CHAPITRE III
LES TRANSFORMATIONS SUCCESSIVES DU TEMPLE (suite). — LES TYPES LES PLUS PARFAITS DU TEMPLE GREC.
Sommaire : Le temple périptère. Temple de Sélinunte. Le Thèseion d'Athènes. Le Parthénon. — Le pseudopériptère. Le temple d'Agrigente. — L'hypaethre. Les temples d'Apollon à Phigalie, de Poséidon à Paestum et de Zeus à Olympie. — Le diptère. Les temples d'Artémis à Ephèse et d'Apollon à Milet. — Le pseudodiptère. Temples de Sélinunte et d'Aphrodislas. — Diverses autres formes. Temples ronds; temples doubles: l'Erechlheion d'Athènes, le temple d'initiation à Eleusis.
L'emploi des colonnes n'est complet que si^ au lieu de les placer seulement sur les faces antérieure et postérieure du temple, comme dans l'amphiprostyle, on les fait régner sur les quatre côtés du monument.
C'est la forme la plus parfaite sous laquelle on puisse mettre la colonne en rapport avec le reste de l'édifice et les différentes phases de développement que nous avons étudiées jusqu'ici durent forcément inspirer aux Grecs l'idée de cette dernière disposition *.
i II est impossible de préciser l'époque où s'est accompli ce développement successif; en effet les plus anciens monuments qui nous soient connus ont déjà un pourtour complet de colonnes. Aussi, à l'exception du temple du
3o I-A VIE ANTIQUE.
Nous voici enfin en présence d'un temple orné de colonnes de toutes partSj entouré d'un portique continu,, admirablement coordonné dans toutes ses parties, sans pour cela rien sacrifier de l'unité organique, indispensable à toute belle construction. Aussi, hâtons-nous de dire que cette forme a été le plus fréquemment employée par les Grecs, et la plupart des temples conservés Jusqu'à présent, notamment ceux de style dorique, appartiennent à cette catégorie.
Quant au mode d'arrangement architectonique, qu'on se figure la cella environnée de colonnes également espacées et disposées de manière qu'on peut circuler tout autour, à moins qu'un obstacle placé à dessein, comme une statue ou un mur transversal^ ne s'y oppose. Il n'y a aucune règle qui fixe la distance entre les colonnes et les murs de la cella; cependant, on peut dire qu'en général cette distance est, sur les flancs de Tédifice, égale aux entre-colonnements, mais elle est beaucoup plus grande sur les côtés étroits, c'est-à-dire sur les deux fronts du monument. L'entablement reposait sur les colonnes, comme dans le prostyle et dans l'amphiprostyle (fig. 24 et 26), et recouvrait, sans solution de continuité, la cella, dont les murs, élevés à la hauteur des colonnes, étaient réunis à l'entablement au moyen de solives transversales en pierre. Sur ces solives étaient posées des dalles en pierre qui, ornées d'excavations carrées ou cassettes [laciinaria)^ formaient le plafond dit lacunaire. C'est ainsi qu'on obtenait la couverture du péristyle et qu'on rétablissait l'unité et l'harmonie générale du temple, grâce à l'union des colonnes avec le corps de la cella. La coupe transversale d'un de ces temples (fig. 3o) expliquera clairement cette disposition. Dans cette gravure, A représente l'intérieur de la cella, B le péristyle sur les flancs du monument, a b les colonnes, b c l'entablement relié au mur de la cella au moyen du plafond à cassettes du péristyle (pour l'aménagement intérieur voy. ng. 38).
Cette toiture s'avançant sur les portiques latéraux, les Grecs
mont Ocha, ne faut-il pas considérer les temples que nous venons de citer comme précurseurs de ceux qui vont suivre ; nous ne les avons cités que comme des exemples du développement préhistorique du temple en général, dont les différentes parties constitutives se retrouvent dans la construction périptérale.
l'appelaient aile (Trrepov), comme ils avaient donné au fronton le nom d'dETo?. De Ikpériptère, c'est-à-dire temple entouré de cette aile de tous côtés. Ce nom ne rappelle que la couverture du pourtour; si l'on veut éveiller l'idée de colonnes ^ on emploie de préférence le mot péristyle {■volôç ou ot/.oç -£pi''7-:u)>o;)j c'est-à-dire temple entouré de colonnes sur toutes ses faces. Le pourtour même ou portique à colonnes prend toujours ce nom; mais le terme temple périptère est le plus répandu et le plus souvent usité.
li A ];
Fig. 30. — Coupe transversale d'un Temple périptère.
Maintenant que nous savons ce qu'on entend par ptéron et par périptère et que nous avons appris à connaître la structure de cette espèce de temple dans ses traits généraux, examinons son plan et les différentes parties dont il se compose. La division de l'espace dans le périptère est plus variée que dans tout autre genre de temples. Disons même que si jusqu'à présent on a suivi, dans cette division, une seule règle, on adoptera dès à présent autant de systèmes qu'il y a d'espèces de temples. Comme le plan du périptère veut que la cella soit entourée d'un portique à colonnes, d'un péristyle, rien n'empêche que le temple ne prenne l'une des formes décrites jusqu'ici, qu'il soit à antes, prostyle ou amphiprostyle. Le périptère changera d'aspect, selon qu'on adoptera l'une ou
l'autre de ces formes; de là cette variété dans le plan du périptére, dont on n'a peut-être pas assez tenu compte et que Vitruve luimême ne mentionne pas du tout. Du reste ^ faisons observer,, en passant, que les règles établies par Vitruve pour la construction de ces temples ne correspondent qu'à une faible partie des monuments conservés.
a) Le temple entouré de colonnes peut d'abord être un templum in antis{voy.p. 17). Un des plus anciens temples de Sélinuntenous fournit un exemple de cette disposition, représentée à la figure 3i. Il est situé à côté de deux autres du même style, sur une colline,
Tig. 31. — Plan du Temple périptère in antis de Sélinunte.
dans le quartier occidental de la ville. Le péristyle D a six colonnes sur les façades et treize sur les côtés • la cella forme un temple à antes, avec deux colonnes placées entre les saillies angulaires, qui sont plutôt des colonnes que des antes ordinaires. En passant par ces colonnes, on arrive dans le pronaos B, élevé sur deux marches; une marche plus haut se trouve la cella proprementdite A, d'où un escalier de cinq marches conduit dans l'opistho» domos C. Celui-ci est muré de tous côtés et forme ainsi une chambre fermée, où l'on ne parvient qu'en traversant la cella.
b) Le templum in antis était quelquefois garni de colonnes situées entre les antes de chaque façade; c'est le cas du temple d'Artémis Propylasa à Eleusis (fig. 23). Cette construction peut également être entourée de colonnes et devenir ainsi le centre
d'un périptère. Tel est le Thèseion, un des temples d'Athènes les plus beaux et les mieux conservés. La gravure 32 nous en donne le plan.
Ce temple est placé sur une petite hauteur^ au nord-ouest de l'Acropole; selon toute probabilité, c'est le même que les Athéniens avaient consacré à la mémoire de leur héros ^ Thésée, dont l'apparition dans la bataille de Marathon leur avait donné la victoire. Ils décidèrent , en souvenir de cet événement, de transférer ses ossements de l'île de Skyros, conquise par Cimon, à Athènes, dans une sépulture digne du héros. Ce projet fut exécuté par Cimon, fils de Miltiade, dans la i^^ année de la 76* olym-
Pig. 32. — Plan du Thèselon d'Athènes.
piade (476 av. J.-C), et c'est à cette occasion qu'on éleva ]e temple, appelé Thèseion du nom du héros ^. Le monument est tout en marbre pentélique; trente-quatre colonnes du plus beau style dorique, tel qu'il s'est développé dans l'Attique, libre et léger, entourent le centre de l'édifice; il y en a six sur chaque façade et treize de chaque côté. L'édifice présente la forme d'un double temple à antes, la cella A est au milieu % le pronaos B à l'est, l'opisthodome C à l'ouest; ce dernier est un vestibule ouvert, comme le pronaos. L'entablement et la toiture du péristyle portent des traces de riches ornements polychromes'. Ce temple, dont le
1 Ce monument a passé dans ces derniers temps pour être un temple d'Ares. * La largeur de la cella est de 6™, 10.
8 Voy. la Restauration de M. André à la Bibliothèque de l'École Nationale des Beaux-Arts (F. T.).
fronton et les métopes se distinguaient autrefois par de belles sculptures, a servi longtemps d'église de Saint-Georges; c'est à cette circonstance qu'est due sans doute en grande partie sa bonne conservation. Aujourd'hui on garde dans l'intérieur un grand nombre de monuments figurés ou épigraphiques trouvés à Athènes.
