LA DÉCORATION, LES ACCESSOIRES ET LES DÉPENDANCES DES TEMPLES GRECS
Sommaire : L'ornementation des temples. Les autels. — Les enceintes des temples. Le portail de l'île de Palatia; les propylées de Sunium, d'Eleusis et de l'Acropole d'Athènes.
Dans la description des diverses espèces de temples ^ nous avons eu plusieurs fois l'occasion de dire à quel usage servaient leurs différentes parties et d'en retracer sommairement la décoration. Si maintenant nous jetons un regard sur les beautés dont les temples étaient entourés, nous reconnaîtrons qu'il est difficile de s'imaginer tout ce qu'il y avait là de somptueux et de solennel. Et d'abord^ partout où l'espace le permettait, le temple était soustrait au va-et-vient, au tumulte de la vie ordinaire, au moyen d'une forte clôture; il était placé au milieu d'un retranchement (•rr£pipo>vOi;) qui, l'éloignant des profanes, servait en même temps à recevoir toutes les offrandes apportées par les fidèles et qui ne pouvaient ou ne devaient pas trouver place dans l'intérieur du temple. C'est là qu'on apercevait tous ces objets qui rappelaient le souvenir des dieux, des sources, des pierres et des arbres, auxquels s'attachait une tradition sacrée, des statues à ciel ouvert ou bien couvertes de gracieux abris, des heroa ou petites chapelles, vrais temples en miniature (vaiGxot), et des autels où l'on
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déposait des offrandes de toutes sortes et qui étaient consacrés à différentes divinités. Souvent ce péribolos embrassait tout un bois sacré ou des Jardins.
Mais occupons-nous avant tout des autels (po)ad(;, 6u-:viptov)^ où l'on offrait, en l'honneur de la divinité du temple, les sacrifices sanglants. Les sacrifices où figuraient les animaux vivants ne se faisaient jamais dans l'enceinte même du temple ; on sacrifiait alors sur un endroit spécial appelé tJiymélè {^\j}j.ù,-r^, et situé devant le pronaos, de manière que, la grande porte étant ouverte, l'image de la divinité se trouvât juste en face de l'autel. Il est inutile d'ajouter que dans les grands temples, ces autels étaient construits quelquefois avec une magnificence extraordinaire. Ce n'était primitivement qu'une simple élévation du sol, grossie considérablement à la suite de fréquents sacrifices, par la dépouille (les cendres et les cornes) des animaux; plus tard, la statuaire et l'architecture vinrent y ajouter leurs charmes et en firent de véritables monuments d'un genre particulier. L'autel du Zeus olympien, que décrit Pausanias (v. i3), était un chef-d'œuvre de construction : le soubassement (xpriTtî? ou irpoGucn;) avait 37™,6o de circuit; l'autel proprement dit, qui le surmontait, était haut de 6"',6o ; un escalier en pierre conduisait à la protliysis et de là à la surface supérieure de l'autel, où les femmes n'avaient pas le droit d'approcher. Pausanias fait observer, en outre, que l'autel était construit d'ossements d'animaux réduits en cendres; tel était aussi l'autel de l'Hèra de Samos. Les cendres composaient encore les autels de l'Hèra olympienne, de la Gœa d'Olympie et de l'Apollon Spodios à Thèbes; l'autel du grand temple de l'Apollon Didyméen à Milet était fait du sang des victimes. On cite quelques autels en bois; à Olympie il y en avait un en briques non cuites, qu'on nettoyait à la chaux, à chaque nouvelle olympiade. Mais la pierre était le plus fréquemment employée pour la construction des grands autels d'art, et l'on en remplissait l'intérieur avec de la terre; à Pergame il existait, paraît-il, un autel tout en marbre. La forme était généralement carrée; l'autel d'Artémis à Olympie, dit Pausanias (v. 14, 5), était carré et légèrement en pente, de même que l'autel colossal de Parion, qui avait un stade (180 m.) de longueur et autant de largeur.
Un magnifique autel à escalier est celui de Zeus Hypatos ou Hypsistos à Athènes • taillé dans le roc vif et visible de loin, il s'élève sur une vaste terrasse, partie naturelle, partie artificielle ; l'on y monte par des marches en rocher et par des chemins tracés à cet effet. Longtemps on a supposé que cette terrasse, qui ressemble à un théâtre par son plan général, était la pnyx (•?; TTvû;), lieu où le peuple s'assemblait^ et l'autel de rocher la tribune aux harangues; mais cette opinion est sans valeur depuis les savantes recherches de E. Curtius ; nous sommes, en effet, ici en présence d'un des plus anciens foyers du culte athénien, qui se rattache à l'adoration du "Zeus Très-Haut» ; on l'a agrandi progressivement, au moyen d'une terrasse artificielle, à mesure que la population de la ville augmentait (voy. la vue en perspective delafig. 53).
