ROI DE CŒUR
L'Europe volage, elle aussi, change de liaison. Les vieilles Alliances sont abandonnées au gré des nouveaux caprices. Tandis que la Russie boude la Prusse sa voisine, Frédéric II souffle un air de flûte, F Autriche embrasse la France, ancienne rivale. Les courriers bondissent à travers les frontières. Impératrices et intrigantes brouillent les cartes de leurs jolis doigts. Cependant que la Pompadour offre des porcelaines de Sèvres à la pieuse Marie-Thérèse, Elisabeth renvoie à Louis XV, avec des promesses mielleuses, son gentil messager.
Décidément le Palais de Pétersbourg sentait la poudre. Le Chevalier d'Eon emballait précipi-
tamment cotillons, uniformes et habits pour rentrer triomphant à Versailles. Malgré sa hâte, il voulut endormir la méfiance de Catherine, cette sainte-nitouche qui, seule, avait deviné sa mission.
Pendant le concert, aux accords des violes et du clavecin, il prit congé d'elle en tournant un compliment fleuri qui frisait l'impertinence. Mais elle, trop fière pour écouter des balivemes, résista au charme de ce Ganymède et répondit par quelques répliques si aiguës qu'il se retira tout interloqué. Il se vengea aussitôt en écrivant pour la postérité ce portrait où la flatterie était oubliée :
(( Comme son regard est fascinateur, un regard de bête fauve 1 Quel avenir effrayant est écrit, si je ne me trompe, sur son front haut ! Quand elle s'approchait de moi, je reculais par un instinct dont je n'étais pas maître. Il semble qu'en caressant, sa main de tigresse va déchirer. Et pourtant sa bouche sourit toujours ; elle fait peur, c'est un rictus diabolique. Son rire acerbe» elle le lance, elle le décoche. Il blesse presque autant que ses sarcasmes. L'élève de William.s est digne de son maître. Mais peut-être que la prévention m'aveugle. »
Catherine fut-elle méchante ou seulement taquine avec ce diablotin, qui courait derrière les portes en jupe et dans les lits en garçon. Elle était si nerveuse depuis quelques mois ! L'ennui, ses déceptions, les ravages d'une santé éprouvée par un accouchement précipité, toutes les incommodités physiques et morales qu'on accumulait à plaisir autour d'elle la prédisposaient, elle si gaie, si vaillante, à l'hypocondrie, la neurasthénie d'alors. Elle prétendait être d'une humeur de chien entre l'amant infidèle et Sir Charles Williams qui cherchait, par ses manigances, à l'attirer vers l'Angleterre, achetant ses bonnes grâces sans marchander.
On jouait gros jeu au Palais, et Catherine était d'une prodigalité folle, gratifiant ses femmes et ses suivantes d'étrennes et de pots de vin pour en faire ses créatures. Ce n'était pas philanthropie, mais habileté de sa part. A Pétersbourg il était d'usage d'acheter les consciences. Tout le monde était à vendre et, depuis quelque temps, ô surprise ! sur les tapis verts les louis s'amoncelaient en pyramides d'or. Si l'Impératrice avait douze mille habits dans sa garde-robe cloisonnée de santal et envoyait jusqu'à Paris assortir un ruban
chatoyant ou un soulier pointu, elle oubliait, par contre, de payer la pension de sa nièce. Or celleci, endettée jusqu'au cou, puisait dans la bourse ouverte de son ami d'Angleterre. Dix mille livres par-ci, vingt mille livres par-là. Quelle générosité inquiétante !
Pour approcher Catherine, Sir Charles n'avait pas besoin de solliciter une audience. Il était de toutes les fêtes, de toutes les mascarades, il ne manquait pas un souper. Au théâtre, le Maître des cérémonies lui réservait le plus souvent un fauteuil de velours bleu près de celui de la Grande- Duchesse.
