‹ La Vie antiqueChapitre 11 sur 46 · INTRODUCTION. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXI

sens, même en laissant de côté les merveilles de l'art, l'archéologie pure est l'étude, pour les civilisations disparues, du caractère et des mœurs, des nuances du génie national dans ce qu'elles ont parfois de plus délicat et de plus spontané : elle est la science des lois selon lesquelles un peuple a modifié et façonné la matière durant des siècles pour l'utilité et pour l'agrément; elle ne peut se passer des philosophes, des historiens, des poètes; elle ne saurait les contredire; elle leur doit beaucoup, et cependant il est tout un ordre d'enseignements qu'elle ne tire que d'elle-même, tout un ordre de services qu'elle seule est à même de rendre.

Il faut lire les anciens pour les admirer, mais aussi pour les comprendre. Nous ne songeons pas à le nier; un certain enthousiasme, qui ne serre pas la vérité de très près, qui ne suppose ni une connaissance précise de la langue, ni une inteUigence exacte des pensées et des faits, tient une place utile dans l'éducation. L'élève et le maître, dans ces sortes d'exercices, sont loin de perdre leur temps; le texte classique est un thème, sur lequel ils font des variations pour développer d'excellentes qualités. A vrai dire, ils prêtent aux anciens leurs sentiments; le profit n'en est pas moins réel. C'est le privilège de l'antiquité que tous les temps l'ont transformée à leur image et

que cependant elle a toujours rendu service à ceux qui la comprenaient de manières si différentes. Ce qu'elle a de parfait et d'exquis a suffi pour en faire l'institutrice de tous les peuples, quelle que fût la variété des contre-sens que chaque génération multipliait. Qu'on ne s'effraye pas cependant ; même au point de vue spécial de cette pédagogie, respectable à tant d'égards, il n'y a nul danger à voir les Grecs de plus près et à les mieux connaître; ils n'en seront que plus grands. Nous en avons pour garant le progrès qui s'est déjà fait depuis qu'au début de ce siècle l'archéologie est devenue une science précise. Ni l'histoire de l'art, ni l'étude des institutions et des antiquités, ni les découvertes de la linguistique n'ont rien enlevé à la perfection de l'hellénisme. Ce génie, qui était si beau à travers les nuages qui le dérobaient en partie, est plus ferme, plus jeune, plus complet, plus harmonieux encore à mesure que les voiles semblent être moins épais et se dissiper, bien que nulle présomption n'ose espérer qu'ils doivent jamais disparaître entièrement.

Qu'on en soit donc bien persuadé, l'habitude qui commence à s'introduire dans l'enseignement secondaire de donner aux élèves des notions de fait sur les Grecs et les Romains, n'est pas contraire à ce qu'il y avait de meilleur dans les anciennes méthodes. Connaître les formes extérieures de la vie antique ne peut

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nuire au goût littéraire, mais doit, au contraire, beaucoup ajouter à cette délicatesse de sentiment qui restera toujours l'honneur des humanités. Ce qui est important, c'est de ne rien perdre des qualités d'autrefois, par suite de n'user de ces moyens quelque peu nouveaux qu'autant qu'ils rendent service, de graduer ces enseignements selon l'âge des élèves, de les donner exactement pour ce qu'ils valent, et surtout de rappeler toujours que l'esprit est bien au-dessus de ces réalités. Dans l'étude de l'antiquité, comme dans toutes les autres, c'est avec mesure qu'il faut se servir des leçons de choses.

Que si, en faisant une place convenable à l'archéologie pure, on met aussi sous les yeux des jeunes gens des représentations des œuvres d'art; que si on cherche avec soin quelles sont celles qu'ils peuvent comprendre, quel commentaire de la beauté grecque dans les lettres sera supérieur à cette perfection de la sculpture et du dessin, quel maître pourra espérer être plus éloquent, plus persuasif? Est-il besoin d'ajouter que ces reproductions doivent être vraies, que les images trop souvent négligées et presque grossières qu'on multiplie à l'infini ne peuvent avoir d'autre effet que d'amener à méconnaître la beauté même qu'elles devraient faire admirer; elles font plus, elles disposent l'esprit à ne plus jamais la comprendre qu'avec de grands efforts ; loin de former le goût, elles le faussent et il

laut ensuite toute une éducation pour remédier à un xTialsi grave. Ce serait rendre un grand service que de publier, à l'aide des moyens si habiles dont l'industrie est maîtresse aujourd'hui, un livre très simple de vulgarisation, qui présenterait avec la plus entière vérité un choix des belles œuvres du cinquième et du quatrième siècle. Les humanistes le savent bien : c'est un lieu commun qu'un des caractères les plus merveilleux du génie grec est l'égale perfection qu'il a réalisée dans les arts et dans les lettres ; il n'a jamais admis que l'on comprît l'une de ces formes du beau sans comprendre l'autre.

Les manuels rédigés avec méthode et avec sûreté sont la marque d'une bonne pédagogie. Il suffit de les parcourir pour savoir l'état de l'instruction en chaque pays, non seulement dans les écoles de tous les degrés, mais aussi dans le public. Quand ils sont élémentaires, ils n'en supposent pas moins qu'une élite d'esprits distingués les a rendus possibles par de grands efforts de travail et de pensée. Ils mettent en circulation un certain nombre d'idées et de faits qu'on est surpris d'avoir si longtemps ignorés. Le mystère des connaissances qui paraissent être difficiles est souvent bien simple ; il faut quelques pages pour les exposer, un peu d'attention pour les comprendre, un temps très court pour qu'elles deviennent des vérités

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