c) La forme du périptère qui vient immédiatement après est celle où le temple entouré de colonnes est du genre prostyle. C'est une des dispositions les plus rares^ tandis que celle décrite plus haut (b) est une des plus fréquentes. On peut considérer comme spécimen de cette espèce un temple fort ancien, situé sur
Fis
Plan du Temple périptère prostyle de Sélinunte.
une élévation j dans la partie ouest de la ville de Sélinunte, en Sicile (fig. 33)^. Ici la colonnade embrasse un temple très long, pourvu d'un péristyle à quatre colonnes, et qui, outre la cella A, présente un pronaos B d'un aspect particulier, ainsi qu'un opisthodome muré de toutes parts.
d) Le périptère n'atteint toute sa perfection que si la cella entourée de colonnes est un amphiprostyle, qui n'est lui-même, comme nous l'avons vu plus haut(voy. p. 25), qu'un prostyle perfectionné. Le temple de l'Athèna Parthénos, dit Parthénon, sur l'Acropole d'Athènes- nous en offre un beau modèle; ce monu-
1 Voy. Beulê, l'Art grec avant 'Périclès, p. 83 et suiv. Paris, Didier £1 C'«, i868 (F. T.).
^ Voy. le plan de l'Acropole, fig. 64.
mentj du reste^ peut être considéré comme un des plus parfaits^ sinon comme le plus parfait produit de l'architecture grecque. Consacré à la première divinité protectrice d'Athènes^ à la déesse de l'Attique, ce temple, par l'étendue de ses dimensions, la beauté de l'exécution, la magnificence de ses ornements artistiques, témoignait de la civilisation d'un peuple qui florissait alors, dans tout l'éclat de sa gloire, sous le gouvernement du grand Périclès. A l'endroit même où était autrefois l'ancien temple d'Athèna, détruit par les Perses, Périclès fit élever cette nouvelle construction, par les architectes Ictinos et Callicratès, qui achevèrent cette œuvre gigantesque dans l'année 488 avant Jésus-Christ après un travail d'environ dix ans. Les sculptures qui ornaient le fronton et les métopes furent exécutées sous la direction et en partie par la main de Phidias lui-même, qui était très lié avec Périclès et tenait dans le monde des arts la place que son ami occupait dans le domaine politique. Posé sur de solides fondations en pierre du Pirée, et mesurant une surface rectangulaire de 3o™,38 sur 68"»,40, à laquelle on arrivait par trois degrés en marbre pentélique, s'élevait le périptère, avec ses quarante-six colonnes, huit sur chacune des façades, dix-sept de chaque côté de l'édifice (voy. le plan fig. 35 et la vue restaurée fig. 34). L'architrave était couverte de boucliers en or et d'inscriptions votives, pendant que sur les métopes de la frise régnait une riche ornementation sculptée en relief, qui se rapportait au mythe d'Athèna et à ses héros. Sur le fronton, on voyait trôner dans leur superbe majesté les personnages créés par Phidias et ses élèves, pour perpétuer et agrandir le souvenir de deux épisodes importants de l'histoire de cette divinité : le premier, c'est l'apparition parmi les habitants de l'Olympe de la déesse, qui vient de sortir de la tète de Zeus, — le second c'est sa lutte avec Poséidon, où, victorieuse, elle lui reprend ses droits de reine protectrice de l'Attique. Des peintures décoratives modérément distribuées adoucissaient l'éclat éblouissant du marbre pentélique, dont se composaient les colonnes, l'entablement, les murs de la cella et même les tuiles de la couverture.
Ce temple avait été converti au moyen âge en une église chrétienne; Spon et Wheler ont vu en 1676 et décrit plus tard
l'abside^ où se trouvait l'autel*, du côté est, ainsi que la disposition intérieure de l'édifice. Le Parthénon, de même que le Thèseion, s'était très bien conservé jusqu'au jour où les Vénitiens,
Pig, 34. — Vue du Parthénon (restauration).
Fig. 35. — Plan dn Parthénon.
conduits par Morosini, vinrent assiéger Athènes; ce siège funeste amena la destruction de ce monument, unique dans son genre. Les assiégés avaient fait de la cella une vaste poudrière, qui.
1 La partie inférieure de cette abside est visible encore de nos jours.
TEMPLES ET LEURS TRANSFORMATIONS. Sy
atteinte par une bombe lancée par les assiégeants, produisit une explosion si violente qu'à l'exception des deux façades, le monument fut presque entièrement anéanti.
Nous devons à une faveur particulière du sort de pouvoir, malgré cette perte irréparable, tenter une restauration assez fidèle (fîg. 34), du moins dans son ensemble, à l'aide de débris insignifiants en comparaison de l'ancienne splendeur du Parthénon^. Et, chose qu'on ne saurait trop admirer, dans ces ruines mêmes il y a je ne sais quoi de beau, de noble et de grandiose, qui défie toute description. C'est là une preuve frappante de l'excellence de l'architecture grecque; recherchant surtout la symétrie dans les proportions, l'harmonie de ses différentes parties constitutives et le fini dans les moindres détails, elle ne manque pas de produire sur l'esprit une profonde, une puissante impression, lors même qu'elle a perdu le charme passager de l'ornementation, lors même qu'elle n'offre plus aux yeux l'aspect imposant d'un tout et qu'elle n'est plus qu'un squelette de poussière et de décombres.
La restauration du Parthénon ne laisse aucun doute, en ce qui concerne la disposition des principales parties; quant à la reconstruction de la cella et de l'opisthodome, il est probable que les fouilles exécutées par C. Bôtticher sur l'Acropole, au printemps de 1862, mettront fin aux tâtonnements des architectes et des archéologues sur ce sujet. Nous donnons ci-joint le plan du Parthénon (fig. 35), gravé d'après la restauration d'Ussing, qui a compilé plusieurs opinions divergentes; nous n'en approuvons pas tous les détails, mais nous n'insisterons pas ici sur
1 La Bibliothèque de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts possède toute la collection des Restaurations des monuments antiques de la Grèce et de l'Italie depuis 1788 jusqu'à présent, par les élèves architectes de 4» année de l'Ecole française de Rome. 5j vol. gr. in-folio. Dans ce nombre figure une très belle Restauration du Parthénon par Paccard ; elle date de i845. Il en existe une toute récente, due également à un architecte français. C'est celle de M. E. Loviot. -Ce magnifique travail, qui comprend neuf châssis, a été fort remarqué au Salon de 1880. Il se distingue par une conception très large de l'ensemble et par des idées originales sur bien des points spéciaux et notamment sur la polychromie du temple. L'auteur a expliqué sa Restauration dans un mémoire qui a paru dans la Revue arch. Il doit publier sous peu une étude complète et détaillée sur cet intéressant sujet (F. T.).
nos propres convictions que nous avons puisées dans l'étude des fragments conservés. Derrière la première colonnade A, on se trouve immédiatement en présence d'une seconde rangée de six colonnes, qui forment le vestibule du pronaos B. Le pronaos s'élève de deux marches au-dessus du niveau du péristyle- il servait autrefois de dépôt pour les offrandes que les Grecs apportaient de toutes parts à la déesse de l'endroit. Ces objets précieux étaient en sûreté derrière le grillage en fer ^ qui reliait les colonnes^ et quoique fermé par les soins des prêtres administrateurs, laissait cependant apercevoir et admirer du dehors les dons consacrés à la divinité. Une inscription nous a transmis une liste d'objets gardés dans cette enceinte. Bôtticher a mis à nu l'entrée du pronaos, condamnée jusqu'alors par six pieds d'épaisseur d'un mur absidial de l'église qu'on avait bâtie dans le Parthénon, comme nous venons de le voir.
