés d'anis et de confitures à la pistache. Où sont ses ailes ? C'est un archange avec ses boucles blondes et soyeuses tombant ondulées sur ses épaules juvéniles. Qu'il est joli ce chérubin ! Son nez se retrousse, toute sa personne est enveloppée d'une candeur naïve qui enchante. Si elle osait... Elle n'ose pas. Il a baissé les yeux ; regardez l'hypocrite ! Catherine repose toute nacrée dans le brouillard matinal, que perce déjà un tiède rayon. Pendant le sommeil, sa fanchon est tombée ; sa peau est satinée de moiteur. Voici son pied coquet qui frissonne sur la dalle humide. Si elle osait... Le petit nonnain rougit, baise le pied cambré. Les pigeons effarouchés s'envolent.
Son désir appelle Potemkine. Où est-il à se galvauder si matin, pourquoi n'a-t-il pas salué
notre petit lever ? Dort-il dans sa cellule étroite ? Non, la porte en est ouverte. Catherine descend et le cherche. Elle va d'église en église où les chants des matines s'évaporent en rosée. Un peu de volupté est entrée au monastère. Depuis le Père abbé jusqu'aux frères lais, qui passent dans leurs blancs surplis, jusqu'aux sacristains enlevés par leurs cloches branlantes, tout le couvent, distrait par la visite impériale, prie à contre-cœur et soupire vers Catherine.
Dans le potager où poussent pêle-mêle, au milieu des fleurs, les choux et les concombres, des moines empressés s'approchent. Quel est ce pieux vieillard dont les yeux ruissellent de larmes ? Il pleure sans répit sur les péchés du monde ; deux sillons ont creusé ses joues caves. Le capuchon noir tombe sur ses orbites rougies, une longue barbe, grise de la poussière des chemins, s'entrelace à son bâton noueux. C'est le staretz, l'anachorète, le saint homme des forêts, l'ermite solitaire. Il est venu de loin pour parler à Catherine.
— (( Est-ce toi, grande Impératrice, qui vis en concubine, lorsque tu pourrais, dans un choeur de louanges, faire bénir ton union coupable sur
les marches de Tautel ? Quel exemple pour ton peuple ! N'oublie pas, femme, qu'un jour tu répondras de tes actes. Tu es veuve, tu es libre : qui t'empêche de nouer ces liens chamels devant Dieu ? » Potemkine écarte l'ascète, repousse les moines. Il a dépouillé ses vêtements de soie, jeté son tricorne insolent et son épée pour revêtir la bure dont sa figure grave s'accommode. II tombe aux genoux de Sa Majesté :
(( Ma mère, je t'aime, pardonne-moi, les scrupules m'étouffent, mon cœur déborde de remords, je ne veux plus vivre en état de péché. Si je ne suis pas digne d'être ton époux, abandonnemoi et je consacrerai ma vie au Seigneur. Autrefois je me croyais ambitieux, je voulais être ministre ou archevêque mitre, commander à des soldats ou à des popes ; aujourd'hui, puisque tu l'as voulu, plongé dans mon humilité, je serai l'obscur serviteur de Dieu. Je me ferai moine. »
Est-ce une comédie machinée avec adresse 7 Catherine n'en doute pas et admire la virtuosité de l'auteur. Potemkine a pris sur ces religieux dont il aime l'âme simple, les chants slavons, les Kyrie joyeux, les mains onctueuses et parfumées, un ascendant incroyable. Avec le Père Abbé, que de
discussions, que de controverses ! Notre théologien en remontre à son confesseur. Au réfectoire, il boit du kvas et mange gloutonnement du gruau trempé dans une huile grasse, tout en jonglant, familier, avec le Saint-Esprit qu'il fait descendre, ô scandale, tour à tour du Père et du Fils, sans crainte de se brûler les doigts.
Lorsqu'il renonce aux voluptés d'ici-bas, il n'est pas sincère. Mais, à peine les paroles échappées de ses lèvres, voici que la sincérité s'impose à lui, chaque Slave ayant le pouvoir prodigieux d'inventer instantanément ses propos et d'y croire aussitôt qu'il les formule. Magie de la persuasion, de la politesse orientale, qui délivre la mémoire et rejette hors du temps les syllabes sonores.
Le jardin respire l'encens et ks roses. Potemkine, sensuel aux lèvres épaisses, goûte la douceur de la matinée.
