‹ La Vie antiqueChapitre 10 sur 46 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

pensées, ne soit pas protégé contre le danger de tout ramener à l'uniformité, d'effacer les caractères propres à chaque temps et à chaque pays. Aujourd'hui, quand nous sommes à l'étranger, nous remarquons tout d'abord le costume, les maisons, les édifices publics, les manifestations extérieures de la vie; nous passons ensuite aux lois de police et aux institutions ; nous n'arrivons que plus tard aux variétés du sentiment et de la pensée. De même, dans l'étude des anciens, il est bon de regarder d'abord les figures et les formes pour aller ensuite aux principes intérieurs et cachés. C'est la raison du rôle important qui est fait de nos jours à l'archéologie dans toutes les recherches qui ont pour objet l'antiquité. Les images que la vie grecque nous a laissées d'ellemême sont de tous les témoignages les seuls qu'il soit impossible d'altérer, et certainement ceux qui nous mettent le mieux en garde contre les idées fausses.

Quelques humanistes sont d'avis qu'il n'est point indispensable d'étudier si exactement des choses toutes matérielles; ils croient aussi, il est vrai, assez souvent, que connaître les institutions sociales et politiques est d'une utilité secondaire. L'âme humaine, disent-ils, a toujours été la même : bien comprendre ce qu'elle a senti et pensé de meilleur est une tâche assez belle, à laquelle ils se bornent et dont la noblesse les dispense de tout autre devoir. Certes le fond commun à tous

les hommes, dans quelque temps et sous quelque climat qu'ils aient vécu, restera toujours un grand sujet; mais l'infinie variété des sentiments et même des pensées est l'objet principal de l'histoire, et les changements même de l'esprit et des mœurs ne peuvent être négligés sans que la vérité le soit également. Cet esprit humain toujours le même, est toujours en mouvement; il se modifie sans cesse par cela seul qu'il est vivant. On ne peut se le figurer comme une unité abstraite et immobile sans en méconnaître la nature; c'est l'effet du progrès de la science et de la haute culture intellectuelle de mieux nous faire voir ces variétés, de nous engager à les suivre dans le moindre détail, sans jamais oublier ces synthèses auxquelles il faut s'essayer sans repos et où la part de la vérité est tous les jours plus grande. La force de l'intelligence, dans ces études, se mesure à la finesse des nuances qu'elle peut saisir, à l'art avec lequel elle les coordonne en un tout qui n'est vrai que s'il est vivant.

Les œuvres matérielles qu'un peuple crée sans cesse ont pour principe le caractère qui lui est propre ; ces créations doivent beaucoup au climat, au pays, à l'âge plus ou moins avancé de la race, aux influences étrangères. Elles s'expliquent par les mœurs et le tempérament et ne les expliquent pas moins, tant sont complexes en cet ordre les causes et les effets. En ce

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