L'extérieur du temple ne manquait pas de motifs de décoration. A partir du vestibule, le long des frises et tout autour de la cella s'échelonnaient des sculptures, représentant la procession des Panathénées, ou, suivant l'hypothèse de Bôtiicher, les préparatifs de cette procession. Ces bas-reliefs, hauts de i m. s'allongeaient primitivement sur une étendue de i58™,48, dont i36"ï,8o retirés des ruines, ont revu la lumière du jour et ont été transportés par lord Elgin, avec beaucoup d'autres sculptures de l'Acropole, en Angleterre; ils figurent aujourd'hui dans les collections du British Muséum. Les fragments de la frise découverts plus tard sont conservés à Athènes. Au-dessus de l'entrée du pronaos et par conséquent de la cella proprement dite, l'artiste a eu l'ingénieuse idée de représenter une assemblée des dieux, regardant venir le cortège des jeunes gens et des jeunes filles. Ils sont gracieusement groupés, assis sur de simples sièges, et l'on reconnaît parmi eux le dieu Poséidon (Neptune), le héros Erechthée, la déesse Peitho et Aphrodite (Vénus) accompagnée d'Eros. Une grande porte pratiquée dans la muraille de fond du
i Bôtticher a retrouvé les marques que ces grilles ont laissées sur toutes les colonnes du pronaos et de l'opisthodome, depuis le bas du fût jusqu'au chapiteau.
pronaos donne accès à la cella proprement dite C, longue de 100 pieds, et appelée pour cette raison Hekatompedon. Deux rangs de neuf colonnes partageaient cette enceinte en trois nefs; audessus s'élevait une seconde rangée de colonnes doriques, qui formait ainsi une sorte de galerie, où conduisaient des escaliers partant des nefs latérales. Au bout de la stoa (nef) centrale, qui était hypaethrale, était placée sous un plafond protecteur et isolée par des cloisons transversales, la statue d'or et d'ivoire de Pallas (b); devant cette statue se trouvait la tribune de la proedria {a). Il est aisé de reconnaître la place qu'elle occupait autrefois; car, au milieu du sol dallé en marbre, on aperçoit une surface pavée en pierres du Pirée. Quant à la statue d'Athèna, chefd'œuvre dû à la main de Phidias, peu de mots suffiront pour nous rendre compte de sa beauté artistique. Le piédestal, qui portait la déesse, était déjà couvert de riches ornements, qui figuraient la naissance de Pandore et vingt figures de dieux. Sur cette base s'élevait la statue en pied de la déesse, haute de 26 aunes et dans une attitude simple, mais majestueuse; le visage, le cou, les bras, les pieds et les mains étaient en ivoire ; les vêtements, que Phidias, par bonheur pour lui-même, avait faits mobiles, étaient d'or pur, métal qui, d'ailleurs, prédominait dans les autres parties de l'œuvre. Le soin minutieux apporté à l'exécution de presque tous les détails s'unissait à la richesse des matériaux et ajoutait encore à l'effet admirable de l'ensemble : citons, par exemple, le casque orné d'un sphinx et beaucoup d'autres décorations; aux pieds de la déesse, le bouclier avec ses luttes de géants à l'intérieur et son combat d'Amazones à l'extérieur; sur les bordures des hautes sandales enfin était sculptée la centauromachie avec une foule de personnages, et dans le nombre, dit-on, on remarquait les traits de Périclès et de Phidias, circonstance qui a fourni plus tard un prétexte aux adversaires du grand homme d'état, pour l'accuser d'impiété, lui et l'illustre artiste, son ami.
Derrière la cella et la statue se trouvait l'opisthodome D, compartiment fermé, qui communiquait avec la cella au moyen de deux petites portes ouvertes à l'extrémité nord et sud de la paroi de séparation ; les fragments de ces portes, qui n'avaient pour but que de faciliter les allées et venues des gardes du trésor, furent
découverts aussi lors du déblaiement de 1862. Dans l'opisthodome le plafond était soutenu par quatre colonnes; beaucoup d'objets précieuxj d'offrandes (anathèmata) et de documents^ qui ne devaient pas être livrés au public^ se trouvaient ici sous la garde de fonctionnaires spéciaux^ chargés d'en rendre un compte exact. Une double porte grillée reliait l'opisthodome au vestibule postérieur également grillé et précédé de six colonnes; cet espace du temple E, en tout semblable au pronaos^ était^ comme celui-ci, réservé à la conservation d'objets d'art et d'offrandes sacrées.
Nous avons décrit le vao? TicpiTTTepo;, avec ses dififérents sousordres; disons quelques mots encore du pseudopériptère , que Vitru ve confond avec le périptère. Le nom même (^ïtiooçj mensonge, fausse apparence) prouve que nous avons affaire à un temple qui n'est périptère qu'en apparence. Le ptéron, on s'en souvient, était une aile avancée, formée par l'entablement et la toiture, et soutenue par des colonnes indépendantes. Supprime-t-on le ptéron, l'entablement et la toiture subsistent encore, mais ils ne forment plus saillie autour de la cella, c'est-à-dire ils n'ont plus pour appui des colonnes isolées, mais un mur solide, contre lequel s'appliquent des demi-colonnes ou, pour les remplacer, des pilastres. Cette forme de temple était très rare chez les Grecs, qui faisaient de la vérité le principe fondamental de leur architecture; on la rencontre, au contraire (v.ch.I,2epart.), assez fréquemment chez les Romains. Néanmoins, on pourrait citer un temple grec comme exemple du pseudopériptère; mais ici même cette disposition n'a point été choisie dans le but de produire une apparence ou l'illusion d'un monument entouré de colonnes; elle a été nécessitée par les dimensions considérables de la construction et par la nature des matériaux employés. Nous voulons parler du temple d'Agrigente. Agrigente, "la noble ville, amie de la magnificence,» comme chante Pindare, fut construite au commencement du sixième siècle avant Jésus-Christ, sur les côtes méridionales de la Sicile, par les habitants de Gela, colonie dorienne. Grâce à sa belle position et à la fertilité du sol, elle était parvenue en peu de temps à un tel bien-être, ses instincts artistiques s'étaient si bien développés, que les nombreux vestiges de son ancienne splendeur doivent être comptés avec ceux de Sélinunte, au nombre des plus brillants
modèles de l'ancien style dorique. C'est là, non loin des temples dits de Junon et de la Concorde, fort bien conservés, qu'on a trouvé les fondations d'un temple colossal, qui semble avoir été consacré à Zeus et n'a dû être achevé que jusqu'à la toiture à l'époque de la victoire remportée sur les Agrigentins par les Carthaginois (ol. 93, 3 ou 4c6 av. J.-C). Diodore, qui donne les mesures et une description détaillée de ce monument, admirait quelques siècles plus tard la majesté de ses ruines. D'après des mesures plus récentes, ce temple, les marches comprises, a i07™,70 de long sur 52ra,65 de large; sa hauteur, évaluée d'après des fragments des colonnes et de l'entablement, atteignait sans doute environ 36 m., de la base au sommet du fronton. La superficie totale était par conséquent presque triple de celle du Parthénon. Quant aux colonnes, qui à elles seules avaient une hauteur de près de 62 pieds, elles étaient si distantes l'une de l'autre que, si l'on avait voulu les couvrir de poutres d'architrave d'une seule pièce, il aurait fallu des blocs de pierre mesurant environ 7^,80 de longueur et plus de 3 m. d'épaisseur. Or la nature des matériaux dont on se servait pour les constructions à Agrigente ne permettait pas l'emploi de blocs aussi énormes; les Agrigentins n'avaient pas de marbre, mais un calcaire à coquillages, assez mou et friable, qui, s'il gagnait en solidité avec le temps, n'était nullement apte à couvrir de larges et vastes espacements. Ils se virent donc forcés d'établir dans l'intervalle des colonnes de fortes murailles, surmontées d'une architrave et d'une frise en pierres plus petites. La cella se trouvait ainsi entourée, non plus d'un péristyle, mais d'un mur plein, d'où émergeaient à l'extérieur des demi-colonnes, correspondant à l'intérieur à des pilastres plats. Le temple était-il éclairé par le système hypaethral, ou bien, comme le prétendent certains archéologues sans raisons plausibles, au moyen de fenêtres, pratiquées au haut du mur extérieur, dans l'espace compris entre les demi-colonnes? C'est une question qu'il est impossible de résoudre définitivement. La cella est longue et étroite, particularité assez fréquente dans les monuments siciliens (fig. 3i et 33), et ses parois sont également rehaussées par des pilastres. La façade ayant sept colonnes, ce nombre impair peu commun à cet endroit laisse des doutes sur la dispo-
sition de la porte. Kockerell suppose deux portes, une de chaque côté de la façade; un savant sicilien, Politi, n'en admet qu'une, au milieu, mais il la divise en deux entrées par un pilastre portant une figure colossale de géant'.
Dans la description du Parthénon (voy. pages 34-39), nous avons remarqué que le vaisseau central de la cella n'était pas couvert et qu'on ne voyait au-dessus que l'azur du ciel. Ce fait nous amène à examiner une forme de temple très importante, souvent usitée dans les grandes constructions et désignée dans la nomenclature de Vitruve sous le nom àliypœthre {hypœthros). Indépendamment des principes relatifs au nombre des colonnes et à d'autres particularités, dont Vitruve, selon son habitude, ne donne pas une idée conforme à ce qu'on voit dans les monuments grecs, voici comment il décrit le temple hypaethral: "A l'intérieur (dans la cella), il y a deux rangs de colonnes, éloignés du mur et permettant d'aller et venir dans tous les sens, comme sous le péristyle extérieur. Mais le vaisseau central, sans toiture, est à ciel découvert; il a des portes de chaque côté vers les vestibules antérieur et postérieur. A Rome on ne rencontre pas de spécimens de cette espèce, à Athènes on peut citer comme modèles du genre le temple de Minerve à huit colonnes et celui de Jupiter olympien à dix colonnes. .. Par le premier il faut entendre le Parthénon ; quant au second, nous nous en occuperons plus spécialement en décrivant les temples romains.