Profitant du tumulte de l'orchestre, à la première de (( Céphale et Procris » , opéra russe où les mœurs dépravées s'étalent sur la scène, il flatte adroitement ses inclinations germaniques, l'éloigné, par ses médisances, insensiblement de la France : « Que dirait-elle d'une alliance où l'Angleterre et la Russie se soutiendraient ? Au premier article d'un accord secret, tout l'argent qu'elle voudrait, entrerait dans sa cassette privée.: Veut-elle bâtir un palais, acheter une rivière de diamants, attacher autour de son cou neigeux un collier de perles ? Préfère-t-elle un carrosse at-
te!é de huit chevaux bais à la robe luisante, il en fera venir d'Irlande. Désire-t-elle un petit nègre pour porter sa traîne les jours de gala ? ou bien... Comme elle hoche la tête en souriant, puisqu'elle reffuse tous les bijouK de Golconde, il a deviné ce qui lui plaît, la sournoise.
Il sait maintenant que, sous cet air modeste et enjoué, se cache un caractère indomptable. Alors il agite son ambition, souffle sur ses passions. Veut-elle un trône ? 11 lui montre le rôle qu'elle peut prendre dans cette Cour, où l'Impératrice flotte indécise entre ses caprices et ceux du chancelier. (( Regardez votre tante. Elle paraît bien malade, écoutez cette toux hystérique qui vient jusqu'à nous. Aujourd'hui j'ai appris que ses femmes l'ont trouvé évanouie dans le jardin. Avant d'être saignée, sa raison même battait la campagne. Bientôt ses favoris et les diplomates courbés cette nuit, hypnotisés par son pouvoir, se tourneront vers vous. )>
Catherine ne sourit plus. Alors Williams lui met sous les yeux une dépêche qu'il vient de déchiffrer. La guerre est menaçante. Elle éclatera demain, Dieu sait où, comme un orage. Ce coup de foudre, qui déracinera les peuples, amènera de
grands désordres si la Russie ne sait choisir ses alliés. Voyant son trouble, il insiste. Puisque Catherine, dans son isolement sentimental, cherche un confident, qu'elle devienne sa collaboratrice, il lui offre en échange son amitié.
[Toute femme entreprenante, entre un amour à ion déclin et une aventure qui se dessine, a besoin de parler de soi à tout prix. Devant la gentillesse de Sir Charles, Catherine n'a plus honte de son dépit amoureux. Pourquoi lui cacher ce qu'il sait déjà ? Elle lui dévoile ce cœur inhabile qui ne sait plus se faire aimer. Elle a beau être Grande- Duchesse, n'a-t-elle pas besoin de caresses ? Estelle moins jolie ou mojns, désirable qu'une autre J Depuis la naissance de son fils, sa taille s'était un peu alourdie, il est vrai, mais cet embonpoint n'était pas ennemi de la sensualité, au contraire. C'était une grâce douillette qui attirait les caresses et qui plaisait aux amateurs de fossettes. Catherine en avait un peu partout, et le vieil Anglais aurait été heureux d'y mettre le doigt.
Confidence pour confidence, le Ministre lui rapporta que dans les salons de Pétersbourg, il n'était bruit que de Serge l'indiscret, qui faisait trophée de ses galanteries, chuchotant tout bas
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le nom de Catherine. Comment Soltykofî pouvait-il négliger maîtresse aussi adorable, après avoir exposé sa réputation à tant de malignités ? Un Anglais aurait bâillonné sa bouche, imposé silence à son cœur plutôt que de se vanter d'une conquête couronnée.
(( Si j'étais vous, Madame, je l'oublierais. Accordez-moi un sourire ; alors, à nous deux, nous défierons Versailles. » Sans attendre la réponse, la tête lui tournant, oublieux de sa face cramoisie, de ses rides et de ses cheveux grisonnants, d'un geste hardi il approcha son vieux museau grivois des joues roses, mais, tout surpris, il se frotta à une colère prête à éclater. Les yeux de Catherine lançaient des éclairs et, d'un coup d'éventail, elle remit le diplomate à sa place, car si enjouée qu'elle fût, elle ne permit jamais qu'on lui manquât. Pris de remords, pour se faire pardonner son audace. Sir Charles résolut de lui abandonner sur-le-champ le jeune Comte Stanislas Poniatowski, son âme damnée, à qui désormais il dicterait sa leçon.