— ((Je comprends ton état d'âme, Grégoire Alexandrovitch, répond l'Impératrice. Ta décision est irrévocable, je le sais. Elle brise mon coeur, mais il faut écouter les voix qui t'appellent. Je ne lutterai pas contre ta vocation, je te donnerai à Dieu. »
— (( Merci, ma mère, merci. Frères, ouvrez
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VOS saintes cellules, recueillez l'homme égaré. Donnez-lui le refuge dont son âme est avide. Je ne sortirai plus de ce monastère où, vivant, je creuserai n^a tombe. J'y chercherai le repos et l'oubli. ))
— (( Obéis à ta conscience. Tu étais ambitieux, folie! Qu'est-ce que l'ambition ? Un aiguillon perfide. Bénis le ciel de l'avoir arraché.' Lorsque je serai lasse d'aimer, que les responsabilités écraseront mes épaules, je penserai à toi dans le recueillement divin et je t'envierai, Grégoire Alexandrovitch. Adieu... ))
Potemkine, interdit, resta quelques mois au monastère de Troïtza. Catherine riait sous cape de cette retraite forcée : comme son amant turbulent devait piaffer dans sa stalle de bois ! Il avait été dupé par l'astucieuse souveraine. Le temps passait. Nul message de la ville; le silence se fermait autour de lui. Déjà son règne d'amoureux se conjuguait au passé. Trop intelligent pour se résigner à sa disgrâce, il s'ingénia à en tirer parti. De cénobite il devint proxénète, comme il fut général et ministre, comme il aurait fait un évêque au besoin.
La Pompadour s' étant aperçue que ses charmes
laissaient Louis XV indifférent, pcar réveiller les désirs blasés du monarque, fit peindre par François Boucher une Sainte Famille destinée à Toratoire de la pieuse Marie Leczinska. Un joli modèle, la petite Morfil, Irlandaise dont la gorge ronde à souhait était faite pour tenter le plus fatigué des rois, servit d'appas à ses desseins. La brunette déguisée en Vierge enjôla le Bien-Aimé. Ainsi ringénieuse marquise poussa la fillette dans le Parc aux Cerfs, dont elle garda la clef. Potemkine s'inspira des mêmes principes. Par un sien cousin, dont la reconnaissance lui fut assurée, il garda, lui aussi, la haute main sur les caprices de Catherine. 11 désignait ses amants, faisait tuer en duel ceux qui ne lui convenaient point, variait ses faveurs en distribuant des aphrodisiaques ou des poisons.
A rencontre de Louis, Catherine n'est jamais blasée. Quelle nature ! Quelle verdeur ! Quel printemps ! Lassée d'un homme, elle n'a pas besoin de stimulant. Si la Pompadour et la du Barry chatouillent les sens du roi corrompu et s'ingénient à distraire son esprit accablé par l'ennui de Versailles qu'il connaît par cœur, Catherine s'amuse de tout. Un nouveau favori entre dans
son lit, elle est en gaieté ; un autre le remplace, quelle aubaine ! Son corps est toujours en appétit. (( C'est l'Etna en éruption », dit Grimm, mais c'est un volcan de bonne humeur qui arrose ses serviteurs zélés d'une pluie de décorations.
Excepté Potemkine, tous ses amants, bruns ou blonds, éphèbes ou gaillards, sont beaux comme des dieux sans socle. « On me croit changeante, c'est la beauté seule qui m'attire. » Voltaire le taquin l'admet volontiers, mais trouve que le nom de Catherine, sa déesse, s'accommode mal avec tous les héros qui l'entourent. Il voudrait la débaptiser. — (( Vous n'étiez pas faite pour le calendrier. Junon, Minerve ou Vénus s'ajustent mieux à la poésie. » — (( Je ne changerai point mon nom contre celui de l'envieuse Junon, je ne veux point du nom de Vénus ; il y en a trop sur le compte de cette belle dame. »
Ne craignez rien, si Vénus a des ennemis médisants qui trônent dans les nuages entre quelques cygnes égarés et jaloux, on clabaude davantage sur la Sémiramis du Nord, si complaisante, si serviable, si généreuse, moins attachée à sa proie qu'au désir qui la crampomie.
Ce désir est versatile comme celui de Louis XV, dernier souverain qui osa, comme elle, vivre sa vie. Appuyés sur le pouvoir absolu qui leur servait de principe, favorisés par un siècle tendre et galant, ces souverains, malgré les différences de caractère, se ressemblent par plus d'un trait. Dans sa jeunesse, Louis joue avec les sœurs Mailly-Nesles ; Catherine goûte aux frères Orloff. On ne compte pas les bâtards. Plus tard, régnent la Pompadour, ministre en jupon, et Potemkine, général en robe de chaunbre. La Marquise délaissée pend la crémaillère de la maison cachée dans les bosquets de Versailles ; le Prince, entremetteur et confident, place ses protégés en bonne posture à Tsarskoé-Selô. Dans le Parc aux cerfs n'entraient que des biches apprivoisées et tout le beau monde, Français ou Russe, était coiffé.
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