Laissant de côté la polémique littéraire sur la question de savoir si les temples hypaethres ont existé ou non -, nous nous rangeons, sans réserve, à l'avis de C. Bôtticher, qui en admet l'existence. Sans parler de cette tradition que le culte de certains dieux exi-
1 Cette figure existe encore; elle se compose de plusieurs blocs énormes de pierre, qu'on a retrouvés au milieu des ruines et rajustés ensuite sur place, de manière que la figure se trouve entièrement reconstituée. On suppose généralement que la toiture de la cella était supportée par toute une rangée de figures semblables. Mais l'absence d'autres fragments de ce genre semble combattre cette opinion; du moins, pendant notre séjour assez long à Girgenti, nous n'avons vu que les fragments appartenant à une seule figure.
2 Cf. le mémoire de M. Chipiez, Rev. archéol., mars et avril 1878 (O. R.). — Voy. aussi Beulé, Histoire de l'art grec avant Périclès, p. 281 et suiv. Paris, 1868 (F. T.),
geait des espaces libres et découverts^ il est évident que la nature même des grandes constructions, où les fenêtres manquaient totalement^ où de grandes portes ne suffisaient pas pour éclairer l'intérieur, a dû forcément suggérer l'idée de ménager, au milieu, une place découverte; c'était une sorte de vaste enclos, analogue à la cour des maisons d'habitation, dont l'arrangement ressemble du reste assez souvent aux dispositions d'un temple. Ainsi les exigences architectoniques s'accordent parfaitement avec l'affirmation précise de Vitruve, et, pour peu qu'on étudie les véritables monuments grecs, on verra sans peine que l'hypaethre avait sa raison d'être. Il existait même différentes sortes d'hypaethres^ ce qui prouve que ce genre de construction, créé de bonne heure, a suivi les progrès de la civilisation grecque et s'est modifié avec le temps, suivant la forme et les dimensions du temple. La forme rudimentaire de l'hypaethre, nous avons appris à la connaître dans le petit temple du mont Ocha (voy. fig. 7), dont l'ouverture étroite, pratiquée dans le toit, était probablement nécessitée par la nature même des divinités de l'éther et du ciel, de Zeus et Héra qu'on y adorait. On trouve de nombreux exemples de cellas hypaethres dans les temples appartenant à l'espèce périptère*. Parmi ceux-ci plaçons en première ligne le temple d'Apollon Epikourios, près de Phigalie, en Arcadie. Sur l'une des chaînes de montagnes qui forment une vaste ceinture autour de la ville de Phigalie, est située une localité appelée Bassae. Là, presque au sommet du mont Kotilios, se trouvent les ruines d'un temple, qui paraît être identique au sanctuaire d'Apollon Epikourios, décrit par Pausanias, sauf une légère différence constatée dans les distances et dans les matériaux. "Ce temple, dit Pausanias, construit par Ictinos, architecte du Parthénon, ne le cédait en beauté, dans tout le Péloponnèse, qu'à celui d'Athèna Aléa à Tégée«. Cette remarque a d'autant plus d'importance que Pausanias n'exprime que très rarement son opinion sur la beauté et la valeur artistique des monuments dont il fait mention. Ce jugement se
' C'est pour cette raison que nous donnons ici une place à l'hypaethre et que nous abandonnons la classification de Vitruve, fonde'e uniquement sur le genre de pe'ristyles. Il serait impossible de bien connaître la plupart des temples à péristyle, si l'on ne se faisait au préalable une idée exacte de l'hypaethre.
trouve confirmé par les ruines mêmes de cet édifice, étudié sérieusement pour la première fois en 1818, bien qu'une grande partie en ait été détruite avec intention, sans doute pour s'emparer des crampons de bronze, qui unissaient les pierres. On peut
néanmoins tenter une restauration assez exacte^ Le plan (fig. 36) nous présente un péristyle A A de trente-huit colonnes, dont six sur chaque façade et quinze le long des murs latéraux, y compris les colonnes d'angle; presque toutes sont restées à leur place primitive. Les parois de la cella et deux colonnes in antis constituent le pronaos B. La cella est divisée en deux parties, l'une couverte D, l'autre C découverte; cette dernière est entourée de pilastres très saillants appliqués contre le mur. Ces pilastres affectent sur le devant la forme de demicolonnes ioniques; leurs chapiteaux sont surmontés d'une frise, où de superbes bas-reliefs représentent des combats d'Amazones.
Le milieu de cette enceinte, entièrement découvert, formait une cour, entourée d'une série de niches, sorte de chapelles, lesquelles étaient couvertes par la frise et abritaient les offrandes sacrées qu'on y déposait quelquefois. La partie postérieure de la cella D était couverte d'un plafond, soutenu par deux des pilastres susmentionnés, qui sortaient oblique-
Fig. 36. — Plan du Temple d'Apollon près Phigalie.
^ Voy. la Restauration de M. Lebouteux à la Bibliothèque de l'École Nationale des Beaux-Arts. (F. T.).
ment du mur de la cella, et par une colonne isolée a, qui est un spécimen rudimentaire de l'ordre corinthien. C'est derrière cette colonne qu'était située^ selon Blouet^ la statue du dieu^ b. Il
Fig. 37. — Vue des Ruines du Temple de Poséidon à Paestum.
semble qu'il n'y avait aucune porte dans la paroi postérieure de la cella; mais il est possible qu'au point c une porte ait fait communiquer celte enceinte avec le péristyle. L'opisthodomos E, adjacent à la cella^ est limité de trois côtés par les murs de celle-ci et d'un côté par deux colonnes inantis. Une particularité curieuse,
c'est que la façade principale de ce temple était tournée presqu'en plein nord.
L'un des temples qui se sont conservés à Paestum^ dans la Grande-Grèce, correspond encore mieux à la description de Vitruve. Parmi les ruines, remarquables par la noble et grave simplicité du dorique primitif, se dresse un monument colossal; c'est le temple consacré à Poséidon, dieu protecteur de cette ville. Cette construction se compose d'un périptère avec six colonnes frontales et quatorze latérales. La cella, ceinte d'un péristyle, a deux colonnes in antis sur ses deux façades. Du pronaos on entre dans la cella, où s'élève des deux côtés une double colonnade, telle que Vitruve nous [l'a décrite. Contre la paroi postérieure de la cella se trouvent deux escaliers, encore faciles à reconnaître et à monter; ils conduisent à V hyper oon ou galerie supérieure de colonnes. Au milieu, une porte donne accès à l'opisthodome. La gravure Sy représente l'intérieur du temple, dans son état actuel. Il a une longueur de Syi^.go sur 24^,45 de largeur.
Enfin, disons quelques mots du temple de Zeus à Olympie. Les ruines de ce lieu sacré, disséminées dans la riante plaine de l'Alpheios, annoncent que c'était là le centre le plus brillant de la vie populaire des Grecs; depuis longtemps déjà, on y avait remarqué quelques débris, qui se distinguaient, par la qualité supérieure des matériaux, des autres débris presque tous en briques. Après l'affranchissement de la Grèce du joug ottoman, une commission scientifique, déléguée par le gouvernement français pour explorer et décrire la péninsule hellénique, fit ici des recherches approfondies. Elles ont eu pour résultat de démontrer que ces ruines représentent en effet ce qui reste du ^ temple de Zeus à Olympie, si fameux autrefois, et qu'on peut reconstituer, au moins dans ses linéaments généraux, ce sanctuaire qui renfermait jadis la plus sublime image du père des dieux et des hommes, objet d'orgueil et de gloire de la Grèce tout entière. Les Grecs se retrouvaient ici, en présence du dieu, à des époques périodiques, pour assister aux fêtes et jeux solennels institués en l'honneur de Zeus, et dans ces solennités on voyait s'épanouir la fleur de la jeunesse, dans toute sa beauté, sa force et son adresse; nous reviendrons plus loin sur ces luttes et ces jeux
sacrés. Pour le moment, nous nous arrêterons à parler du temple, qui, au point de vue artistique, n'a été surpassé que par le Parthénon; quant à la statue du dieu qu'il renfermait, cette œuvre, due également à Phidias, a pu seule égaler et, sous certains rapports même, dépasser la gloire de l'Athèna Parthénos.