La façade du temple s'élève en face de l'autel des sacrifices; elle est généralement en beau marbre brillant; si c'est une pierre moins riche, elle est couverte d'un stuc très fin ou de peintures décoratives, parsemées avec beaucoup de mesure, et la blancheur éblouissante du marbre est souvent adoucie par une coloration artistique des principaux détails. Aux ornements sculptés de la frise et du fronton viennent s'ajouter çà et là des ex-voto, attachés à la façade ; des trépieds et des statues couronnent le sommet du fronton, dont les angles sont surmontés également de trépieds en or ou d'autres motifs de décoration ; on suspendait, en outre, quelquefois sur l'architrave des boucliers d'or en guise d'offrandes : il y en avait, par exemple, au Parthénon. A l'entrée sont placées des statues de prêtres et de prétresses. Le nombre et la valeur des ' offrandes augmentent dans le pronaos ; à côté des statues et des groupes on rencontre ici assez fréquemment de superbes meubles et ustensiles, qui tantôt servaient au culte, comme les coupes remplies d'eau lustrale, tantôt avaient un caractère sacré, grâce à leurs rapports plus ou moins directs avec la divinité; tel était le lit d'Hèra dans le pronaos de l'Hèrason près de Mycènes; près de ce lit était placé, en manière d'offrande, le bouclier que Ménélas avait arraché à Euphorbe, devant Troie. Qu'on se figure un semblable aménagement dans l'intérieur de la cella, sauf qu'ici on remarquait, la plupart du temps^ un déploiement de luxe bien
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plus considérable. L'image du dieu^ debout ou assise est soigneusement enfermée dans un espace à part; parfois elle est placée dans une édicule, toujours sous un plafond protecteur. A côté viennent souvent se ranger les dieux amis (TraoeSpoi) et plus loin des œuvres d'art et offrandes de toutes sortes. Mais, dans tout cet attirail sacré du temple, le principal objet j correspondant à l'autel du dehors, était la table sur laquelle on plaçait devant l'image du dieu toutes les offrandes non sanglantes (Upà ou Ouwpôç TootTreÇa). Non seulement dans les sanctuaires publics, mais aussi dans les maisons particulières, il fallait avoir, à l'occasion de chaque festin religieux, une table semblable, sur laquelle on plaçait, outre l'image des dieux et la vaisselle, les prémices du repas. La même cella était-elle dédiée à plusieurs divinités, chacune d'elles avait sa table sacrée à l'intérieur et son autel à l'extérieur. La tliymélè devant le pronaos et la trape^a devant l'image du dieu dans la cella sont les marques caractéristiques de cette espèce de temples, que C. Bôtticher appelle temples du culte, c'est-à-dire de véritables foyers du culte, où s'accomplissaient les sacrifices et où le peuple, sous la conduite des prêtres, faisait ses exercices religieux. La thymélè et la trapeza manquaient aux autres catégories de temples, qu'on désignait sous le nom de temples agoniques ou solennels ; ici la trapeza était remplacée par le bèma (8v)u.a), du haut duquel on distribuait les prix aux combattants.
Quelquefois mobiles et portatifs, les autels étaient généralement en pierre. Les uns sont connus d'après des dessins, d'autres ont été réellement découverts. Sur un vase d'argile peint, qu'on a trouvé à Athènes, est représenté un autel, sur lequel brûle une victime en l'honneur de Zeus; on aperçoit celui-ci debout à côté de l'autel, avec la Victoire. Sur une base peu élevée est posé l'autel proprement dit, orné d'une sorte de volutes (fig. 54). A Athènes, Stuart a trouvé un autel octangulaire, orné de guirlandes de fleurs, de bucrânes et de couteaux de sacrifices (fîg. 55). Un autel rond de de marbre blanc, muni de pareils ornements et surmonté d'une
seconde partie cylindrique^ a été trouvé dans l'île de Dèlos (fig. 56). On plaçait sur des tables les précieux ustensiles du temple^ tels que luminaires, coupes et ex-voto de moindre importance; nous en avonsj entre autreSj un exemple dans la terre cuite représentée à la figure 5 7.