Stanislas avait vingt-deux ans, des yeux en amande un peu myopes, qui lui donnaient un air sombre. Il était content de sa figure et de son nez
aquilin. Passait-il près d'une glace, il s'admirait de la tête aux pieds. Si sa physionomie était noble et son air distingué, sa démarche dandinante un peu efféminée faisait ressortir ses hanches qu'il avait fortes. Mais, sa contenance était si flère qu'elle imposait. Par une singularité remarquable, dans une société oij la licence était à la mode, il s'était promené à travers les embûches, sa fleur d'oranger à la main. Ironie du destin ! il avait pu garder son innocence « pour celle, écrit-il dans ses mémoires, qui depuis a disposé de son sort ».
Il débutait à Pétersbourg avec un corps tout neuf, un cœur non moins vierge. Son oncle Czartorisky, un des éternels prétendants au trône de Pologne, avait eu l'idée de l'envoyer à la Cour d'Elisabeth, qu'il importait de gagner par mille cajoleries. Plus que le talent et l'habileté, un joli visage possède un pouvoir de persuasion. Stanislas, né avec une vaste et ardente ambition, était prêt à toutes les expériences.
Léon et Anna Narychkine se prirent d'affection pour ce descendant des Jagellons, qui arrivait précédé d'une réputation aussi originale. Ses rêves de grandeur l'entraînaient à briller ; son engouement pour toutes les causes, bonnes ou mau-
vaises, le désigna vite à ramitié de la petite Cour. Dès qu'il avait le dos tourné, les deux compères vantaient leur jeune ami à Catherine... Ils exaltaient sa modestie, sa connaissance des arts, son goût pour les philosophes. Léon, pour terminer, chuchotait tout bas : (( Si cela vous tente. Madame, je vous destine un bijou dont vous me remercierez. » Ce bijou, qui Teût cru ? C'était apparemment la virginité de Stanislas. La Grande-Duchesse n'avait pas de chance avec ses amoureux.
({ Miaou ! Miaou ! » C'est ce toqué de Narychkine qui miaule à la porte de Catherine. Elle se réveille en sursaut, tout irritée. Qui ose la déranger quand elle repose ? Puis, reconnaissant la voix de son ami, amusée, elle écoute. Pierre, son mai:i, n'est pas rentré. Il a dû aller boire et fumer au corps de garde ou finir la nuit auprès de quelque maîtresse. Pourquoi ce pantalon de Narychkine vient-il la troubler dans son sommeil ?
(( Miaou ! Miaou ! ouvrez-moi », le drôle insiste. Faut-il pousser le verrou, introduire ce loup
Hans la bergerie ? Il est peu redoutable. Qui le redoute, d'ailleurs ? L'épaule nue, elle a caché ses seins dans un peignoir de mousseline et tortillé ses cheveux cendrés, a Miaou ! Madame, le ciel est sombre, les chats sont gris, l'heure n'est ni au sommeil ni aux cauchemars solitaires. La lune favorise le rêve. Que Votre Altesse Impériale daigne m'écouter... Ma belle-sœur, Anne Narychkine, organise cette nuit un souper improvisé dans sa demeure des Iles, au milieu des sapins givrés. Quelques chats et quelques rats s'y sont donné rendez-vous. Des flûtes joueront dans lô jardin d'hiver où toutes les roses ont fleuri en votre honneur. Que Votre Altesse veuille bien mettre un de ses costumes troublants ! Sa beauté ensorceleuse rayonnera ce soir d'un incomparable éclat.: Et puis, soyons fous. Madame, la jeunesse passe, la vie s'échappe. »
La nuit était propice à la gaieté, aux coquetteries, aux émois. La Grande-Duchesse sortit précipitamment, emmitouflée d'hermines plus blanches que la cour poudrée à frimas. Vite cocher ! En route dans la nuit mauve, à travers les ponts, sous les étoiles qui s'allument au-dessus de sa tête folle et de son front orgueilleux.