"La structure du temple, dit Pausanias, dans sa manière descriptive simple et précise (V, 10,2), est dorique; en ce qui concerne l'extérieur, c'est un péristyle. Les matériaux consistent en une pierre poreuse trouvée sur place. La hauteur, calculée jusqu'au sommet du fronton, est de 20"',4o, la largeur de 28">,5o, la longueur de 69 mètres. L'architecte était un homme du pays du nom de Libon. Les briques de la toiture, quoique en marbre pentélique, sont façonnées comme des briques en terre cuite; aux deux extrémités du fronton se dressent des chaudrons dorés à trépieds et au sommet une statue également dorée de la Victoire.» Ce monument fut construit à l'occasion de la victoire des Olympiens sur les habitants de Pisa, ville voisine (52^ ol.). Les sculptures décoratives de Phidias et de ses élèves, qui ornaient les métopes et le fronton, ne furent terminées que dans la 86e olympiade. Du péristyle environnant a (fig. 39), il n'est resté que neuf colonnes, dans différents endroits, ainsi que des fragments du mur de la cella avec ses antes, entre lesquelles étaient placées deux colonnes sur chaque façade. Dans le pronaos b, on a retrouvé sous un dallage romain plus récent, composé de marbre multicolore et d'albâtre oriental, une mosaïque faite grossièrement de cailloux de l'Alpheios; cette décoration primitive du sol figurait des divinités marines (fig. 40). A côté se trouvait le piédestal d'une statue mentionnée par Pausanias; des statues en pied de ce genre ornaient souvent les vestibules des temples. Dans la cella, nous remarquons plusieurs parties : l'espace central c, découvert, avait de chaque côté une rangée de colonnes à deux étages; un autre espace plus petit et couvert d, où se trouvait la statue du dieu, lui était contigu. Zeus était assis sur un trône, chef-d'œuvre en bois de cèdre plaqué d'ébène et rehaussé de magnifiques sculptures et de pierreries. L'ornementation de la base était non moins somptueuse; elle répondait à la magnificence de Zeus lui-même.
La figure j la poitrine et le haut du corps dénudé^ ainsi que les piedsj étaient en ivoire^ les yeux/peut-être en pierres fines d'un vif éclat, les boucles des cheveux et de la barbe en or battu; de même la statue de la Victoire, que le dieu portait sur sa'main droite étendue, tandis que de la gauche il tenait un sceptre.
Pig. 38. — Coupe longitudinale du Temple de Zeus à Olympie.
Fig. 39. — Plan du même Temple.
composé d'un alliage de plusieurs métaux précieux. Les vêtements, également en or, qui recouvraient la partie inférieure du corps, étaient parsemés de fleurs^ qui faisaient probablement l'effet d'une sorte d'émail. Mais tout ce luxe de matières précieuses n'était rien en comparaison de l'expression puissante et grandiose ,de la figure même, dans laquelle Phidias avait incarné sa divinité, telle qu'elle était toujours présente à l'esprit des
Grecs. Il s'était inspiré des beaux vers suivants de Y Iliade (1,528):
Ainsi dit le grand Zeus : ses sourcils se froncèrent; Sur son front immortel ses cheveux s'agitèrent, Et, de l'Olympe e'mu soulevant les hauteurs. Répandirent dans l'air leurs divines senteurs'.
On croyait l'apercevoir lui-même, omnipotent et sublime, doux et affable à la fois pour tout spectateur; c'était peut-être l'image qui faisait le mieux comprendre aux Grecs l'essence de la divinité; aussi, voir le Jupiter Olympien était le rêve de tout le monde, et l'on considérait comme malheureux quiconque ne l'avait jamais aperçu.
La statue avait une hauteur de 12 mètres et semble avoir été trop grande par rapport aux proportions architectoniques du monument; les Grecs eux-mêmes avaient déjà fait cette observation que, si le dieu se levait de son siège, la toiture, qui le couvrait, s'écroulerait tout entière. De chaque côté de la place réservée à la statue, se trouvait un escalier qui conduisait à la galerie supérieure et était sans doute accessible aux visiteurs, afin de leur permettre de mieux voir la statue et tous ses ornements. Devant la statue on a retrouvé un fragment de dallage en marbre noir, détail qui coïncide singulièrement avec une observation de Pausanias, d'après laquelle le sol précédant immédiatement la statue n'aurait pas été pavé en pierre blanche, mais en marbre noir, garni d'une bordure creuse en marbre blanc de Paros. Dans cette rigole, dit-il, on versait de l'huile qui, étant donné l'humidité du sol, exerçait une action bienfaisante sur l'ivoire de la statue; de même l'eau produisait, par son évaporation, au milieu d'un climat très sec, un salutaire effet sur la statue d'Athèna de l'Acropole. Après la paroi postérieure de la cella venait l'opisthodome avec ses deux antes et ses deux colonnes; de là on passait sous le péristyle. Afin de mieux comprendre l'économie des différentes parties du temple, le lecteur consultera la figure 38, qui en donne la coupe longitudinale; la figure 3o nous en a déjà montré la coupe transversale*.
' Trad. de M. Lucien Pâte'.
* Les dernières fouilles exécute'es par les soins du gouvernement allemand
Avec le périptère, c'est-à-dire le temple entouré d'une ceinture de colonnes, l'architecture sacrée des Grecs avait atteint
ont permis de déterminer très exactement les mesures de ce temple. On sait maintenant que sa longueur, calcule'e sur le stylobate même de l'édifice, était
Fig. 40. — Mosaïque du Temple de Zeus à Olympie.
de 64™, 12 (c'est-à-dire juste 200 pieds olympiques) et sa longueur de 27™,66. Les colonnes qui étaient au nombre de 6 à la façade et de i3 sur ses côtés longs, mesuraient 10™ ,43 de haut; Pentrecolonnement était de la moitié de cette hauteur. Blouet a fait une restauration remarquable du temple de Zeus à Olympie, et les découvertes des archéologues allemands n'ont apporté que trois changements au plan de l'éminent architecte français : une modification insignifiante dans la forme des escaliers, qui conduisent aux combles et, ce qui est plus notable, la suppression de la porte supposée entre l'opisthodome et le naos, et celle de l'édicule sous laquelle Blouet avait placé !a statue. Galette des Beaux- Arts, février 1877. (K. T.).
TEMPLES ET LEURS TRANSFORMATIONS. 5l
le plus haut degré de perfection. La forme générale ainsi obtenue était, il est vrai, susceptible de bien des modifications: les diverses structures de la cella, selon qu'elle était in antis ^ prostyle ou amphiprostylej ainsi que les différentes dispositions de l'intérieur, pouvaient lui donner le charme d'une grande variété; mais l'idée-mère du temple à colonnes prédominait dans toutes ces constructions. Il est possible, d'ailleurs, d'agrandir le cadre du péristyle. Cet agrandissement consiste à établir deux rangées de colonnes, au lieu d'une, à créer une double colonnade et un double ptéron. Les Grecs donnaient à cette manière le nom naturel et logique de vaoç oÎTCTspcç, c'est-à-dire temple à double ptéron^ "Le diptère, dit Vitruve, a huit colonnes sur chaque façade, mais il a deux rangs de colonnes autour de la cella. A ce genre appartiennent le temple dorique de Quirinus et le temple ionique de Diane à Ephèse, construit par Gtésiphon». La règle de Vitruve ne s'accorde pas complètement (le cas n'est pas rare) avec les monuments conservés, en ce qui concerne le nombre de colonnes : il parle de huit, on en trouve souvent dix. Le temple de Quirinus s'élevait à Rome, où Auguste l'avait fait construire; quant au second, c'était, en effet, un des plus brillants modèles de cette espèce, que les Grecs, amis du luxe et delà magnificence, semblent s'être attachés à employer surtout dans leurs colonies d'Asie Mineure.
Construit de très bonne heure, le temple d'Artémis à Ephèse passe pour un de ces monuments où le style ionique apparaît dans toute sa perfection et toute sa grandeur. Embelli, à une époque ultérieure, par une brillante restauration qui, cependant, ne semble avoir nullement changé son caractère primitif, il était regardé depuis longtemps comme le modèle le plus achevé de l'ar-
1 Afin de compléter la nomenclature des dénominations relatives à l'économie du plan d'un temple grec, ajoutons qu'on donnait aussi aux temples des noms correspondant au nombre des colonnes de la façade. Ainsi on appelait tétrastyle un temple qui avait quatre colonnes sur la façade (fig. 24-27); hexastyle celui qui en avait six (fig. 3i-33); le Parthénon avec ses huit colonnes éiz.\X. octastyle (fig. 34 et 35), le temple d'Apollon à Milet décastyle, à dix colonnes (fig. 4i). Le temple d'Eleusis était appelé dodécastyle, à cause des douze colonnes de son portique.
chitecture ionique et les anciens le comptaient, depuis longtemps, comme tel, au nombre des sept merveilles du monde. Cet édifice grandiose disparut avec la chute du paganisme.