L'architecture grecque déployait toute sa splendeur lorsque plusieurs temples s'élevaient à la fois dans un espace réservé aux dieux. Le contraste de ces différents monuments ou leur effet harmonieux produisait une impression de grandeur et de magni-
Fig. 55. — Autel octangnlaire.
Fig 56. — Autel rond.
ûcence, dont il est difficile de se faire une idée aujourd'hui. C'est dans cet espace que se trouvait réuni tout ce qui invitait les Grecs à la piété et aux réiouissances, tout ce qui flattait leur légitime fierté et leur amour-propre. Nous connaissons plusieurs de ces lieux sacrés qui étaient devenus ainsi les centres de la vie grecque. Qu'on se figure par exemple Olympiej avec son bois sacré l'Altis, où s'étendaitj à perte de vue^ une quantité d'œuvres d'architecture et de sculpture, où les jeux célébrés en l'honneur de Zeus témoignaient de la beauté, de la force et de l'adresse de la jeunesse grecque, qui offrait à son tour les plus beaux motifs et les plus riches modèles à la production artistique. Tels étaient beaucoup d'autres centres de fêtes, où des concours de
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Fig. 57. — Table avec Ustensiles sacrés.
musique^ de chant et de poésie venaient s'associer souvent aux exercices gymnastiques, principal attrait des jeux d'Olympie. Là même
où ce n'était pas le cas, les Grecs aimaient à construire plusieurs sanctuaires ensemble. A Girgenti, on voit encore aujourd'hui les temples réunis dans une seule rangée sur une hauteur,, qui regarde la mer; à Sélinunte^ ils forment deux groupes sur deux collines distinctes^ et à Pœstum les trois ruines de temples qu'on y a trouvées semblent également avoir appartenu à un seul groupe.
Si, pour finir cette revue, nous jetons un regard sur quelques-unes de ces enceintes, reconnaissables à leurs ruines, il sera à peine besoin de faire observer que l'entrée même de l'enceinte était construite d'une manière conforme à la sainteté et à la beauté de l'endroit. Cette entrée annonçait déjà l'importance des lieux sacrés, et les quelques débris qui restent de ces constructions nous démontrent que la grandeur et la magnificence des entrées ou portails étaient en raison directe de l'importance de l'enceinte. La disposition la plus simple consistait en une porte unie, beaucoup plus élevée que la muraille du peribolos.
Peut-être est-ce un portail de ce genre qu'il faut voir dans une porte
isolée, en belle pierre, qu'on a trouvée debout dans la petite île de Palatia, près de Naxos (largeur intérieure 3'",45, fig. 58). Palatia était reliée à l'île de Naxos au moyen d'un pont et ornée d'un
Fig. 58. — Portail de Palatia.
temple, près duquel se trouve le portail en question. Celui-ci se compose d'un seuil qui, aujourd'hui à fleur de terre, semble avoir été autrefois au niveau du sol ou a dû être pourvu de marches; les pieds-droits et le linteau sont divisés, comme une architrave ionique, en trois bandes parallèles encadrées d'un chambranle très simple.
Partout où l'entrée devait avoir un aspect plus somptueux, on a eu l'idée de lui donner une forme pareille à celle du temple, qui doit être considéré comme le produit le plus parfait de l'architecture grecque et partant comme un modèle excellent même pour les divers monuments ayant une autre destination.
Nous avons un exemple très simple de cette imitation réduite du temple dans le portail qui formait l'entrée du péribolos du beau temple d'Athèna à Sunium, au sud extrême de l'Attique'. On peut déjà donner à cette construction (fig. Sg) le nom de pj'opyléeSj généralement usité pour les grands portails. En ce qui concerne les propylées de Sunium, leur plan ressemble à celui d'un temple qui a deux colonnes in antîs sur chacune de ses façades et où la cloison transversale de la cella a été supprimée; du moins, la première publication de ce monument faisait supposer que l'espace intérieur, couvert d'une toiture ordinaire, n'était coupé par aucune paroi transversale. Mais les recherches de Blouet ont démontré depuis qu'il y existait une véritable porte, formée par deux pilastres a, b. Ces pilastres, qui formaient un mur interrompu à trois endroits, divisaient l'intérieur en deux parties, dont la première A servait au public de vestibule, et la seconde B communiquait immédiatement avec le champ du péribolos et regardait le temple luimême. Dans cette dernière étaient placés deux bancs de marbre c, d^ le long des murs latéraux.
Fi-. 59.
Plan des Propylées de Sunium.
iVoy. V Acropole de Sunium, près Athènes, par Louvet, à la Bibliothèque de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts (F. T.)