Arrivé chez sa belle-sœur, Léon mystérieux, son tricorne sous le bras, un doigt sur la bouche, annonce : (( Un ami de Moscou. » La porte s*ouvre à deux battants, Catherine, éblouie par la lumière projetée des candélabres, aperçoit pâle, immobile, oubliant dans son trouble de s'incliner, le beau Comte Poniatowski.
Catherine est indulgente ce soir. Elle aurait eu mauvaise grâce de se fâcher. Jamais complot ne lui parut plus plaisant. Elle sourit de sa bouche humide. Une complicité s'établit entre les invités. Stanislas pressent son bonheur, tremble et s'attache aux pas de Catherine, a La blancheur éblouissante de la Grande-Duchesse, des sourcils noirs très longs, surtout une voix timbrée et un rire aussi gai que son humeur » ont tôt fait de vaincre sa timidité. Des couples passent comme des ombres. Stanislas empressé porte la cape de Catherine qui frissonne, mais ce n'est pas de froid. Le silence les rapproche.
Dans le pavillon de porcelaine où cabriolent suf les murs les petits amours roses et potelés, Stanislas s'est accoudé dans l'embrasure de la fenêtre, près de la Grande-Duchesse. Comment plaire à cette jolie pédagogue ? Il brosse, devant
son oeil pétillant, un tableau de Paris. Quel enthousiasme pour lui conter les réceptions de M"* de Brissac, du duc de Nivernais et du Prince de Conti ! Là-bas, chacun rit quand la médisance tourne à Tépigramme. Dans ces salons, cinquante petits maîtres inventent des mots, colportés ensuite à travers l'Europe par des perroquets bavards dont les plumages se fanent en route.
Sa mémoire fidèle rapporte les causeries des philosophes chez M™* Geoffrin, sa bienfaitrice. Voilà que les poètes et les écrivains, qui ont charmé la solitude de Catherine, défilent aux inflexions de la voix insinuante et douce. (( C'était le lundi soir, ils s'écoutaient autour de la bergère de ma vieille amie du Faubourg Saint-Honoré. J'étais à ses pieds, assis sur un petit tabouret, muet comme une carpe ; elle, toujours habillée d'un goût austère mais charmant, laissait flotter ses manches en zinzolin sur la tapisserie. Tout en tirant l'aiguille, elle faisait briller, avec quelle adresse, M. d'Alembert, Grimm ou Diderot, flattait celui-ci, cajolait celui-là, caressait la chienne grogneuse, priait les nouveaux venus de se taire, excitait les autres à la controverse. Au hasard, on lançait les mots et les idées que Diderot range avec
ordre dans la fameuse encyclopédie. Que d'indignations feintes ! de parades et de ripostes où les pauvres femmes dilapident leur santé et leurs loisirs !
(( Un de ces Messieurs de F Académie vient-il à mourir, impossible d'imaginer l'agitation des philosophes. Leurs amies distribuent les fauteuils enviés à l'égal des trônes. Le mérite ? qui parle de mérite ? L'homme du jour est préféré au génie qui étonne. Croiriez-vous que M. de Voltaire s'est vu deux fois refuser l'entrée de l'Académie ? Et voici que, vivant, on propose d'y asseoir sa statue. M""^ Geoffrin a protesté avec éclat : (( Quelle offense pour ses prédécesseurs et ses contemporains ! ))
Catherine écoute avec le plaisir qu'elle avait pris jadis à découvrir, dans la sérénité des jours de labeur, les oeuvres qu'elle aimait. Pour la première fois, son corps vibre à l'unisson de l'esprit.
— (( Voltaire, s'écrie-t-elle, je lui aurais fait un socle de mes deux mains ! Cher Voltaire, il est mon Maître ! Je suis son élève docile. L'auteur de l'Esprit des lois partage avec lui le goût du siècle. Ce livre est mon bréviaire, il devrait être
dans la poche <le tous les rois qui ont le sens commun. )>
— Madame, Je ne puis oublier les boutades du Président de Montesquieu contre l'aristocratie polonaise. Indépendance, oppression, mots chimériques qui varient avec les climats ! Laissons-le avec sa monomanie de la liberté ; depuis ce soir je sens. Madame, que j'ai perdu la mienne. »
Catherine affecte de ne pas comprendre.