Ses ruines mêmes avaient péri sous le sable et l'alluvion du Kaystros et de ses affluents,, le Kenchreios et le Selinos, en sorte qu'il était très difficile d'en déterminer l'emplacement.
Un ingénieur anglais, M. Wood, entreprit, dès i863, des fouilles qui^ terminées seulement en 1874, amenèrent la découverte des substructions de deux fragments de co-
41. - Bas-reliefs décorant la Partie inférieure des Colonnes.
lonnes et de quelques parties de la cella. D'après Pline, ce temple était un diptère octastyle à cent colonnes, que M. Wood répartit ainsi qu'il suit : huit sur les côtés étroits, vingt sur les côtés longs (y compris les colonnes d'angle), ce qui donne 96 colonnes. Si l'on place deux colonnes en plus dans le pronaos et deux dans l'opisthodome, on obtient le chififre indiqué par Pline. Les fragments de colonnes ont principalement un grand intérêt au point de vue de l'histoire de la plastique grecque; en effet, les basreliefs (fig. 41), hauts de deux mètres environ, qui décorent les tambours inférieurs de ces colonnes, expliquent le sens d'un passage de Pline, longtemps mal interprété, et où il est question des columnœ cœlatce, c'est-à-dire colonnes sculp-
Fig. 42. — Plan du Temple
d'Apollon Didyméen
de Milet.
tées, du temple dont il s'agit {Hist. naturelle, XXXVIj 21)'. Nous donnons à la figure 42 le plan d'un temple, qui rivalisait de grandeur et de magnificence avec celui d'Artémis à Éphèse et qui est un spécimen non moins remarquable du genre diptère. C'est le temple d'Apollon Didyméen à Milet. Milet était une des plus belles et des plus importantes colonies ioniennes sur les côte de l'Asie Mineure. Habitée originairement par les Cariens, cette ville, à en croire la tradition, tomba d'abord au pouvoir des Cretois; puis les Ioniens vinrent s'y établir^ ils l'agrandirent considérablement et relevèrent bientôt au rang d'une station maritime et commerçante de premier ordre. Ses navires sillonnaient toute la Méditerranée et trafiquaient à l'ouest jusqu'au delà des colonnes d'Hercule et à l'est jusqu'au Pont-Euxin. Les noms
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Fig. 42 Ois. — Temple de Milet. — Chapiteau du Pilastre et du Mur.
des philosophes Thaïes et Anaximandre, des historiens Cadmos et Hécatée prouvent que la culture des sciences y marchait de pair avec les transactions commerciales. On peut en dire autant des beaux-arts, notamment de l'architecture ; les débris du temple d'Apollon, si admiré autrefois, en sont un témoignage.
Il existait là de longue date un temple d'Apollon, voué à un culte très ancien mêlé d'oracles, importé par la première colonie Cretoise ; son service était fait depuis des années par la famille des Branchides. Ce vieux temple fut détruit de fond en comble, lors de la destruction de Milet par les Perses, dans la troisième année de la 71^ olympiade; les Milésiens, ayant recouvré
1 Cf. Archœol. Zeitung, nouvelle série, 1873, p. 72 et suiv. et pi. 65 et 66, où l'on trouvera des photographies de plusieurs de ces bas-reliefs. Un essai de plan restauré a été donné par Guhl, Ephesiaca , Berol. 1843, pi. IIL — A Didymes, M. Rayet a également découvert des bases de colonnes sculptées; voy. sa publication, Le Temple d^ Apollon Didyméen, p. 32 et suiv. — (O. R).
l'indépendance, le firent reconstruire avec plus de magnificence par leurs architectes, Pœonios et Daphnis, mais il semble n'avoir jamais été entièrement terminé. Le plan en était fort majestueux; la façade, à dix colonnes', était presque des deux tiers plus longue que celle du Parthénon d'Athènes; les colonnes, d'un diamètre de i^jSy, avaient une hauteur de plus de i8 m. et étaient plus sveltes que celles de l'Artémision d'Éphèse et d'autres temples ioniques. L'entablement, bien proportionné, était plus léger et plus frêle, comme on s'en convaincra en jetant un coup d'œil sur le dessin de la façade (fig. 43). Après avoir
Fig. 43. — Façade du Temple d'Apollon à Milet.
traversé la double colonnade (fig. 41 A), on arrive dansle pronaos Bj séparé du péristyle par quatre colonnes in antis et dont les murs sont ornés de pilastres, surmontés de très riches chapiteaux corinthiens (fig. 42 bis). Par un étroit espace C, destiné peut-être à conserver des objets précieux ou à recevoir l'escalier, on entre dans ia ceila D, qui était sans doute découverte au milieu et bordée de colonnes sur les côtés. Ce temple ne semble pas avoir eu d'opisthodome clos d'un mur -.
1 C'étaient ces dix colonnes qui avaient des bases sculptées (O. R.).
2 Des fouilles ont été faites au temple de Didymes en iSyS par MM. O. Rayet et A. Thomas. L'ouvrage en cours de publication Milet et le Golfe Latmique, par O. Rayet et A. Thomas, contiendra une restauration nouvelle de ce temple. Cf. O. Rayet, Le temple d'Apollon Didyméen, Paris 1876 (O. R.).
Nous avons vu que le diptère n'était qu'un périptère développé et agrandi; de même le pseudodiptèrCj par lequel Vitruve termine sa revue des temples à cella carrée^ forme une sorte de transition entre le périptère et le diptère. Aussi Vitruve le décrit-il immédiatement après le périptère et avant le diptère. Son nom s'explique comme nous avons expliqué celui de pseudopériptère. Il indique un temple qui a l'apparence d'un diptère^ sans l'être complètement^ c'est-à-dire qu'il semble avoir deux rangs de colonnes^ sans les posséder en réalité; en d'autres termes^ à l'extérieur il a l'aspect d'un diptère^ mais on a supprimé la seconde rangée de colonnes, celle placée entre la première de dehors et le mur de la cella. "Le pseudodiptère, dit Vitruve, est une espèce de temple, qui a huit colonnes sur ses deux façades et quinze sur les côtés, y compris les colonnes des angles. Mais les murs antérieur et postérieur de la cella sont construits juste en face des quatre colonnes centrales. Il en résulte que l'espace compris entre la rangée extérieure de colonnes et le mur a une largeur égale à deux entre-colonnements et au diamètre inférieur d'une colonne". Ce genre de temple a été inventé, dit-on, par Hermogène, au temps d'Alexandre le Grand, et Vitruve l'appréciait beaucoup à cause de son effet pittoresque et de l'absence de la colonnade intérieure. La description ci-dessus prouve bien que le pseudodiptère constituait un lien entre le diptère et le périptère ; il a de commun avec ce dernier le portique à colonnes, ceignant la cella, et avec le premier la largeur de ce portique, où une rangée de colonnes intérieure pourrait aisément trouver place. Il est possible que cette disposition ait été imaginée déjà avant Hermogène. Il en existe un exemple à Sélinunte : c'est le plus grand temple, situé sur une hauteur à l'est de la ville. Ce monument, comme tous ceux de Sélinunte, est d'un style dorique qui cependant, par sa légèreté, se rapproche des formes attiques (voy. le plan à la fig. 44). Le péristyle A est précisément d'une largeur équivalente à deux entre-colonnements et à l'épaisseur du bas d'une colonne. Le pronaos B est formé par le prolongement in antis des murs de la cella et par six colonnes isolées. La cella C était sans doute découverte et garnie d'une colonnade; elle est suivie de l'opisthodome D.
L'ordre ionique nous offre plusieurs temples analogues; du reste, Hermogène, que Vitruve dit avoir été l'inventeur du pseudodiptère, était en même temps l'architecte qui, le premier, appliqua des règles scientifiques au style ionique et en fit un système, destiné à combattre le style dorique, auquel il reprochait bien des irrégularités. Le temple d'Artémis Leucophrynè, à Magnésie, sur le Méandre, cité comme exemple par Vitruve, appartenait, si l'on en juge par ses ruines, à l'ordre ionique; il est probable que tel était aussi un autre temple, mentionné par le même, celui d'Apollon, à Alabanda, patrie d'Hermogène.