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Les enceintes du temple d'Eleusis et de l'Acropole d'Athènes^ qui nous sont le mieux connues , offrent un caractère plus riche et plus artistique dans la disposition de leurs propylées. A Eleusis, le péribolos entoure le grand temple d'initiation^ que nous avons décrit plus haut (fig. 5i). La figure 60 nous montre d'abord les murs d'enceinte extérieurs A et intérieurs aa. On y entre par les grands propylées B, près desquels est situé le ■ temple d'Artémis Propylaea' (fig. 23). Ces propylées forment une enceinte carrée, limitée sur les côtés par un mur et
Fig. CO. — Plan des Propylées d'Eleusis.
sur ses faces frontales par un vestibule de six colonnes doriques. Dans l'intérieur, une paroi transversale, coupée par cinq portes, correspondant aux entre -colonnements du vestibule, crée deux compartiments (fig. 61); dans le plus grand, il y a deux rangs de trois colonnes ioniques. Nous reviendrons sur cette disposition à propos des propylées d'Athènes, qui ont servi de modèle pour construire ceux d'Eleusis. Traverse-t-on ce bel édifice pour entrer dans le péribolos extérieur, on se trouve en présence d'autres propylées, qui conduisent dans le péribolos intérieur. Celui-ci est situé plus haut et il est également ceint d'une muraille aa, qui entoure d'assez près le temple d'initiation D.
La figure 62 nous donne le plan de ces petits propylées , qui
Fig, 61. — Coupe transversale des Propylées d'Eleusis.
sont aussi limités par un mur sur les côtés et divisés en deux parties par un mur transversal. La façade d'entrée était ouverte
Fig. 62. — Plan des petits Propylées d'Eleusis.
et avait une rangée de colonnes qui supportaient la toiture. A
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gauche et à droite il y a contre le mur des marches assez élevées a, b. Le dallage devant les colonnes A présente une surface plane; il monte un peu dans la partie B ; la différence de niveau est d'environ o"i^35. Dans le sol, bien conservé, sont creusées de profondes rigoles^ qui semblent avoir servi d'ornières ■èi des roues de voitures ou à d'autres objets à roulettes. L'espaiîe intérieur C, plus étroit, est séparé-du précédent par une porte, dont les battants s'ouvraient intérieurement; il en reste encore des traces dans le sol, faciles à reconnaître. A droite et à gauche du passage C, on rencontre deux petits compartiments en forme de niches D et E, où l'on logeait sans doute des statues ou des groupes ; devant chacun d'eux il y a dans le sol quelques excavations c, d, faites avec beaucoup de soin et qui servaient évidemment à l'installation des objets qu'on exposait sans doute ici.
Tous les détails que nous venons de signaler paraissent indiquer que cette magnifique entrée avait déjà pour but de préparer les visiteurs aux fêtes proprement dites, célébrées dans le temple même, en offrant ù leurs yeux des spectacles d'un genre tout particulier.
Mais les plus riches et les plus somptueux propylées étaient ceux
^ En Grèce, outre Sunium, Eleusis et Athènes, plusieurs autres villes étaient ornées de propylées plus ou moins somptueux : il y en avait à Corinthe, à Priène, etc. Ceux d'Eleusis avaient une importance exceptionnelle à cause des mystères qu'on célébrait dans le magnifique temple de Gérés (fig. 5i) qui, construit sur les ordres de Périclès tout en marbre pentélique, fut détruit par Alaric, à la fin du IV^ siècle de notre ère. Les propylées n'étaient pas d'ailleurs des édifices d'origine grecque mais orientale : les Grecs en ont emprunté l'idée première aux Égyptiens et aux Assyriens. (F. T.)