— « Quel rancunier vous faites ! Montesquieu n'a-t-il pas inventé que la liberté, chez nous, portait une barbe pouilleuse ? Eh bien ! malgré cette impertinence, je l'aime, car j'ai l'âme républicaine. Vous riez, jeune incrédule, vous n'empêcherez pas mes préférences d'aller à Corneille plutôt qu'au douceâtre Racine dont les rois de pacotille me font bâiller. Ses femmes soumises, pâmées, béates m'agacent ; leurs pleurnicheries fastueuses me laissent insensible. »
La voix serrée par une émotion qui n'est pas leinte, Stanislas l'interrompt. Il a glissé à ses pieds sans qu'elle s'en aperçoive. L'audacieux s'est emparé des petits doigts autoritaires et, lentement, ses yeux se posant avec effronterie sur les prunelles qui s'exercent à dominer, il lui dit s
(( Renier Racine, vous, Madame, cela se peutil ? Vous qui aimez la majesté et l'élégance. Si Racine, d'un regard avait fixé vos traits, vous seriez une de ses princesses que nous apprenons par cœur ! »
Cette adulation galante enflamme son imagination. Une pression de main en est la réponse involontaire. La pyerruque poudrée s'appuie à l'épaule de Catherine, des lèvres audacieuses cherchent à travers l'étoffe une gorge qui ne se dépend plus. Contre sa joue, elle a la sensation d'un visage qui brûle. A la faveur de la pénombre le drôle s'est-il à ce point rapproché } Elle évite son baiser.
Dans cette lutte amoureuse oii s'affrontent un cœur et une volonté, quel sera ie vainqueur? Le jeune débutant épris ou la Grande-Duchesse ambitieuse qui aime le pouvoir et que les circonstances vont obliger à mêler ses amours à la politique ?
Brusquement Léon Narychkine, qui entrait toujours hors de propos, interrompit le doux têteà-tête. Aux dissertations amoureuses il préférait chat-perché et Colin-Maillard. Aussi nos amoureux mirent-ils fin à ce dialogue, oii le caprice
n*avait pas dit son dernier mot et, oubliant les heures, folâtrèrent jusqu'à Taurore.
Au retour, la ville silencieuse et les Palais endormis furent les complices de Catherine. Cette escapade lui avait montré que la hardiesse trouve toujours un chemin libre. En montant Tescalier de marbre, Timprudente, pour se donner du courage, chantonnait à mi-voix. Voilà que son mari, en bonnet de nuit, le nez rouge, les yeux écarquillés, tel un épouvantail, se tenait en haut de la dernière marche. « D'où venez-vous. Madame ? )) — « Je vous cherchais, Monsieur, comme c'est mon devoir. » — ce Vous me cherchiez ? Décidément, vous êtes d'une impertinence et d'une fierté insupportables. Je saurai vous mettre à la raison. » La Grande-Duchesse méprisante lui demanda en quoi consistait cette arrogance. Le Prince, décontenancé, balbutia qu'elle se tenait la tête trop droite, a Alors pour vous plaire, il faut se tenir le dos courbé comme les esclaves du Grand Seigneur ? »
Pierre se fâcha tout vert. « Ah ! je saurai bien vous mater. » Il marcha vers elle, la poussa contre le mur, tira son épée qu'il brandit, menaçante. La Grande-Duchesse ne sourcilla pas et
garda un ton plaisant : « Si c'est un duel que vous cherchez, il me faudrait aussi une épée, » Le grand-Duc, boudeur, rengaina, « Vous êtes d'une méchanceté épouvantable. » Et, comme le vin aliénait sa raison, il se mit à hoqueter, répétant avec l'obstination d'un ivrogne ; ^ Je yous materai, je yous materai. ^