Citons encore comme spécimen du diptère ionique le temple
oo ooo
Fig. 44. — Plan du Temple pseudodiptère de Sélinunte.
d'Aphrodisias en Carie, dont la construction date des premières années de l'empire romain et dont les ruines sont des mieux conservées. Aphrodisias (ce nom qui remplaça celui de Ninoë l'indique déjà) adorait dans Aphrodite sa déesse protectrice, dont le culte, chose assez fréquente en Asie Mineure, était célébré, sous l'influence d'autres cultes asiatiques, avec beaucoup de pompe et d'ostentation. Par conséquent, il n'est pas impossible que le temple découvert ici ait été consacré à Aphrodite. Ce monument se distingue par ses grandes dimensions et par la légèreté de ses proportions, qui semblent être conformes au caractère du culte lui-même.
La figure 46 nous montre le plan du temple ^, composé du pé-
* La largeur intérieure de la cella est d'environ 6™,i5.
TEMPLES ET LEURS TRANSFORMATIONS. 5y
ristyle A, du pronaos B et de la cella C; la figure 45 nous
Fig. 45. — Façade du Temple d'Aphrodisias.
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représente la façade, remarquable par la légèreté et la grâce de sa' structure. Les colonnes ont cela de particulier que les cannelures de chaque fût sont interrompues, au même endroit, par des tablettes, couvertes d'inscriptions dédicatoires en grec.
Nous avons vu jusqu'à présent que, même dans les constructions les plus compliquées, une cella longue et rectangulaire était la marque caractéristique de la demeure des dieux, où les colonnes venaient ajouter leur ornementation variée à l'infini, et que les besoins du Kg. 46. - Plan. culte partageaient en trois com-
partiments: le pronaos, la cella et l'opisthodome. Cette cella est, en effet, la forme fondamentale
de tous les sanctuaires des Grecs^ de leurs temples^ comme de leurs chapelles (vataxoi).
Cependant on rencontre, quoique assez rarement^ des exceptions à cette règle générale. C'est d'abord la forme extérieure qui peut produire une exception : tel est le cas des temples ronds. Puis ce sont les exigences du cultCj qui nécessitent des modifications dans l'économie intérieure',, comme par exemple pour les temples doubles; ou dans le plan de l'ensemble^ tel est le cas des temples d'initiation.
a) Nous ne pouvons que mentionner brièvement les temples ronds. Vitruve les cite dans sa nomenclature^ sans toutefois s'appuyer sur des modèles grecSj comme il l'a fait pour les autres formes de temples. Du reste, les exemples de temples ronds de la Grèce n'existent plus^ à notre connaissance, excepté le tholos de Polyclète dans le sanctuaire d'Esculape, près d'Epidaure, dont les fondations ainsi que des fragments du fronton ont été conservées. On pourrait cependant, si l'on s'en rapporte aux témoignages écrits de l'antiquité, nommer quelques autres constructions analogues. Ainsi, dans l'agora de Sparte, se trouvait non loin de la skias * un monument circulaire avec les statues de Zeus et d'Aphrodite, qui était adorée ici sous le nom d'Olympienne. Le nom de tholos (ôoXoç), que Pausanias donne à l'édifice à Athènes situé près du bouleutèrion (salle des délibérations du sénat), où les prytanes avaient coutume de déposer leurs offrandes, indique également une forme circulaire. On y voyait des statuettes en argent ainsi que des statues des héros préposés aux tribus. Certains temples de Platées et de Delphes semblent avoir eu aussi une forme ronde; mais on ne sait rien de plus sur leur disposition architectonique. Le bois sacré d'Altis à Olympie possédait une construction de ce genre; elle fut élevée par Philippe, roi de Macédoine, après la bataille de Chéronée (ol. i lo, 3) et reçut de lui le nom de Philippeion. Cet édifice était en briques cuites, il était entouré de colonnes de toutes parts (périptère) et portait à son faîte un ornement d'airain, figurant une tête de pa-
« La skias était le nom d'une espèce de théâtre couvert à Sparte (Pausanias, III, 12). (O. R.\
votj qui maintenait en même temps les poutres de la toiture. A l'intérieur se dressaient les statues d'or et d'ivoire de Philippe, de son père Amyntas et de son fils Alexandre-Ie-Grandj ainsi que celles d'Olympie et d'Eurydice, œuvres du sculpteur Léocharès. Sans rechercher si le Philippeion avait réellement le caractère et l'importance d'un temple, on peut le considérer comme quelque chose d'analogue aux véritables temples circulaires, dont il nous donne une idée très exacte; voilà pourquoi nous présentons au lecteur à la figure 47 le plan de ce monument, d'après la restauration tentée par Hirt^.
Quant à cette forme de temples circulaires que Vitruve appelle monoptère et qui consistait en une colonnade ouvertCj surmontée de l'entablement et de la toiture, on peut s'en faire un idée par le monument choragique de Lysicrate, à Athènes.
Il en sera question plus loin (chapitre VII, fig. i58).
b) Les temples doubles. Les anciens font mention de plusieurs temples où l'on adorait deux divinités différentes, chacune dans une enceinteà part. Dans ce cas, il fallait que le temple fût divisé, de là l'expression de vao? oittÀouç; on établissait cette division de différentes manières. Le cas le plus rare était la superposition des cellas réservées aux différentes divinités de l'endroit. Pausanias n'en connaissait qu'un exemple. Il se trouvait à Sparte un vieux temple "d'Aphrodite armée», qui contenait la statue de cette déesse. Ce temple avait un étage supérieur, consacré à Morpho; mais Pausanias fait observer que Morpho était un surnom d'Aphrodite. La statue d'en haut était, par opposition à celle d'en bas, désarmée et voilée et avait les pieds liés, sans doute pour bien caractériser la divinité de la mort.
Le plus souvent la cella était divisée en deux parties dans le
Fig. 47.
Plan d'un Temple rond (Philippeion).
« Les dernières fouilles ont amené, en 1877, la découverte des restes du Philippeion, V. Archceolog. Zeitiing, 36« année (1878), 1" livr. , article de M. Trcu. (O. R.).
(5o LA VIE ANTIQUE.
sens de la longeur ou de la largeur. Le mur de séparation dans le sens de la longueur, comme dans le temple égyptien d'Ombos, ne semble pas avoir été souvent employé chez les Grecs. Le temple double d'Esculape et de Latone à Mantinée peut aussi bien, selon Pausanias (VllI, g, i), avoir été partagé par un mur transversal, situé Juste au milieu de la cella.
La division par un mur transversal se rencontre au contraire dans plusieurs autres temples. C'est dans un sanctuaire double ainsi divisé qu'étaient adorés à Sicyone Hypnos, le dieu du sommeil, et Apollon, surnommé le Carnéen. La statue d'Hypnos était placée dans le premier compartiment, l'autre était réservé à Apollon; les prêtres seuls avaient le droit d'entrer dans ce dernier (Paus. II, 10, 2).
Un autre temple double de Mantinée était consacré à Aphrodite et à Ares, et Pausanias fait remarquer que l'entrée de la cella d'Aphrodite se trouvait du côté est et celle d'Ares du côté ouest.
Un exemple frappant de cette division transversale s'est conservé jusqu'à présent dans un sanctuaire de l'Acropole d'Athènes, dédié aux vieilles divinités protectrices de l'Attique, à Athèna Polias, à Poséidon, Erechthée et Pandrose, fille de Cécrops; de là les noms de temple d'Athèna Polias, d'Erechtheion et de Pandroseion, qu'on donne à ce monument. Déjà à une époque très ancienne de l'histoire, on voyait au nord du Parthénon un temple qui, suivant Hérodote, était consacré à Athèna Polias et au demi-dieu attique Erechthée. Dans la i'"^ année de la 68^ olympiade, on interdit au roi Cléomène de Sparte, qui avait chassé Clisthène d'Athènes, l'entrée de la cella de ce temple, car là se trouvaient les divinités protectrices du sol athénien. Ce monument brûla dans la F^ année de la j5^ olympiade, lorsque la ville était au pouvoir des Perses. Il n'est pas invraisemblable que l'Erechtheion ait été compris dans la reconstruction des sanctuaires de l'Acropole, entreprise par Périclès; mais, comme il n'a pas été achevé par lui, on ne l'a pas compté plus tard au nombre de ses œuvres. C'est de la 4e année de la 92e olympiade que datent les quelques détails précis sur l'état de cette construction. Il résulte d'un document public, dans lequel les conducteurs des travaux rendent compte de leur gestion, qu'à cette date le temple
TEMPLES ET LEURS TRANSFORMATIONS. 6l
était terminé sauf la toiture et l'exécution délicate des détails. Les anciens eux-mêmes considéraient ce temple comme un des plus
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Fig. 48 et 49. — Plan et Coupe transversale de l'Erecbtheion i.
beaux et des plus parfaits; il semble s'être conservé en assez bon état jusqu'à la période turque^ et il est probable que l'année 1687,
1 Ces deux gravures, tirées du livre de M. Beulé ?,Mt\' Acropole, sont empruntées à la belle restauration de M. Tétaz. (F. T.).