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qui formaient l'entrée de l'Acropole d'Athènes^. Cette Acropole est un de ces endroits où le génie de l'antiquité classique s'est manifesté sous son aspect le plus beau et le plus grandiose. Située sur un plateau de rochers mesurant 345 m. de longueur sur une largeur maximum de i5o m. et s'élevant sur une hauteur qui descend à pic dans la plaine et n'adoucit sa pente que vers l'entrée, du côté de la ville, — l'Acropole d'Athènes constituait le premier foyer de la vie civique et politique des Athéniens; car, entourée de solides murailles dès la plus haute antiquité, elle était à la fois la citadelle de la ville et la résidence des plus anciennes divinités nationales. Les vieux temples étaient devenus la proie des flammes pendant l'occupation des Perses; mais, dés que la Grèce eut recouvré sa liberté et que la ville d'Athènes revit de plus belles destinées, on releva des décombres tous ces vieux sanctuaires, plus riches et plus imposants que jamais (voy, le plan de l'Acropole, fig. 64). Ici s'élevait le temple de la Victoire Aptère (voy. fîg. 26, 27 et 64 -D), qui attachait cette déesse victorieuse à la ville d'Athènes; plus loin se dressait grave et majestueux le Parthénon ^ et à côté le charmant et gracieux temple d'Athèna Polias et d'Erechthée B ; au milieu, la colossale statue de bronze d'Athèna Promachos £*, défendant l'entrée de la citadelle, dominait l'ensemble de ces monuments. De nombreux objets sacrés, tels que statues, autels, groupes et autres choses dont les Grecs avaient l'habitude d'orner leurs lieux sacrés, étaient disséminés autour de ces superbes édifices. Il était tout naturel que l'entrée elle-même de cette enceinte, si vénérée et si grandiose, donnât un avant-goût des merveilles d'art qui y étaient enfermées.
On fit donc construire par Mnèsiclès (437-32 av. J.-C.), du côté tourné vers la ville, ces fameux propylées qui coûtèrent 2012 talents, c'est-à-dire plus de 1 1 millions de francs (fig. 64 G, la fig. 63 représente l'état actuel de ces ruines)^. La partie prin-
1 Voy. la restauration de MM. Titeux et Chaudet à la Bibliothèque de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts (F. T.)
2 La fîg. 63 représente l'état des lieux avant les fouilles de Beulé, voy. plus loin(0. R.).
cipale de l'édifice avait la forme d'un grand rectanglCj limité sur les côtés par un mur et par un portique à colonnes sur les deux façades, dont l'une regardait la citadelle et l'autre la ville même. Le portique intérieur, un peu plus élevé, était coupé par un mur transversal, où cinq portes, correspondant aux entre-colonnements de ce portique, formaient l'entrée réelle de la citadelle. Entre ce mur et le portique extérieur s'étendait un grand espace, divisé en trois nefs par deux rangs de trois colonnes ioniques.
On a adouci l'inégalité du sol au moyen de marches; cependant on a ménagé entre les colonnes centrales un chemin à pente insensible, creusé dans le roc, afin de permettre au char qui portait le péplosd'Athèna de rouler plus facilement pendant les processions des Panathénées (fig. 65). Toute la construction était couverte et chaque nef soutenait de gracieuses traverses de marbre, ornées de cassettes. Afin de rehausser l'éclat de la façade principale, on l'a flanquée de deux ailes plus basses également pourvues de colonnes. L'aile septentrionale, qui est encore en bon état, renfermait autrefois les peintures bien connues de Polygnote , représentant des sujets empruntés à l'Iliade et à l'Odyssée; aujourd'hui encore on voit sur le mur des châssis de marbre lisse, blanc et noir, qui avaient servi de cadres à ces peintures murales^. L'aile opposée, de même disposition, était moins profonde. Pendant le moyen âge on y construisit une tour d'alarme, annexée au palais des ducs francs d'Athènes*. Entre ces deux édifices, qui formaient un beau pendant à la grande façade des propylées, débouchait un superbe escalier de marbre, qui montait sur la pente douce du rocher jusqu'à l'Acropole, large de toute la largeur des propylées; il en existe encore un certain nombre de marches. Au milieu de l'escalier s'ouvrait une grande voie carrossable, dallée en marbre, où étaient pratiquées de profondes ornières, que suivait le char ci-dessus men-
* M. L. Julius, dans un article publié dans les Mittheilungen des deutschen archceologischen Inslitutes in Athen. 2^ année, 2e livraison, a essayé de démontrer que c'étaient des tableaux, et non des peintures murales. (O. R.)
*Nous avons remplacé la figure 63 de la i" édition par une vue récente sans la tour, qui a été démolie il y a quelques années.
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tionné. Des fouilles^ récentes ont mis au jour la partie inférieure de l'escalier ainsi que la porte d'entrée, située entre deux tours et qui date d'une époque romaine très basse.
1 Celles de Beulé, voy. son livre sur L'Acropole. — Du reste la question ce savoir si l'escalier des Propylées faisait partie du plan primitif de rAcropole est aujourd'hui fort controversée, voy. E. Burnouf, La ville et l'Acropole d'Athènes aux diverses époques, Paris, 1877. (O. R.).
Fig, 65. — Char d'Athèna.
Pig. 6G. — Porte des Lions de Mycènes.