OÙ les Vénitiens vinrent assiéger Athènes , ne fat pas moins funeste à l'Erechtheion qu'au Parthénon. Stuart trouva les murs et les colonnes debout^ mais une partie de l'architrave^ la moitié
de la frise et presque toute la corniche étaient détruites; le sol à l'intérieur était couvert de pierres, de poussière et de débris de la toiture, le vestibule nord était transformé en magasin à poudre. On a depuis restauré ce temple dans le mesure du possible.
Quant au plan d'ensemble de ce monumentj représentant le style atticoionique dans toute sa beauté (fig. 49) ^, et quij approprié aux différents cultes, est par cela même un des temples les plus compliqués de l'antiquité grecque, figurons -nous une cella dirigée de l'ouest à l'est, dont la maçonnerie a 2i™jgode long sur i i"i, 10 de large et qui offre à sa partie orientale un vestibule soutenu par six colonnes ioniques, formant le pronaos A. De là une porte conduisait dans la cella de l'Athèna Polias B, qui n'était accessible que par cette seule porte, tournée vers l'orient: un mur transversal sans solution de continuité la séparait d'une double chapelle C située derrière et consacrée à Poséidon Erechthée. Une paroi, in- =3, terrompue par trois entrées /, i7. G, séparait, à son tour, l'Erechtheion proprement dit de la cella de Pandrose Z), sorte de corridor étroit, qui terminait le corps occidental de l'édifice. Le côté ouest, orné de demi-colonnes et éclairé par des fenêtres pratiquées dans les entrecolonnements, n'avait pas la même entrée que le côté est. On entrait dans le Pandroseion
Fig. 50.
Cariatide.
• Comp. le plan de l'Acropole, fig. 64.
et de là dans l'intérieur de l'Erechtheion par le pronaos E, situé à l'extrémité ouest du corps septentrional du monument et supporté par six colonnes ioniques sveltes et richement décorées (fig. 12); une porte somptueuse et fort bien conservée encore conduisait de ce pronaos dans le sanctuaire. Comme pendant à ce pronaos, nous trouvons^ à l'extrémité ouest du corps méridional^ un petit vestibule F, fort gracieux, et dont le toit était soutenu non par des colonnes, mais par six jeunes filles athéniennes, qu'on désigne sous le nom de cariatides (fig. 5o); le Pandroseion, situé plus bas, communique avec ce vestibule au moyen d'une porte basse latérale. Voilà tout ce qu'on peut dire du plan et des dispositions intérieures du temple , d'après les recherches judicieuses de Bôtticher. La restauration de ce chef-d'œuvre d'architecture, telle que nous la représente la figure 48 (voy. aussi figure i), s'écarte sans doute bien peu de la réalité; car les débris et fragments qui restent, quoique dérangés en partie de leur place primitive et très endommagés, permettent néanmoins, en entrant même dans les moindres détails de leur riche ornementation, de se faire une idée juste et exacte de ce que pouvait être le monument -.
c) Nous terminerons la catégorie des « diverses autres formes de temples grecs .. par l'examen du grand temple d'initiation à Eleusis. Tous les sanctuaires que nous avons passés en revue jusqu'à présent étaient le siège et la demeure d'une divinité qui s'y offrait à l'adoration des hommes sous forme d'une statue. Les temples grecs n'étaient donc pas destinés à contenir de grandes foules assemblées en vue d'un exercice commun du culte et de l'édification commune. Chaque personne isolément pouvait entrer dans l'intérieur pour prier et déposer des offrandes, et approcher du sanctuaire pour regarder les magnifiques statues des dieux; mais les grandes solennités religieuses, on les célébrait toujours autour du temple. Cependant il y avait quelques monuments sacrés, destinés à recevoir constamment un grand nombre de personnes, qui s'y réunissaient pour célébrer ensemble cer-
1 Deux nouvelles restaurations l'une de l'Erechtheion, l'autre de l'ensemble de l'Acropole, ont été exposées à Paris en 1878 et en 1879 par M. Marcel Lambert, architecte, ancien pensionnaire de l'Académie de France à Rome. (O. R.)
taines fêtes et pour exercer en commun leur piété; ce n'étaient donc pas seulement des demeures des dieux ^ mais aussi des lieux de réunion pour la communauté. C'est ce qu'on appelait les temples d'initiation {xelean-ripioi^ |jL=Yapa), qui servaient à la célébration des mystères et présentaient par conséquent un agencement architectonique tout à fait spécial. On sait quelle était l'importance des mystères dans l'antiquité grecque : nées à l'époque pélasgique la plus reculée, leurs doctrines, fondées sur le culte des dieux de la terre et de l'agriculture, s'étaient maintenues intactes jusqu'à la période la plus florissante de l'histoire grecque, pour se
marier alors aux différentes branches de l'art. Les initiés recevaient^ outre le germe des vieilles croyances mystérieuses, une sorte d'éducation artistique, en s'édifiant au moyen de représentations mimico - dramatiques des épisodes de mythologie, au moyen d'hymnes et de chants sacrés. Il fallait, pour répondre à ce besoin, de vastes enceintes, disposées d'une façon toute particulière; aussi le seul édifice que nous connaissions de ce genre, celui d'Eleusis, diffère-t-il entièrement par sa disposition de tous les autres temples de la Grèce. Ce megaron a disparu sans laisser presque aucune trace derrière lui; néanmoins, des fouilles faites il y a longtemps avec beaucoup de soin ont permis de déterminer assez exactement les traits essentiels de son économie intérieure (fig. 5x). Il en résulte que le temple consistait en un grand quadrilatère de 63™, 60 à 64'n,86 de long sur 53"',4o de large; sur la façade antérieure se trouvait un vestibule à douze colonnes, qui formait le pronaos A. L'enceinte presque carrée, où l'on entrait par la porte du pronaos, était partagée en cinq nefs parallèles, par quatre rangs de colonnes. Les colonnes, dont on a trouvé quelques-unes, supportaient, comme dans les temples hypèthres, une galerie, avec cette différence qu'ici la galerie reposait sur deux rangées (C et Z)); l'espace du milieu B se trouvait donc placé entre les deux galeries du haut et constituait une
Fig. 51. — Plan du Megaron d'Eleusis.
nef centrale plus élevée que les autres. Plutarque effleure l'histoire de cette construction dans sa vie de Périclès, qui l'a fait faire avec beaucoup d'autres grands travaux qu'il a entrepris à Athènes. Selon cet historien^ c'est Coroibos qui aurait commencé, sous la direction d'Ictinos^ à construire ce télestèrion. C'est lui qui aurait installé les colonnes de l'étage inférieur et qui les aurait couvertes de leur architrave; après sa mortj survenue pendant les travaux^ ce fut Métagène qui ajouta la frise et plaça les colonnes de l'étage supérieur. Quant à la toiture de ïanactoron, c'està-dire de la nef centrale, elle était l'œuvre de Xénoclès. Il y avait un sous-sol j espèce de crypte, soutenue par des cylindres bas. C'était sans doute l'endroit où l'on se préparait aux représentations mimiques dont nous venons de parler. Du côté opposé à l'entrée s'élevait une terrasse, à laquelle on arrivait d'une petite cour carrée^ en passant par un vestibule orné de colonnes. Selon toute apparence il y avait également une entrée de ce côté; mais elle était réservée aux prêtres initiateurs (mystagogues), pendant que la grande porte d'entrée s'ouvrait aux initiés, pour les introduire dans l'enceinte sacrée. La fig. 52 représente un magnifique chapiteau de pilastre corinthien retrouvé parmi les ruines, et qui a probablement servi à l'ornementation du pronaos,'.
1 La restauration la plus récente et la plus ingénieuse du temple d'initiation d'Eleusis est celle de M. Blavette, pensionnaire de l'Académie de France à Rome. Ce travail, de tous points remarquable, a été exposé d'abord à l'école des Beaux-Arts en i883, et ensuite au salon de cette année (F. T.J.
Fig. 52. — Cliapiteau de Pilastre corinthien.
Fig. 53 — Vue d'un Autel de Zeus à Athènes.